RÉFLEXIONS pour Lc 12:2-12
En parlant du Royaume et de la manière de l'obtenir, le Sauveur, semble-t-il, met au premier plan la question de la vie, de la vie que mène l'homme. Une telle approche peut être considérée comme tout à fait traditionnelle. En effet, dans la Bible aussi, lorsqu'il est question de l'homme et de sa vie ou de sa force vitale (la traduction synodale parle alors habituellement de «l'âme»), une ligne nette est tracée entre l'homme tel qu'il était avant la chute et l'homme tel qu'il est devenu après la chute.
Avant la chute, cette force était liée avant tout au souffle de vie que Dieu insuffla en l'homme lors de la création; après la chute, elle se trouva liée principalement au sang, à l'essence physiologique de l'homme, comme chez les animaux, chez qui elle est aussi liée au sang. Il apparaît que, pour les auteurs bibliques, la vie est entière et indivisible: elle ne se divise pas en spirituel et physique de sorte que l'une de ses composantes puisse être séparée de l'autre. Mais la qualité de la vie peut être différente, déterminée par l'état spirituel de l'homme: plus ses relations avec Dieu sont pleines et intenses, plus la vie de l'homme contient de spirituel, et plus sa composante spirituelle l'emporte sur la composante naturelle en la soumettant à elle. Dans le Royaume, semble-t-il, la vie de l'homme est entièrement transformée.
Ici une seule chose importe: l'homme vit-il de cette vie, ou non? Si sa vie devient une partie de la vie du Royaume, même la mort de son corps physique ne change rien en principe: car, dans le Royaume, la nature dans son ancienne qualité n'existe pas, et dans son état nouveau, transfiguré, elle n'est plus pour l'esprit quelque chose d'entièrement étranger, comme dans le monde non transfiguré. Et dans la mesure où la vie de l'homme, dans notre monde en cours de transfiguration mais pas encore transfiguré, appartient au Royaume, il peut ne pas craindre de pertes au moment de la mort physique: car la mort n'a rien à voir avec le Royaume. Mais si toute la vie de l'homme reste comme auparavant liée seulement au monde non transfiguré et à la corporéité non transfigurée, il n'a rien sur quoi compter: la mort sera pour lui la seule et dernière réalité.
Le Royaume finira de toute façon par transformer notre monde en le faisant devenir sa part, mais l'homme qui n'a pas de rapport avec le Royaume n'aura aucun rapport avec ce triomphe du Royaume, du moins jusqu'au jour du Jugement. C'est pourquoi Jésus conseille de craindre non pas celui qui peut tuer physiquement l'homme, mais celui qui peut le priver du Royaume: car, ayant le Royaume, l'homme ne perd rien même en cas de mort physique; mais ayant perdu le Royaume, tôt ou tard il perdra inévitablement tout, y compris la vie physique qu'il aura conservée à un prix si inadéquat.
