Tous les évangélistes sans exception témoignent des manifestations du Royaume qui ont accompagné le ministère terrestre de Jésus. Mais c'est seulement chez Jean que nous trouvons un témoignage à son sujet lié à la personne du Sauveur ressuscité. Et ce qu'il y a peut-être de plus remarquable dans ce témoignage, c'est précisément le fait qu'il ressemble étonnamment, comme deux gouttes d'eau, à ce que racontent les Évangiles lorsqu'ils décrivent le parcours terrestre du Messie. Nous retrouvons ici le récit d'une pêche miraculeuse, semblable à celle qui avait accompagné la première rencontre de Pierre avec Jésus (v. 1–6). Bien sûr, Jésus agit ainsi notamment pour que les apôtres Le reconnaissent plus facilement, et ils comprennent apparemment aussitôt Qui se tient sur le rivage (v. 7). Mais il ne s'agit probablement pas seulement de cela. Les lois du Royaume sont toujours les mêmes, et son action sur le monde reste inchangée, telle que les apôtres l'avaient vue avant même la résurrection de leur Maître.
Et pourtant, quelque chose a changé après la Résurrection. Ce n'est pas un hasard si Pierre se précipite vers Jésus (v. 7–8) et si Celui-ci lui pose trois fois la même question : « M'aimes-tu ? » (v. 15–17). Pierre avait toujours été le premier dans la communauté apostolique. Il avait été le premier à appeler Jésus le Messie, avait juré de mourir pour son Maître, et c'est lui aussi qui L'avait renié trois fois après Son arrestation, dans la cour de la maison du grand prêtre. Bien sûr, ce reniement peut difficilement être considéré comme prémédité et ne peut aucunement être comparé à la trahison de Judas, planifiée à l'avance et mûrie pendant longtemps. Il s'agit plutôt ici d'une sorte d'effondrement spirituel qui, malheureusement, peut arriver à chacun dans notre monde déchu. Dans notre monde déchu, mais pas dans le Royaume, où de tels effondrements n'ont pas leur place.
Et maintenant, en confiant Son Église à Pierre, ce n'est pas un hasard si Jésus lui demande trois fois de confirmer son amour pour Lui. Les relations constituent le fondement du Royaume : relations avec Dieu, relations avec Jésus, relations des hommes entre eux. Le Seigneur demande à Pierre de confirmer la relation qui existe déjà et, après avoir reçu cette confirmation, Il atteste à l'apôtre que viendra un jour où Pierre devra confirmer son amour pour Lui non seulement par sa vie, mais aussi par sa mort (v. 18–19).
Nous voyons probablement ici l'une des lois les plus importantes du Royaume, où il n'existe pas d'erreurs irréparables, mais où chaque erreur est corrigée précisément par celui qui l'a commise. Le témoignage est important non seulement pour ceux qui entourent le témoin ; il ne l'est pas moins pour le témoin lui-même qui, en témoignant, devient lui-même une partie du Royaume. Ainsi, tout refus volontaire ou involontaire de témoigner devient un obstacle à la vie dans le Royaume, un obstacle qu'il faut surmonter. Non seulement pour la plénitude du Royaume, mais aussi pour la plénitude de la vie spirituelle de celui qu'il entrave.
