D'après la description, la Tente de la Rencontre était une tente à l'intérieur de laquelle devait se trouver le sanctuaire. C'était une pratique courante de l'époque : l'accès au sanctuaire était limité, seuls les initiés pouvaient y entrer, en l'occurrence les prêtres...
D'après la description, la Tente de la Rencontre était une tente à l'intérieur de laquelle devait se trouver le sanctuaire. C'était une pratique courante de l'époque : l'accès au sanctuaire était limité, seuls les initiés pouvaient y entrer, en l'occurrence les prêtres. Dans le monde païen, cette pratique était liée aux représentations largement répandues de la force des dieux ou des esprits que les païens adoraient et honoraient.
Cette force pouvait être, et en général était effectivement, utile à l'homme, mais elle pouvait aussi devenir dangereuse pour lui si on la maniait mal. Ceux qui savaient la manier correctement étaient précisément les initiés, spécialement formés pour cela. Les manifestations de la force dans le monde humain étaient d'ordinaire liées à des artefacts, lieux et objets sacrés qui en étaient les conducteurs, si bien que les initiés devaient avant tout savoir agir correctement dans le sanctuaire et manier correctement les objets sacrés.
Quant à tous les autres, pour ainsi dire les non-spécialistes, il valait mieux qu'ils restent à distance du sanctuaire et qu'ils ne touchent pas aux objets sacrés. Ils voulaient pourtant, eux aussi, se trouver près de la source de la force : c'est à cela que servait la cour extérieure du sanctuaire, dont le rôle, dans le cas décrit, était tenu par la cour de la Tente. Mais dans la Tente tout était différent : il s'agissait de l'Unique, et non de dieux païens, et ce qui passait au premier plan n'était pas la puissance de Dieu, mais l'amour de Dieu, si bien que les relations y étaient en tout cas plus importantes que tous les instruments ou procédés. Le problème était ailleurs : dans l'incapacité du peuple à rencontrer Dieu face à face.
Cette incapacité devint particulièrement évidente après l'histoire du veau d'or, lorsque l'absence de Moïse provoqua, au fond, l'apparition d'une image de Dieu, précisément ce qu'interdit directement le deuxième commandement. Le peuple n'était pas prêt à construire chacun sa propre relation avec Dieu et à en répondre : il était plus simple de s'en remettre au chef, et, en son absence, aux anciens instruments païens transportés dans l'espace des relations avec l'Unique.
Il n'est donc pas étonnant que les relations elles-mêmes aient alors glissé au niveau païen, au niveau de ce collectivisme et de ce magisme incompatibles avec une pleine communion avec Dieu. La Tente fut la sortie de la situation décrite : elle plaçait entre Dieu et le peuple non pas un obstacle, mais un voile transparent, à travers lequel on voyait tout de même ce qui se passait là, derrière le voile, là où est Dieu. Ce n'est certes pas une pleine communion avec Dieu, mais c'est tout de même mieux que son absence ou sa déformation.