RÉFLEXIONS pour Lc 12:51-52
Ces paroles de Jésus sur la division qu'il a apportée dans le monde troublent certains lecteurs de l'Évangile, surtout de nos jours. L'union nous semble aujourd'hui plus appropriée que la division ; nous voudrions que toutes les divisions entre les personnes disparaissent, et l'unité nous paraît par définition préférable à la division. Et il en est bien ainsi lorsqu'il s'agit de réalités secondaires. Du point de vue de l'Évangile, comme de celui de la vie spirituelle en général, toutes nos divisions — culturelles, linguistiques, raciales, même religieuses — sont par essence secondaires et ne touchent pas à l'essentiel : notre relation avec Dieu et sa dynamique. C'est la dynamique des relations avec Dieu et avec le prochain qui est essentielle ; tout le reste est secondaire. À cet égard, les personnes ne se répartissent qu'en deux catégories : celles dont la vie comporte une relation avec Dieu et la dynamique qui lui est liée, et celles dont la vie en est dépourvue.
Naturellement, l'absence totale de relation avec Dieu signifie pour l'homme la destruction totale de la personnalité, souvent suivie d'une destruction physique. Mais on peut aussi parler de la formation et du renforcement de cette relation, ou de sa dégradation progressive et de sa tendance à la destruction totale. À la limite, dans le contexte et la perspective du Royaume qui entre dans le monde, il doit être question soit d'aspirer à la plénitude de la vie du Royaume, soit de s'isoler soi-même : tenter de se retrancher, de créer son propre petit monde clos et d'y devenir roi, son unique maître et souverain. Le monde déchu existe précisément dans un tel isolement ; c'est pourquoi la division chrétienne fondamentale sépare ceux qui cherchent la vie du Royaume de ceux qui se contentent de la vie de ce monde, du monde déchu.
Ici, la division est réellement tout à fait inévitable. Les deux vecteurs spirituels évoqués sont incompatibles, non parce que les uns seraient « spirituels » et les autres non, mais parce que les uns cherchent la vie et avancent vers elle, tandis que les autres se contentent d'une vie-qui-meurt, d'une immersion progressive dans la mort qui règne dans le monde déchu. Il ne s'agit pas de points de vue ou de convictions différents, mais de directions opposées du mouvement spirituel, qui séparent inévitablement ceux qui les choisissent. En effet, des personnes qui marchent dans des directions différentes et opposées ne peuvent demeurer unies.
