Plus on s'approche du temps de la rédaction du Livre de Daniel, plus le récit du visionnaire devient détaillé, plus les détails apparaissent, comme lorsqu'un avion, se préparant à atterrir, descend d'une grande hauteur et s'approche de la terre. Voici déjà l'image du roi impie dans toute sa splendeur, et un amas d'événements liés à son règne: guerres, profanation du Temple, projets grandioses, persécutions contre la Synagogue... Le cours du temps semble s'accélérer, le ciel semble se rapprocher de la terre, et les serviteurs de Dieu scrutent plus attentivement ce qui se passe en bas.
Et ce n'est pas étonnant: car en ces temps-là le ciel se rapprochait réellement de la terre. Plus précisément, le Royaume s'est approché pour entrer dans le monde. Le Fils de l'homme dont parle le Livre de Daniel commence Lui aussi Sa prédication par un appel à la conversion, parce que le Royaume s'est approché. Le point de rencontre était déjà proche; les guerres des Maccabées, le règne des Hasmonéens, la conquête romaine, enfin la catastrophe de l'an 70 dessinent le cercle historique d'événements dont elle devint le centre.
Et à l'intérieur de ce cercle, les événements se développent avec une intensité extrême. Non seulement au sens de leur déroulement extérieur, mais aussi au sens de leur densité spirituelle. Ce n'est pas un hasard si l'auteur du livre considère aussi bien les persécutions d'Antiochos que les guerres des Maccabées comme l'époque de ce qu'on appelait alors les «douleurs messianiques», les épreuves qui tombent sur les fidèles immédiatement avant la venue du Messie. L'époque des «douleurs messianiques» appartient déjà non seulement à l'histoire du monde déchu, mais aussi à l'histoire du Royaume, car le Royaume a lui aussi son histoire, qui se déploie toutefois autrement que l'histoire du monde déchu.
Elle, cette époque, se trouve à la frontière du monde déchu et du Royaume. Plus exactement, elle est elle-même la frontière: tout ce qui est avant appartient entièrement au monde déchu, tout ce qui est après au Royaume messianique. Or à la frontière de deux milieux différents, les processus se déroulent toujours de façon inhabituelle et s'accélèrent souvent. Cela vaut pour le monde physique comme pour le monde spirituel. C'est ainsi, accéléré et inhabituel, que le cours de l'histoire apparaît au visionnaire qui se trouve à la frontière du Royaume.
