RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Gn 7:11-8:22

La partie la plus remarquable de la parabole de Noé est sa conclusion (Gn 8:20–22). Il y est question de l’union («alliance») que Dieu conclut avec Noé et, en sa personne, avec tous les justes qui ont jamais vécu et vivent aujourd’hui sur la terre. Et c’est précisément en ce moment solennel que deviennent évidentes toutes les limites de la nature humaine et des possibilités humaines. L’image de Dieu y est volontairement quelque peu archaïsée: le Dieu de la Bible, dans ce passage, rappelle les dieux d’Homère. Comme eux, Il «respire», aspire par les narines la fumée du sacrifice qui monte vers le ciel et dont, pensaient les anciens païens, les dieux se nourrissent comme nous nous nourrissons de nourriture. Mais la définition que Dieu donne alors du genre humain est extrêmement sévère: «toutes les intentions du cœur de l’homme sont mauvaises dès sa jeunesse» (Gn 8:21; dans le texte hébreu, il s’agit bien des «intentions», et non des «pensées», comme dans la traduction synodale). C’est pourquoi détruire le genre humain n’a pas de sens: même s’il ne restait sur toute la terre qu’un seul juste, comme après le déluge, le mal pénétrerait tout de même dans le monde, sinon par lui, du moins par ses descendants. Et pourtant, en concluant une alliance avec Noé, Dieu lui promet que la catastrophe ne se répétera pas (Gn 8:22). Ici apparaissent les limites de la justice humaine, et ici se trouve aussi la réponse aux questions que l’on pose souvent aux chrétiens: pourquoi fallait-il donc absolument que le Sauveur vienne? Pourquoi a-t-il fallu un peuple de Dieu séparé, particulier? N’y a-t-il pas assez de justes dans le monde, dont certains ne connaissaient pas et ne connaissent pas Dieu, mais vivent néanmoins selon Ses lois, en observant les commandements qu’Il a donnés? Aujourd’hui, d’ailleurs, on parle plus souvent non de justes, mais de «gens bien», mais cela ne change pas le fond de la question. La réponse à ces questions est simple et triste: toute la justice de tous les justes du monde semblables à Noé, toute leur fidélité à Dieu, suffit seulement à empêcher qu’une nouvelle catastrophe atteigne le monde, à empêcher qu’il ne s’effondre dans l’abîme. C’est le maximum de ce qu’ils peuvent faire; ils ne sont pas capables de changer radicalement la situation du monde, de briser le cours des événements, pas plus qu’ils ne sont capables de changer leur propre nature, corrompue par la chute. Pour cela, il faut des efforts particuliers; il faut un plan particulier de Dieu, le plan du salut de l’homme et du monde, dont font partie à la fois le peuple particulier de Dieu et le Messie-Christ.