RÉFLEXIONS pour Mc 8:11-22
La demande d’un signe adressée à Jésus était tout à fait compréhensible : beaucoup étaient prêts à voir en Lui le Messie, et déjà, sinon tous, du moins la majorité Le tenaient pour prophète. Pourtant, pour reconnaître le Messie comme Messie, on attendait de Lui certains signes bien précis comme preuve de Sa messianité. Ces signes étaient liés aux représentations messianiques traditionnelles, en partie populaires et en partie théologiques ; la théologie messianique était particulièrement développée dans le milieu pharisien, ce qui n’a rien d’étonnant : ils se considéraient comme des messianistes, ce reste dont parlaient les anciens prophètes. Ils ne pouvaient absolument pas se tromper sur le Messie, d’où leur attention à la théologie messianique et leurs tentatives d’élaborer des critères univoques pour définir la messianité.
Mais Jésus, étant le Messie, n’allait se conformer aux critères de personne. Il manifestait simplement au monde le Royaume dans sa plénitude, dans l’amour et dans la puissance, et la puissance de Dieu agit d’ordinaire de manière très convaincante, il est vrai seulement pour ceux qui veulent voir. On pourrait dire : ouvre les yeux et regarde. Quels autres signes faut-il, à quels autres critères doit correspondre Celui qui peut non seulement guérir toute maladie, mais encore rendre la vie à un mort ?
Le problème, cependant, est que l’homme déchu possède un talent surprenant pour créer des illusions et une réalité illusoire dans laquelle il peut demeurer si pleinement que rien de l’extérieur n’a parfois plus aucun effet sur lui. Derrière des concepts bâtis sur ses propres illusions et mirages, l’homme déchu peut longtemps se cacher de toute réalité, même de la réalité du Royaume entrant dans le monde, qu’un « théologien » égaré par sa propre « réalité » peut très bien ne pas remarquer. Là, tous les signes et toutes les preuves sont réellement inutiles : ils passeront inaperçus, comme tout ce qui ne rentre pas dans le concept et dans la « réalité » à partir de laquelle il a été créé.
D’ailleurs, les disciples ne valent guère mieux, à leur manière, que ceux qui demandent un signe : eux aussi ne comprennent pas le Maître ; pour eux, le levain est lié au pain matériel, et ils sont sûrs que Jésus leur interdit de partager le pain avec les pharisiens et les sadducéens. Mais Lui parle en réalité de tout autre chose, non d’interdits alimentaires ni de rites. Le Royaume qu’Il a apporté dans le monde se révèle trop plein et trop libre même pour ceux qui L’ont suivi. C’est compréhensible : dans notre monde, la chute a touché chacun sans exception, sauf Lui. Un temps viendra où commencera le lent et difficile dépassement des conséquences de cette catastrophe à cause de laquelle le Royaume s’est trouvé fermé à l’homme, mais pour l’instant ce temps était encore à venir.
