RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Ex 12:11-14

Le sens de la fête de la Pâque (qui en hébreu s'appelle Pessah) a changé au cours du temps. Pessah, ou, comme on l'appelle habituellement, la Pâque juive, est aujourd'hui consacrée chez les Juifs au souvenir de l'Exode. Il s'agit d'actualiser cet événement, comme de le revivre à nouveau. De le vivre comme une libération nouvelle, donnée par Dieu ici et maintenant. Une libération de tout ce qui entrave l'homme sur le chemin vers Dieu.

Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Le discours de Moïse adressé à ses compatriotes montre qu'avant l'Exil à Babylone, le sens principal de la fête était la délivrance d'une mort imminente qui menaçait le peuple. L'ange de la mort parcourt le pays, frappant les maisons dont les montants de porte ne sont pas oints du sang de l'animal sacrifié. Ce n'est pas une menace de Dieu contre les hommes. C'est la constatation d'un fait simple et, au fond, évident. Un fait que nous oublions parfois aujourd'hui, mais qui n'en cesse pas pour autant d'être un fait: la vie n'est pas l'état naturel de l'homme, mais un don de Dieu.

Chez les animaux, même les plus élevés, il n'en va pas tout à fait ainsi. La vie leur est donnée précisément comme état naturel. Ils le paient par l'absence de conscience personnelle de soi et par l'impossibilité de la communion avec Dieu. Certes, les animaux, surtout les plus élevés, ressentent la présence de Dieu et y réagissent. Mais ils ne peuvent pas répondre consciemment, comme l'homme, à l'appel de Dieu. L'homme, lui, le peut. Il le peut parce que Dieu n'a donné qu'à lui ce souffle de vie qui rend l'homme unique. Ce souffle rend possibles pour nous aussi bien la conscience de soi que la communion avec Dieu. Mais le souffle est un processus. Un processus d'interaction continue avec Dieu. Et une interaction consciente. Si elle est interrompue, la vie s'interrompt aussi.

Après la chute, cette interaction s'est déjà considérablement affaiblie: la vie humaine n'est devenue qu'une pâle ressemblance de ce qu'elle était avant la chute. Et plus encore de ce qui attend l'homme dans le Royaume. Mais même ce qui reste se maintient en nous grâce à l'action directe de Dieu. Dans la perspective de la pleine transfiguration, sans laquelle ce reste de vie n'a aucun sens. Ce n'est pas un hasard si c'est précisément à Pessah que Jésus rappelle à Ses disciples la victoire totale sur la mort. C'est précisément pendant Pessah qu'Il les fait participer à la plénitude de la vie du Royaume. Par là, Il rend à Pessah son sens originel: celui de la fête du triomphe de la vie, de sa victoire sur la mort. Cette fois, pleine et définitive.