Poursuivant le thème du peuple de Dieu, Paul revient à la question de savoir qui lui appartient et où passent ses frontières. L'apôtre rappelle l'époque des Patriarches, quand ces frontières étaient souvent déterminées par Dieu en rupture avec les institutions traditionnelles de clan et de tribu : des frères de sang se révélaient étrangers par l'esprit, les desseins de Dieu pouvaient être totalement différents même lorsqu'il s'agissait de proches parents, et le rôle principal n'était nullement donné à l'aîné, comme le prescrivait la tradition (v. 6-13). Les frontières ethnoreligieuses du peuple, qui demeurent inchangées et ne sont pas remises en question, peuvent différer, et diffèrent effectivement, de ses frontières spirituelles, ce qui cause à l'apôtre une profonde tristesse (v. 1-5). Mais il comprend que l'appartenance ou la non-appartenance au peuple de Dieu ne dépend ni de l'homme ni des efforts humains (v. 14-18).
Cela n'a rien d'étonnant : selon la représentation communément admise à cette époque, la création du peuple de Dieu faisait partie des desseins de Dieu dès la création du monde. Mais en concevant Son peuple, Dieu ne prédéterminait nullement le destin de personnes concrètes : la question de savoir qui, précisément, et comment, deviendrait partie de Son peuple, Il la résolvait uniquement selon Ses propres considérations, connues de Lui seul. Et maintenant l'apôtre comprend qu'il se passe quelque chose de semblable avec la naissance de l'Église comme nouveau peuple de Dieu : ici, aucun critère, aucun plan ni aucun pronostic humain ne s'applique. Même l'appartenance au peuple juif et à la Synagogue ne peut pas, à elle seule, garantir qu'une personne entrera dans ce nouveau peuple. Car il s'agit du Royaume et de ceux qui entrent dans le Royaume, et Celui qui y introduit est Celui qui établit avec chacun de ceux qui y entrent des relations propres, profondément personnelles et absolument uniques. On peut chercher la rencontre avec le Christ, on peut attendre le Royaume avec tremblement et espérance, mais c'est seulement du choix et de la volonté de Dieu que dépend le fait que celui qui cherche trouve ce qu'il cherche.
