RÉFLEXIONS pour Dn 5:1-6:1
Il est difficile de dire si l'auteur du livre de Daniel était prophète. On pourrait plutôt supposer qu'il était l'un de ces adversaires actifs de la politique religieuse d'Antiochos Épiphane qui finirent par se retrouver parmi les participants du soulèvement antisyrien déclenché par les Maccabées. Mais il ne fait guère de doute que, parmi les inspirateurs et les idéologues du mouvement antisyrien, il y avait aussi des prophètes et des visionnaires apocalyptiques. Apparemment, l'auteur a rassemblé et mis par écrit certaines de leurs prophéties et visions, les plaçant dans la bouche de Daniel, l'un des personnages des anciennes traditions juives, dont il a fait le héros principal de son livre, en situant son action à une époque devenue pour lui presque légendaire : le temps de l'exil à Babylone et des premières années du règne de Cyrus le Grand, dont la victoire sur la Babylonie devint pour les Juifs une libération.
Pour compléter le tableau, il faut ajouter que cette victoire et cette libération provoquèrent dans la Synagogue une puissante poussée de messianisme, semblable à celle que, du temps de l'auteur du livre, provoquèrent les persécutions d'Antiochos et les guerres maccabéennes menées sous des mots d'ordre religieux et messianiques. Et si la première des prophéties placées dans la bouche de Daniel, qui concernait Nabuchodonosor, sonnait comme un appel à reprendre ses esprits, la seconde était un avertissement direct, particulièrement actuel dans le contexte des actes du pouvoir qui avaient conduit à la profanation du Temple de Jérusalem.
Au fond, Balthazar fait quelque chose de semblable : il ne profane pas le Temple et ne le détruit pas, mais il poursuit l'oeuvre des profanateurs et des destructeurs en utilisant de façon sacrilège les vases sacrés (v. 1-4). Il ne s'agit pas seulement de boire du vin en soi, mais du fait que cela s'accompagnait, comme c'était l'usage dans l'Antiquité chez tous les peuples, de libations aux dieux, sortes de petits sacrifices païens, mais bien réels. L'utilisation de vases et de coupes consacrés à Dieu pour des sacrifices païens était précisément un sacrilège, et un sacrilège ostentatoire, destiné à montrer non seulement le pouvoir absolu du souverain, mais aussi le triomphe de ses dieux sur le Dieu d'Israël. Il n'est donc pas étonnant qu'aussitôt après son acte sacrilège Balthazar reçoive un avertissement dont le sens, pourtant, lui demeure incompréhensible, bien qu'il voie clairement la scène qui se déroule sous ses yeux (v. 5-9).
Comme dans le cas de Nabuchodonosor, Balthazar a besoin du témoignage du prophète pour comprendre ce qui lui a été révélé (v. 10-16). Et Daniel explique effectivement au roi le sens de ce qu'il a vu, en soulignant que le péché commis par Balthazar l'a été consciemment : il connaissait l'histoire de son père Nabuchodonosor et ce qui lui était arrivé à cause de son mépris pour le Dieu d'Israël (v. 17-29). Quant à la rapidité avec laquelle la prophétie s'accomplit (v. 30-31), elle devait sans aucun doute faire réfléchir les contemporains non seulement du dernier roi babylonien, mais aussi de l'auteur du livre de Daniel.
