En réponse aux paroles de Job, Éliphaz prononce un long discours où il répète toutes les vérités connues de tous et communément admises concernant les impies et leur destin (v. 17-35). Toutefois, les invectives contre les impies visent désormais aussi un autre destinataire : Job lui-même. Éliphaz reproche à son ami son impiété et le fait d’avoir oublié la crainte de Dieu (v. 2-6). Certes, Éliphaz, comme les autres amis de Job, est aussi mû par une peur religieuse qui s’intensifie à chaque parole du souffrant. Mais, à la différence des autres, Éliphaz essaie tout de même de trouver à cette peur une justification rationnelle. Il avance un argument qui, à première vue, paraît incontestable. Il dit à Job : que peux-tu savoir des desseins de Dieu (v. 7-8) ? Et comment oses-tu parler avec Dieu et Lui demander des comptes (v. 12-13) ? Une telle réaction est typique de l’homme religieux qui, voyant en Dieu le Souverain du monde infiniment lointain et puissant, considère toute tentative de se rapprocher de Lui comme presque blasphématoire.
Et de telles questions, celles que Job pose à Dieu en exigeant une réponse, doivent paraître tout simplement monstrueuses à un homme religieux. Mais Éliphaz avance aussi un autre argument, plus rationnel. Il dit : qui peut affirmer sa pureté devant Dieu ? Devant Lui personne n’est pur, même pas les anges, et il n’y a rien à dire des hommes (v. 14-16). À première vue, un tel argument paraît absolument irréfutable, réfutant et dévalorisant tout ce que Job a dit à Dieu. Mais, au fond, il manque sa cible, comme toutes les autres objections des amis de Job. Bien sûr, comparé à Dieu, personne n’est pur ni saint, car Dieu est précisément la source de la pureté et de la sainteté. La sainteté de l’homme, comme celle de toute autre créature, n’est que le reflet de la sainteté de Dieu. Mais Éliphaz, dans ce cas, confond manifestement la sainteté avec la justice. Le juste n’est nullement sans péché, mais il suit Dieu et demeure témoin de Dieu malgré son péché et contre lui.
Bien sûr, si l’on compare la mesure de sainteté d’un tel juste, qui reste pourtant un homme pécheur, à la sainteté de Dieu, elle ne soutient pas la comparaison, et le juste apparaît impur devant Dieu. Mais avec une telle approche de l’homme, la justice elle-même est dévalorisée, et totalement. Si l’on admet que Dieu aborde réellement l’homme avec une telle mesure, alors la vie humaine perd tout simplement tout sens. C’est précisément contre cette approche que Job proteste, et il veut demander à Dieu Lui-même s’il en est vraiment ainsi. Mais Éliphaz, de toute évidence, devance Dieu et répond à Job à la question que celui-ci a posée à Dieu.
