RÉFLEXIONS pour Is 7:1-25
La lecture d'aujourd'hui comprend l'un des premiers hymnes messianiques connus dans l'histoire d'Israël (v. 13-16). Par la suite, l'interprétation de ce texte a soulevé bien des questions à cause des variantes entre le texte hébreu et la traduction grecque des Septante (la Septante). Le fait est qu'au v. 14 du texte hébreu est employé un mot désignant une jeune femme, tandis que dans la traduction grecque est employé un mot désignant une jeune fille chaste. Un tel écart entre la traduction et l'original a probablement été possible parce qu'à l'époque où la traduction grecque fut faite, il existait dans l'original hébreu certaines variantes, supprimées par la suite, mais qui avaient néanmoins eu le temps de se fixer dans cette traduction, d'autant qu'elle jouissait par elle-même d'une autorité suffisante.
Il est évident que Matthieu, en se référant dans son Évangile à cette prophétie (Mt 1:23), a en vue la variante qui a trouvé son reflet dans la Septante. Mais la situation qui s'était formée à Jérusalem en ces jours où elle retentit n'est pas moins intéressante que la prophétie elle-même. La ville, manifestement, était menacée d'un grave danger de la part des ennemis séculaires de Juda: le Royaume du Nord et la Syrie (v. 1-3). Le prophète rassure le roi, prédisant que les plans des ennemis de Juda ne se réaliseront pas, de sorte qu'il n'a rien à craindre (v. 2-9).
Mais le témoignage d'Isaïe lui-même ne suffit probablement pas au roi, et alors le prophète lui ordonna de demander un «signe», c'est-à-dire un signe, à Dieu afin de recevoir de Lui une réponse non plus par un intermédiaire, mais directement (v.10-11). Cependant le roi, manifestement, ne se décide pas à une telle demande (v. 12). Peut-être craignait-il une réponse défavorable, après laquelle plus rien ne pourrait être changé. Et c'est précisément en réponse à ce refus que retentit la prophétie sur la naissance prochaine du Messie (v. 13-14).
À première vue, un tel événement peut difficilement être considéré comme le signe que le prophète conseillait au roi de demander. Et, de manière générale, un tel signe, dans le contexte de la situation, paraissait quelque peu étrange, presque comme une moquerie: l'ennemi est aux portes, et Isaïe dit: attends le Messie, Il va bientôt naître, et alors tout ira bien. Cela sonnait à peu près comme si, en réponse à nos plaintes et lamentations au sujet de problèmes tout à fait concrets et bien terrestres, on nous conseillait d'espérer le prompt second avènement du Christ.
Mais Isaïe, comme tout prophète, voit la situation précisément ainsi. Il place la barre extrêmement haut non pour esquiver la réponse. Simplement, pour lui, le jour du Jugement et le Royaume messianique sont réellement proches; ils sont pour lui aussi réels que l'armée ennemie qui avance vers la ville. C'est pourquoi la réalité dans son ensemble lui apparaît autrement. Le roi ne voit cette réalité qu'en partie; le prophète la perçoit tout entière, dans toute sa plénitude.
