RÉFLEXIONS pour Rm 11:1-10
Réfléchissant au destin de ses compatriotes et coreligionnaires, Paul se tourne vers la tradition prophétique et vers le thème du reste, central pour le messianisme prophétique. Il se souvient du temps d'Élie, à qui il semblait aussi qu'il ne restait plus, dans le peuple de Dieu, aucun fidèle en dehors de lui-même, mais la réponse de Dieu soutint et encouragea le prophète (v. 2 – 4). Et l'apôtre est lui aussi certain qu'un reste ne pouvait manquer de subsister dans le peuple juif (v. 5). Certes, la situation historique a changé, mais le principe de l'action de Dieu est resté le même : comme au temps de l'exil de Babylone, Il travaille non avec la majorité de Son peuple, qui reste sourde à Ses appels, mais avec la minorité prête à entendre (v. 7 – 10).
Il faut remarquer qu'à cette époque la question du reste messianique était en général discutée très activement dans le milieu synagogal. Après l'exil de Babylone, tous les rapatriés revenus sur la terre des pères se sentaient comme le reste ; mais désormais, après des siècles, la question se posait de nouveau avec la même acuité : tous ceux qui appartiennent au peuple juif peuvent-ils se considérer comme le reste dont parlaient les prophètes ? Ce rôle était revendiqué aussi bien par la partie la plus active de la Synagogue, représentée par la fraternité pharisienne, que par certaines communautés et mouvements marginaux du type essénien. Pour Paul, au contraire, à ce qu'il apparaît, ce reste était la communauté judéo-chrétienne, dont il était lui-même l'un des représentants les plus marquants (v. 1).
Mais l'essence du reste, telle que Paul la comprenait, différait quelque peu des représentations traditionnelles à son sujet. En règle générale, lorsqu'on parlait du reste, on entendait alors les personnes les plus actives religieusement et les plus pieuses. L'apôtre, lui, met manifestement au premier plan non l'activité religieuse (« les oeuvres »), mais la grâce, sans laquelle on n'entre pas dans le Royaume (v. 6). Cela n'a rien d'étonnant : contrairement aux pharisiens ou aux esséniens, pour qui la venue du Messie et l'avènement du Royaume relevaient encore de l'avenir, Paul parle du Messie déjà venu et du Royaume déjà en train d'advenir, dans lequel on peut entrer non parce qu'on l'a mérité, mais parce que le Sauveur en ouvre la route à quiconque est prêt à Lui faire confiance.
