Comme on le voit, la libération des forces des ténèbres des limites qui les entravaient auparavant ne se produit pas d’un seul coup. Cela tient sans doute au fait que la nature même de notre monde est atteinte par ce mal qui soutient le monde des esprits des ténèbres, de sorte que les deux mondes se trouvent, malheureusement, liés assez étroitement. Ce n’est pas un hasard si le texte du passage mentionne quatre anges dont la libération conduit à la mort d’hommes sur la terre (v. 13-15). Ce sont, de toute évidence, les anges que Jean avait auparavant vus debout aux quatre coins de la terre et retenant les quatre vents (Ap 7:1). C’est par leurs efforts que le monde ne sombre pas dans le chaos; à travers eux agit la force de Dieu, qui révèle la présence du Créateur dans Sa création.
Et voici maintenant que vient le moment où cette force, pour ainsi dire, se retire, laissant le monde à son propre destin. À première vue, une telle action de Dieu, ou plutôt une telle inaction, ne peut mener qu’à la catastrophe. Mais parfois, comme on le voit, elle s’avère être la seule possibilité de transformer le monde en le délivrant totalement du mal. Apparemment, le péché et ses conséquences ont pénétré si profondément dans la chair même de l’univers que, sans la dissociation de cette chair jusque dans les éléments qui la composent, ni la purification ni la transfiguration du monde ne sont désormais possibles.
Et lorsque cela se produit, les forces du mal reçoivent temporairement sur le monde un pouvoir pratiquement illimité, et les hommes, en premier lieu, bien sûr, ceux qui n’ont pas de relation solide avec Dieu, en ressentent pleinement les effets. Ce n’est pas un hasard si, après la sixième trompette, les «sauterelles» cèdent la place à une armée bien plus redoutable, une armée des ténèbres, qui ne se contente plus de tourmenter les hommes, mais tue aussi ceux sur lesquels elle parvient à étendre son pouvoir (v. 16-19). Il ne s’agit évidemment pas ici d’un châtiment: ces événements n’ont aucun effet correctif. Les hommes ne deviennent nullement meilleurs à cause des malheurs qui s’abattent sur eux, ce qui n’a rien d’étonnant: tous ceux qui ont choisi le Royaume ont déjà fait leur choix; les malheurs s’abattent sur ceux qui ont rejeté le Royaume, et un tel rejet, s’il est ferme et conscient, est très difficile à changer, si tant est qu’il puisse l’être. Voilà pourquoi ceux qui souffrent ne se tournent pas vers Dieu, mais continuent à vivre selon leur ancienne vie et leurs anciennes valeurs, malgré tous les malheurs et toutes les catastrophes (v. 20-21).
