RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Rm 12:1-8

Passant de la perspective eschatologique à l'époque présente, Paul appelle ses lecteurs à vivre dans le Royaume ici et maintenant, afin qu'au jour du retour du Sauveur ils ne se trouvent pas à l'écart de cet événement joyeux. La tâche principale, selon l'apôtre, est la transformation spirituelle, qui constitue le sens de la vie du chrétien. En gardant en mémoire le chemin de la justice, Paul parle d'une part du sacrifice, et d'autre part du renouvellement (v. 1 – 2). En parlant du sacrifice, l'apôtre a manifestement en vue cette vérité bien connue en son temps : tout sacrifice, dans le cas normal, n'était rien d'autre qu'une forme de communion avec Dieu ; et l'appel à faire de soi-même et de sa vie un sacrifice que Dieu sanctifiera par Sa présence devenait, dans la bouche de l'apôtre, un appel à ce que la tradition chrétienne appellera parfois plus tard une « vie consacrée ».

Dans l'histoire de l'Église, il y eut des temps où seuls quelques-uns pensaient à une telle vie et où elle fut considérée comme le lot des élus ; mais Paul, à ce qu'il apparaît, la considère comme la norme pour tout chrétien, ce qui n'a rien d'étonnant : en effet, au sens propre du mot, on ne peut appeler chrétien que celui qui cherche le Royaume et vit en lui. Une telle vie, bien sûr, demeure impossible tant que celui qui cherche le Royaume n'est pas intérieurement transformé et libéré de ce pouvoir du péché qui pèse sur chacun dans le monde déchu.

Cependant cette libération n'est possible que lorsque celui qui marche sur le chemin de la justice a déjà touché le Christ et le Royaume ; sinon l'homme n'a aucune possibilité de se libérer de sa propre condition pécheresse. Et la transformation, à son tour, est inséparable du service, qui suppose le témoignage du Royaume. L'apôtre énumère de nombreux services de ce genre, embrassant les aspects les plus divers de la vie ecclésiale et sociale, en soulignant qu'ils sont tous bons et qu'ils ont un sens spirituel (v. 4 – 8). Mais pour que ce sens ne disparaisse pas, une condition très importante doit être remplie, que Paul décrit par ces mots : « ...ayez des pensées modestes, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun » (v. 3).

Il ne s'agit pas simplement d'un appel à la modestie. Car il est évident pour l'apôtre que chacun des services qu'il mentionne n'a d'importance que dans la mesure où il peut devenir témoignage du Royaume. Or cela n'est possible que si celui qui porte le service ne se contente pas, comme on le dit souvent de nos jours, de « s'exprimer », mais témoigne précisément, agit de telle sorte que l'on voie non pas tant le serviteur lui-même que la lumière du Royaume passant à travers lui. Pour un tel témoignage, il faut bien sûr déjà une certaine mesure de transformation ; sinon la lumière du Royaume ne pénétrera pas à travers l'épaisseur de péché que porte tout homme déchu.

Mais le point est précisément que la transformation elle-même n'est possible que dans le processus du service ; elle est inséparable du service et en devient une partie. Dans notre monde pas encore transformé jusqu'au bout, la vie dans le Royaume, la transformation et le service-témoignage sont inséparables les uns des autres et impossibles les uns sans les autres. Et l'apôtre, le comprenant, appelle ses lecteurs à ne pas attendre des temps meilleurs, de meilleures conditions ou de meilleurs témoins, mais à devenir habitants et témoins du Royaume ici et maintenant.