RÉFLEXIONS pour Ex 21:37-22:30
La législation du livre de l'Exode met en oeuvre avec assez de constance le principe dit du talion, la rétribution du semblable par le semblable. Cela se comprend : c'était en effet la manière la plus simple de compenser le tort causé au prochain. Ici se manifeste le regard de Dieu sur les relations humaines : l'essentiel en elles, ce sont elles-mêmes ; les relations ont leur valeur propre, et tout le reste n'est pour elles qu'un contexte. La justice n'est pas importante en elle-même, comme une fin en soi, mais comme le contexte approprié de relations pleinement humaines.
L'offense faite au prochain n'est pas une violation de droits, mais une destruction des relations d'amour. Or l'amour est quelque chose de pratique : si tu aimes, aide. Aide d'autant plus si tu es coupable du fait que la vie de quelqu'un est devenue plus difficile qu'avant, s'il a subi de ta part ou à cause de toi un dommage quelconque. Le châtiment en tant que tel n'est pas une fin en soi : Dieu ne châtie personne spécialement ; Il veut que le pécheur se convertisse et demeure vivant, non qu'il meure à cause de son péché. Le châtiment de l'homme devient le péché qu'il a commis, plus exactement ses conséquences.
C'est précisément de ces conséquences que la loi prescrit de délivrer le prochain, dans la mesure où une telle délivrance est possible et dépend de l'homme. Bien sûr, on peut aborder l'affaire formellement : payer l'amende et vivre tranquille ; et si l'on a beaucoup d'argent, on peut ne pas s'inquiéter du tout, car tout dommage est facile à compenser. De tels paiements, évidemment, n'ont aucun effet sur les relations, mais seulement dans les conditions d'une société impersonnelle, comme celle des métropoles modernes, où personne ne connaît personne.
La législation du livre de l'Exode fonctionnait dans de petits villages où tous se connaissaient, et là l'affaire ne pouvait pas se limiter à une formalité : l'offenseur et l'offensé étaient contraints de marcher dans les mêmes rues, de sorte qu'il s'agissait en tout cas d'une normalisation au moins minimale des relations, et non de simples paiements qui n'engageaient plus à rien par la suite. Ainsi la Torah, dans son interprétation concrète, orientait les hommes vers la restauration des relations entre ceux qui vivent côte à côte, lorsqu'elles avaient été violées ou détruites.
