RÉFLEXIONS pour Mt 13:10-17
Qu’est-ce qu’une parabole ? Pourquoi Jésus parle-t-Il au peuple en recourant aux paraboles ? Pourquoi est-il donné aux disciples de connaître les mystères du Royaume, et Jésus leur explique-t-Il le sens de Ses paraboles, tandis qu’Il laisse les autres, semble-t-il, dans l’ignorance ? Pour répondre à toutes ces questions, il est important de comprendre à quoi servaient en général les paraboles dans l’Antiquité, et en Orient aussi au Moyen Âge et plus tard, jusqu’à aujourd’hui.
On pourrait croire que le plus simple serait d’expliquer tout en termes directs ; alors, à coup sûr, personne n’aurait la moindre perplexité. En réalité, pourtant, une telle approche « frontale » n’est bonne qu’en partie, et pas seulement parce qu’elle désapprend à l’homme de penser en lui proposant des réponses toutes faites. Le fait est aussi que, dans un tel enseignement, il arrive souvent que l’élève ne se pose même pas de questions. Il ne sait tout simplement pas sur quoi interroger, parce que le maître décide à sa place ce qu’il doit savoir. La parabole agit autrement.
Avant tout, elle donne à l’homme de voir l’inhabituel dans l’habituel, l’inattendu là où, semblait-il, tout était connu et compris depuis longtemps. Elle apprend à l’homme à poser des questions, et des questions qui ne sont pas oiseuses. Il existe des questions pour les questions, pour passer le temps dans une conversation plus ou moins savante et plus ou moins amicale. La parabole, elle, apprend à poser des questions devenues vitales parce que l’habituel, s’il ne s’est pas effondré, a du moins vacillé. Les questions vitales sont des questions posées de l’intérieur d’une telle réalité qui chancelle.
L’homme, bien sûr, est libre ; il peut écarter la parabole d’un geste, et alors sa réalité se remettra debout solidement, ou du moins c’est ce qu’il lui semblera. Dans ce cas, la parabole ne restera pour lui qu’un conte, une fable, un beau paradoxe sans rapport avec sa propre vie ni avec la vie en général. C’est de tels hommes que Jésus dit qu’en voyant ils ne voient pas et qu’en entendant ils n’entendent pas.
Quant à ceux qui sont disposés à écouter, ils doivent d’abord prendre conscience des questions qui découlent de la parabole, les formuler pour eux-mêmes. Comprendre ce qui leur est incompréhensible et inhabituel dans ce qui est compréhensible et habituel. Ce travail, l’homme peut et doit l’accomplir lui-même ; les indications extérieures n’y sont pas nécessaires. Tant qu’il ne l’a pas accompli, il demeure parmi ceux que le Sauveur appelle « ceux du dehors ». Mais lorsque les questions sont formulées, on les pose, comme le font les disciples de Jésus.
C’est alors que l’on peut parler en termes directs ; alors l’homme entendra et comprendra, bien sûr selon sa mesure. Jésus agit précisément ainsi : Il n’est pas un maître au mauvais sens du terme, de ceux qui imposent leur savoir à tous ceux qui n’ont pas eu le temps ou la possibilité de s’enfuir. Il ne parle qu’à ceux qui sont prêts à entendre et le veulent, laissant la porte ouverte aux autres aussi, au cas où ils voudraient entrer.
