RÉFLEXIONS pour Ap 6:1-17
Dans le contexte de la symbolique liée au rouleau et aux sceaux, il devient évident que l'ouverture des sceaux signifie rien d'autre que la révélation du Royaume s'ouvrant au monde non transfiguré. Les «cavaliers» mentionnés dans le texte du livre en témoignent aussi: le cavalier céleste était déjà, dans les visions des premiers prophètes, lié à une indication ou à une révélation reçue directement de Dieu. Comme on le voit, dans le livre de l'Apocalypse aussi, l'apparition des cavaliers suppose une révélation ou une annonce. Mais ici, manifestement, il ne s'agit pas d'une seule annonce, mais d'au moins quatre. Le premier des cavaliers, le blanc, symbolise apparemment cette bonne nouvelle du Royaume qui est inconcevable sans le témoignage de la victoire du Ressuscité sur la mort et du triomphe à venir du Vainqueur sur ceux qui s'opposent à Lui dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore transfiguré jusqu'au bout (v. 1-2).
Et le monde oppose à cette bonne nouvelle la sienne, témoignant, bien sûr, non pas du Royaume, mais de ce qu'il peut lui opposer. Il s'agit d'abord de la force, cette force physique ou militaire qui, à première vue, règne sans partage dans le monde non transfiguré. C'est elle, semble-t-il, que symbolise le cavalier à l'épée, qui enlève la paix de la terre (v. 3-4). Mais la force de l'épée n'est pas la seule chose que le monde non transfiguré puisse opposer au Royaume. Il possède une autre force, qui se soumet la force de l'épée: la force du système économique et financier, le pouvoir de l'argent, que symbolise le troisième cavalier (v. 5-6). Et si la couleur rouge feu du deuxième cavalier rappelle la guerre, la couleur noire du troisième contraste pour ainsi dire avec le cavalier blanc qui annonce le Royaume: c'est précisément le cavalier noir, manifestement, qui personnifie cette force qui, dans le monde non transfiguré, s'oppose au Royaume en premier lieu, s'y oppose chaque jour et à chaque heure tout au long de l'histoire humaine. Mais ce n'est pas encore tout ce que le monde non transfiguré peut opposer au Royaume. Son dernier argument est la mort elle-même, inexorable et inévitable, dont le pouvoir ne s'étend qu'à un quart du monde, et non au monde entier, seulement parce qu'il est limité d'en haut. Elle est symbolisée par le cheval «blême» (selon le sens du mot grec correspondant, blanchâtre ou incolore, comme une ombre sortie du royaume des morts), portant avec lui l'Hadès («l'Enfer»), appelé dans les livres hébraïques de la Bible le shéol, royaume de la mort, monde des ombres d'où personne ne revient (v. 7-8). La force de l'épée, la force de l'argent et le triomphe définitif de la mort sur la vie: voilà ce par quoi le monde répond à l'annonce du Royaume. Et l'opposition entre eux se poursuit tout au long de l'histoire chrétienne, sans s'apaiser avec le temps, mais au contraire en ne faisant que s'aiguiser et se renforcer.
Ce n'est pas un hasard si, après l'ouverture du cinquième sceau, l'apôtre voit ces témoins qui ont payé de leur propre sang leur fidélité au Christ et au Royaume: car toute l'histoire du Royaume s'ouvrant dans le monde qui s'oppose à lui devient inévitablement précisément l'histoire de la confession de foi et du martyre, et l'Église céleste se compose principalement de confesseurs et de martyrs (même s'il y eut, bien sûr, des exceptions) (v. 9-11). À proprement parler, l'histoire de la sainteté dont naît l'Église est la véritable histoire de l'époque chrétienne, dont la dynamique spirituelle est si clairement exprimée par l'apparition des quatre cavaliers.
Et ce n'est que lorsque l'histoire de la sainteté est achevée et que l'opposition entre le Royaume et ceux qui s'y opposent atteint son sommet que vient le jour du Jugement, qui se révèle au monde comme l'a décrit Isaïe de Jérusalem (v. 12-17; cf. Is 2:12-22). Ce n'est pas l'achèvement naturel de l'histoire, c'est sa rupture, qui se produit par l'intervention directe de Dieu dans le cours des choses, qu'il faut changer, et changer radicalement.
