La question de la nourriture pure, casher, et impure, non casher, a été et demeure centrale aussi bien dans le yahvisme que dans le judaïsme. Une partie considérable des prescriptions religieuses juives est précisément liée à...
La question de la nourriture pure, casher, et impure, non casher, a été et demeure centrale aussi bien dans le yahvisme que dans le judaïsme. Une partie considérable des prescriptions religieuses juives est précisément liée aux interdits alimentaires, qui constituent la base de ce qu’on appelle dans le judaïsme la cacherout: l’ensemble des normes et des règles de pureté rituelle.
À première vue, la liste des animaux purs et impurs est, du point de vue spirituel, une pure formalité. En réalité, cependant, elle reflète une certaine particularité du monde préchrétien, qu’un homme désirant se sanctifier et mener une vie correspondante ne pouvait pas ignorer. Il s’agit du danger objectif que représentaient pour l’homme certaines manifestations du monde déchu: des manifestations purement naturelles.
Cela paraît étrange: c’est pourtant le monde de Dieu, la création de Dieu, que Dieu Lui-même juge «très bonne». Après la chute, toutefois, y est entré ce mal qui se manifestait avec une force particulière et en toute impunité avant la venue du Christ. Tout pouvait y arriver, et l’homme devait observer une prudence particulière. Ce qu’on pourrait appeler le paysage métaphysique n’était pas toujours inoffensif: les contes et les traditions sur les «mauvais» lieux ne sont pas entièrement sans fondement, et si maintenant nous pouvons ne rien craindre de tel, c’est seulement parce qu’après la venue du Christ le monde est déjà devenu, dans une large mesure, autre, bien qu’il ne le soit pas encore complètement.
Dans les temps anciens, même avec la nourriture il fallait être prudent, et pas seulement au sens hygiénique ou diététique. La nourriture, en effet, relève de la physiologie; au sens physiologique, nous sommes ce que nous mangeons. Or, par le sacrifice, il fallait sanctifier non seulement l’esprit de l’homme, mais aussi son corps, sa nature; et elle était sanctifiée par le repas sacrificiel, par la consommation de la viande sacrifiée. Là, nature et esprit, sainteté et physiologie se touchaient de trop près pour qu’on puisse ignorer tout ce qui était lié à la nourriture dont l’homme se nourrit.
Or l’expérience des hommes contenait beaucoup de choses qu’il ne fallait pas ignorer: par exemple, les particularités de l’effet de tels ou tels types de viande, et même de la nourriture en général, sur l’état physique et psychique de l’homme. À une époque où la nature déchue pesait sur l’homme, et où la présence de Dieu ne faisait qu’affaiblir son influence sans la vaincre, la physiologie était beaucoup plus importante pour la vie spirituelle qu’aujourd’hui; d’où les normes liées aux aliments purs et impurs. Et si aujourd’hui nous pouvons ne penser à rien de tel, le mérite n’en est pas à nous, mais à Celui qui a apporté le Royaume dans le monde.