RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Gn 46:1-34

Joseph installe son père et tous ses frères là où vivaient alors la plupart des tribus sémitiques venues en Égypte lors de l’invasion des Hyksôs : dans le pays de Goshen (Gessen), dans le delta du Nil, où les basses terres marécageuses voisinaient alors avec des prairies inondables. Ce lieu convenait parfaitement à l’élevage, mais bien sûr non pas nomade, plutôt sédentaire, avec transhumance vers les pâturages. Ce n’est pas un hasard si s’y installaient justement d’anciens nomades, des éleveurs sémites venus en Égypte des oasis du Sinaï et des steppes sèches de Syrie.

Les descendants de Jacob devaient vivre sur cette terre pendant plusieurs siècles, devenant, comme leurs voisins, des habitants sédentaires et oubliant presque les steppes et les déserts où avaient vécu leurs ancêtres. Mais avant qu’ils ne s’y rendent, Dieu s’adresse une dernière fois à Jacob avant la migration. Il dit à Jacob que son déplacement n’est pas la fin du chemin, mais seulement le commencement. « Je te ferai remonter » est dit pour que Jacob sache que l’Égypte n’est pas une récompense pour ses travaux, mais une base de repos et de préparation à la suite du chemin, spirituel et historique.

Jacob lui-même ne verra pas l’Exode, son chemin terrestre s’achèvera plus tôt, mais Joseph emportera ses os hors d’Égypte ; en ce sens, même symboliquement, Jacob partagera le destin de son peuple et parcourra avec lui son chemin. Jacob et Joseph comprennent tous deux que Dieu agit dans leur vie, et que les hommes et les circonstances n’y entrent que dans la mesure où Dieu leur permet d’y entrer. Il en est ainsi maintenant : la migration de Jacob et de ses clans en Égypte est un processus que l’on peut facilement décrire historiquement comme un élément de déplacements bien plus vastes, comme une partie de la migration massive de tribus sémitiques qui a touché tout le Proche-Orient.

Ce processus avait commencé bien plus tôt, et la migration d’Abraham en faisait déjà partie. Mais Dieu ne fait pas sortir ceux qu’Il conduit derrière Lui hors des processus historiques de leur époque. Au contraire, Il les inclut dans l’histoire ; mais en les y incluant, Il ne les laisse pas s’y perdre. Car Dieu Lui-même veut entrer dans le monde, et donc dans l’histoire. Y entrer avec ceux et par ceux qu’Il conduit à Sa suite. Et, avec leur aide, faire de l’histoire du monde déchu Son histoire. L’histoire du salut.