RÉFLEXIONS pour Gn 1:1-2:1
Le Poème biblique de la création rappelle la poésie cosmogonique du monde païen. En Égypte, en Babylonie et en Grèce, il existait des œuvres semblables, qui décrivaient l’origine du monde, sa naissance à partir du chaos et sa transformation en cosmos, ordonné et harmonieux. Ce processus s’appelait la cosmogonie. Au premier abord, on peut penser que l’auteur sacré a simplement créé une sorte de variante yahviste du poème cosmogonique habituel, en attribuant à Dieu ce que les auteurs païens attribuaient aux dieux ou aux éléments de la nature. Mais en réalité, il n’en est pas tout à fait ainsi. La langue et l’univers symbolique et imagé du poème biblique rappellent vraiment la langue et l’univers symbolique et imagé de la poésie cosmogonique du Proche-Orient. Mais le poème biblique présente aussi des différences essentielles avec la poésie cosmogonique des païens.
Et c’est avant tout le début du poème, ses deux premiers versets, qui frappe. Les cosmogonies des Égyptiens, des Babyloniens et des Grecs commencent toutes par la description du chaos, parfois sous l’image d’un grand océan existant de toute éternité. Chez l’auteur biblique, au contraire, Dieu crée dès le commencement le monde comme cosmos, et non comme chaos. L’auteur sacré parle de Dieu créant « le ciel et la terre ». Ces mots ont été interprétés différemment par différents commentateurs, mais il est en tout cas évident que l’expression « le ciel et la terre » décrit toute la création dans son ensemble, et une création non chaotique, mais pleinement ordonnée.
Dieu ne crée pas le chaos, Il crée le cosmos. Les images qui rappellent le chaos n’apparaissent qu’au deuxième verset du poème, où il est question de la « terre », envisagée comme séparée de l’ensemble dont elle fait partie. C’est là qu’apparaît réellement la possibilité du chaos : si l’on déchire en morceaux la création entière que Dieu a faite, alors le chaos peut parfaitement régner dans ces parties arrachées au tout. Mais Dieu ne veut pas le chaos et ne le crée pas.
Sa volonté est constamment présente dans le monde ; chaque « jour de la création » est déterminé par la parole de Dieu, qui définit Son dessein pour ce jour et le sens de ce qui arrive. Bien sûr, les forces de la nature, que Dieu a déposées dans le monde, y agissent. Mais Dieu n’abandonne pas Sa création, Il est constamment auprès d’elle, le monde se trouve sans cesse sous Son regard attentif. Et tout son devenir n’est pas un hasard, ni le jeu de certaines forces naturelles ou d’esprits présents dans le monde, mais l’accomplissement du dessein de Dieu sur le monde, sur ce qu’il doit devenir.
Et en ce sens, dès le commencement, le monde a été conçu par Dieu comme Son Royaume. Car qu’est-ce qu’un royaume, sinon l’autorité d’un roi qui s’étend sur un certain lieu où agissent les lois établies par lui ? Or le monde était dès le commencement précisément un tel lieu. Un lieu où Dieu règne. Et si aujourd’hui le monde n’est pas entièrement et pas toujours ainsi, ce n’est pas la norme, mais seulement un écart par rapport à elle. Un écart auquel Dieu mettra fin tôt ou tard. C’est de cela que parle toute la Bible. Comme histoire sacrée et comme histoire de la Révélation. Et comme histoire du Salut aussi.
