RÉFLEXIONS pour Nb 9:1-23
À en juger par les prescriptions contenues dans le livre des Nombres, le yahvisme de l'époque mosaïque était très éloigné de ce formalisme religieux qui, avec le temps, est malheureusement devenu une partie presque indissociable de lui. Bien entendu, le formalisme n'en a jamais été l'élément déterminant, sinon son histoire aurait pu s'achever avant même la venue du Christ; cependant, il fut souvent très visible aussi bien dans le yahvisme que dans le judaïsme qui en est issu.
Il en va ainsi de toute religiosité: elle tend inévitablement au primat de la forme sur le contenu, tout simplement parce qu'en elle-même, au fond, elle est forme. Le contenu véritable de toute tradition religieuse n'est pas la religiosité en tant que telle, mais la révélation qu'elle contient en elle, souvent en la cachant dans une enveloppe religieuse comme dans une sorte d'étui. À l'époque de Moïse, ce n'était pas le formalisme religieux qui prédominait, mais la révélation grâce à laquelle le yahvisme est devenu ce qu'il est devenu.
Les prescriptions concernant la célébration de la Pâque en sont un témoignage évident. Il semblerait que le plus simple aurait été d'interdire purement et simplement la participation à la fête à ceux qui n'avaient pas eu le temps de se préparer; mais la révélation de Dieu est sans équivoque: chacun peut participer, même si, pour ceux qui n'ont pas eu le temps de se préparer, la célébration est reportée d'un jour. La participation à la fête, qui suppose la sanctification du peuple, se révèle plus importante que le calendrier: si un homme n'arrive pas à temps et que son retard n'est pas trop grand, qu'il se joigne dès qu'il sera prêt.
Même si des règles détaillées de pureté rituelle avaient été prescrites au peuple, en ces temps elles étaient réellement nécessaires: la mort était alors toute-puissante, et la souillure était l'une de ses manifestations, de sorte qu'il fallait fuir l'impureté comme le feu. Autrement, il n'aurait pas été possible de suivre Dieu pas à pas, comme le prescrit ce même livre des Nombres: lorsque la nuée de la présence de Dieu se mettait en mouvement, le peuple se mettait aussi en mouvement; lorsqu'elle restait en place, le peuple demeurait sans se mettre en route. Il fallait voir constamment cette nuée lumineuse, ne pas la perdre de vue, et un homme souillé aurait facilement pu cesser de la remarquer. Dans ce cas, il ne serait resté au peuple que le désert, un désert non seulement sans nourriture ni eau, mais aussi sans Dieu.
