Le monde antique était plein de sanctuaires, d'autels, de reliques. Tout cela était lié d'une manière ou d'une autre à la force que possédaient les dieux. Le sanctuaire était le lieu où le dieu habitait, la relique...
Le monde antique était plein de sanctuaires, d'autels, de reliques. Tout cela était lié d'une manière ou d'une autre à la force que possédaient les dieux. Le sanctuaire était le lieu où le dieu habitait, la relique un artefact à travers lequel se manifestait sa force. Un sanctuaire semblable, du moins extérieurement, devait aussi apparaître chez les Juifs.
Avec toutefois une différence essentielle : le principal objet saint de ce sanctuaire, remplaçant tous les artefacts, serait Dieu Lui-même. Sa présence, celle-là même qui s'était révélée à Moïse au Sinaï. On pourrait croire que la différence n'est pas si grande : après tout, derrière les artefacts qui se trouvaient dans les sanctuaires païens se tenaient aussi les dieux auxquels ils appartenaient.
Cependant, en réalité, la différence était radicale. Qu'est-ce, au fond, qu'un artefact, un objet sacré ? C'est avant tout l'instrument que, pensait-on, le dieu utilise pour manifester sa force. Il y avait là beaucoup d'instrumental, presque de mécanique : on supposait que l'artefact dans le sanctuaire était précisément une sorte de mécanisme permettant, pour ainsi dire, de « mettre en marche » la force divine, de l'activer.
De l'activer à peu près comme nous allumons aujourd'hui la lumière ou ouvrons l'eau. Bien sûr, il fallait honorer comme il convient la divinité à laquelle appartenait le sanctuaire, sinon le mécanisme n'aurait pas fonctionné ; mais ensuite tout se passait plus ou moins automatiquement. C'était ce magisme même qui pénétrait toute l'Antiquité païenne. Ici, dans le sanctuaire yahviste, tout devait être différent.
Ici, il n'y avait place pour aucun magisme. Il n'y avait que la présence de Dieu, en elle-même, et elle devenait le principal sanctuaire du peuple. Il ne s'agissait pas seulement de Celui qui était présent dans le sanctuaire ; il s'agissait aussi du fait qu'il ne pouvait y avoir ici aucun formalisme, aucun automatisme, aucune autonomie en ce qui concerne l'action de Dieu.
D'abord la rencontre avec Dieu, la communion avec Lui, des relations stables ; et ensuite seulement, à partir des relations et dans leur contexte, tout le reste : la force de Dieu, les dons de Dieu, les révélations de Dieu. Et le plus important : l'amour de Dieu. Les dieux païens, en règle générale, n'aimaient pas leurs adorateurs ; les relations étaient plutôt commerciales, et l'amour était considéré comme quelque chose de trop personnel, trop sentimental et trop humain pour les relations avec les dieux ou les esprits. Le Dieu d'Abraham et de Moïse, dès le commencement, crée l'espace de l'union-alliance comme espace d'amour réciproque, cet amour même qui se révélera en plénitude dans le Royaume, avec la venue du Messie.