RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Mc 3:1-6

La question du shabbat, de son observance et de sa violation, revient sans cesse dans les évangiles. Et cela se comprend : le problème de l’observance du shabbat était l’un des principaux dans le judaïsme. Des traités entiers furent écrits par les commentateurs de la Torah pour justifier ce qu’il était permis de faire le shabbat et ce qui ne l’était pas, dans quels cas telle ou telle action constituait une violation du shabbat, et dans quels cas elle était admissible.

Par exemple, au sujet des soins, le consensus se résumait à l’idée que le shabbat on peut et on doit sauver un homme de la mort si elle le menace, et donc on peut et on doit accomplir les actes médicaux nécessaires, pour parler en langage moderne, selon des indications vitales, des actes d’urgence sans lesquels le malade mourra. Mais s’il n’y a pas une telle urgence, on peut ne pas se hâter de soigner : car c’est aussi un travail, et le travail est interdit le shabbat.

On peut transgresser le shabbat pour sauver une vie, mais non pour une guérison immédiate. Le cas de l’homme à la main desséchée était précisément de ceux où l’on pouvait ne pas se hâter : la mort ne le menaçait pas, puisqu’il avait déjà vécu ainsi plus d’une année ; on pouvait donc le guérir après la fin du shabbat. Jésus, Lui, regarde le shabbat tout autrement, en le ramenant à son sens originel. Or le sens originel du shabbat ne consistait nullement en restrictions et interdits rituels, mais à passer la journée dans la présence de Dieu, en la consacrant tout entière et sans réserve à la communion avec Dieu.

Tous les interdits et toutes les restrictions visaient finalement à retirer l’homme de ce « flux » quotidien qui rend la communion avec Dieu très difficile, et parfois tout simplement impossible. Or la guérison accomplie par Jésus manifestait justement à ceux qui étaient réunis cette plénitude du Royaume qui ouvrait une possibilité de communion avec Dieu jusqu’alors inconnue du peuple de Dieu. Et voici qu’il apparaissait maintenant que les interdits rituels, compris de manière purement formelle, commençaient à faire obstacle à la communion avec Dieu au lieu de l’aider.

Ce n’est pas par hasard que Jésus pose aux gens qui L’entourent la question du salut de « l’âme », du salut de la vie. En guérissant, Il fait participer l’homme qu’Il guérit à la plénitude de la vie du Royaume, et on Lui déclare qu’en agissant ainsi Il viole le shabbat. Qu’est donc alors le shabbat : la plénitude de la communion avec Dieu, ou un système d’interdits pour les interdits ? Chacun devait répondre lui-même à cette question.