RÉFLEXIONS pour Dt 22:1-23:1
Le Livre du Deutéronome contient des peines beaucoup plus sévères pour les transgresseurs du septième commandement que celles que nous trouvons dans le Livre de l'Exode. Ce durcissement soulève des questions légitimes. La réponse la plus simple serait d'y voir le caractère profondément religieux du livre. Le Livre du Deutéronome aborde la Torah, son observance et tout ce qui s'y rattache précisément du point de vue religieux ; la religion devient ici à la fois le moyen d'accomplir la Torah et le critère de son observance. Il n'est pas étonnant qu'avec une telle approche le formalisme devienne plus grand, et que les règles elles-mêmes, ainsi que les peines pour leur violation, deviennent plus strictes.
Cette réponse, pourtant, ne fait par elle-même qu'indiquer le problème sans l'expliquer. L'explication est liée à la représentation de la religiosité comme moyen de lutter contre l'impureté, contre la souillure. Le Livre du Deutéronome exige en général une attitude plus consciente envers tout ce qui concerne l'observance de la Torah. Or la pureté, l'absence de souillure comme condition nécessaire de la possibilité même de la sanctification, était la base de tout ce qui touchait à la Torah à l'époque de la rédaction du Livre du Deutéronome. Le but principal et le sens principal de l'observance de la Torah étaient précisément de conserver la pureté, que nous appellerions rituelle, mais qui, du point de vue du yahviste croyant de l'époque préexilique, était liée non au rite proprement dit, mais à la vie spirituelle comme telle.
Pour l'homme croyant, la religion devient souvent un moyen de conserver la pureté : il lui semble que plus les normes et les règles religieuses sont strictes, plus la réglementation est minutieuse, plus il s'approchera de l'idéal d'une pureté absolue, qui lui permettra de demeurer constamment sanctifié, toujours dans la présence de Dieu. Or, dans les cultes païens, la composante sexuelle et érotique jouait toujours un rôle assez important, surtout dans le culte de la Grande déesse, si largement répandu dans l'Antiquité au Proche-Orient, et qui comprenait souvent même des éléments de prostitution rituelle. De là vient la rigueur particulière envers tout ce qui est lié à la vie sexuelle, et donc envers le septième commandement, qui inclut aussi cet aspect, même s'il ne s'y réduit bien sûr en aucune façon. Ce n'est pas par hasard qu'à côté des prescriptions sévères concernant l'adultère apparaissent dans le texte des lois interdisant les rites païens traditionnels liés au culte de la Grande déesse : interdiction du travestissement rituel, du labour rituel, des semailles rituelles. Tout ce qui est énuméré était considéré comme un abus de la force que Dieu donne à l'homme pour la vie, et donc comme une souillure qui détruit la vie non seulement d'individus, mais de toute la communauté.
