RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Jn 3:28-29

Le témoignage de Jean au sujet de Jésus est le sens principal de son ministère. Cela vaut aussi, et d’abord, pour son ministère de prophète. En effet : un prophète est avant tout un témoin. Un témoin de Dieu. Un témoin du Royaume. Un homme qui, en lui-même, aussi paradoxal que cela puisse paraître au premier abord, a moins d’importance que n’importe qui d’autre. Du moins pour ce qui concerne son ministère. En effet : demande-t-on beaucoup à un témoin ?

Au fond, une seule chose : ne rien déformer. Raconter tout exactement comme il l’a vu. De telle sorte que le narrateur lui-même soit totalement absent du récit. Ou qu’il y soit si peu présent que sa présence n’ait aucune incidence sur le récit. S’il s’agit d’un témoignage ordinaire, humain, cela signifie que le témoin doit être aussi impartial que le permet sa nature humaine.

Aucune émotion, aucun accent de sens placé selon sa propre vision de la situation. Seulement les faits, avec le plus de précision possible. Bien sûr, un tel témoignage est un idéal inaccessible, mais un témoin consciencieux y tend toujours. Et s’il s’agit d’un témoignage prophétique ? Là, tout est plus complexe : car on ne peut pas communiquer avec Dieu de manière détachée, et l’on ne peut pas parler de ce que Dieu révèle comme d’une chose extérieure. Ici, la personnalité du témoin est incontestablement importante.

Mais avec la personnalité arrive ce problème de l’observateur si familier aux physiciens : l’observation est aussi une forme d’interaction avec l’objet, et il arrive que cette interaction modifie par elle-même l’état de l’objet observé. L’expérience pure n’a pas lieu. Dans la relation de l’homme avec Dieu, il se produit parfois quelque chose de semblable, mais en un autre sens. En touchant la nature humaine, la révélation donnée par Dieu change du fait même de ce contact. Comment alors rester un témoin sans parti pris ? Dieu trouve le moyen : Il prend entièrement sous Son contrôle la conscience de l’homme.

Bien entendu, pour un temps et avec son consentement. Et Il parle avec sa langue, la langue du témoin. Littéralement. Le problème de la nature humaine est résolu. Mais que faire s’il s’agit du Messie ? De Celui pour qui le témoignage devient le fait même de Son existence ? Ici, une seule chose est possible : Le désigner, puis disparaître. Se mettre de côté. Devenir un homme tout à fait ordinaire, sans rien de remarquable quant au ministère. Et Jean agit précisément ainsi. « Il faut qu’Il croisse, et que moi je diminue ».