RÉFLEXIONS pour Ex 12:11-14
Même un regard rapide sur les douzième et treizième chapitres du livre de l’Exode permet de voir dans ces chapitres un texte rituel consacré à la fête de Pessa’h, cette même fête que Jésus célébra avec Ses disciples lorsqu’ils se réunirent pour le repas que nous appelons la Cène. Ce texte ancien, très vraisemblablement antérieur à l’exil, relie le sens de la fête de Pessa’h à la délivrance du peuple de Dieu de la mort : le sang sacrificiel sur les montants des portes détourne de la maison la main de l’ange de la mort.
Par la suite, après l’exil, à l’époque du Second Temple, le seder pascal, c’est-à-dire l’ordre de la célébration de Pessa’h dont le centre était le repas rituel, se trouva lié au thème de l’Exode. Chaque Juif croyant, en célébrant Pessa’h, devait revivre la libération de l’esclavage égyptien que le peuple avait historiquement vécue au moment de l’Exode.
Cette réinterprétation de l’événement central de la fête s’est produite très vraisemblablement pendant l’exil babylonien. Avant l’exil, ce n’était pas tant la libération de l’esclavage qui se trouvait au centre que la délivrance de la mort, et le texte d’avant l’exil que nous lisons aujourd’hui dans le livre de l’Exode nous en témoigne avec une parfaite évidence. Et lors de ce Seder pascal qui devint pour l’Église la première eucharistie, le Sauveur rend de nouveau au seder pascal son sens originel.
Il revient au thème de la délivrance de la mort, thème central du seder de l’époque d’avant l’exil. Mais si, au temps de Moïse, il s’agissait de la délivrance de la mort physique comme d’un événement, pour parler en termes philosophiques, existentiel, absolument significatif alors et là où et quand il s’était produit, il s’agit maintenant d’une délivrance définitive et absolue, d’une délivrance qui concerne le monde entier, toute la plénitude des temps et des espaces, ce que désigne le mot hébreu difficilement traduisible en langues étrangères : « olam ». Jésus rend à la fête son sens initial en le portant à la profondeur absolue qu’est devenue la victoire complète sur la mort par la Résurrection. Ainsi l’Ancienne Alliance s’unit à la Nouvelle, et ce qui a commencé au temps de Moïse s’achève aux jours de la venue du Messie.
