L'histoire décrite dans le passage, avec les accusations contre Moïse, peut paraître un exemple assez typique du châtiment de Dieu. En effet: voici des accusations sans fondement, voici Dieu, voici la lèpre; tout est là, tout...
L'histoire décrite dans le passage, avec les accusations contre Moïse, peut paraître un exemple assez typique du châtiment de Dieu. En effet: voici des accusations sans fondement, voici Dieu, voici la lèpre; tout est là, tout est logique, simple et compréhensible. En réalité, tout n'est pas tout à fait comme nous nous le représentons d'ordinaire. Ou même pas du tout. Tout dépend ici du point d'où l'on regarde et de la manière dont on construit la logique du tableau qui s'ouvre. Vu de l'extérieur, on ne voit qu'une suite linéaire d'événements: reproche, Tente, lèpre, repentir.
Le schéma paraît élémentairement simple, celui-là même que tracent habituellement les commentateurs: reproche injuste, appel à Dieu, jugement de Dieu et châtiment de Dieu, suivis du repentir des pécheurs. Pourtant, vu depuis la Tente, depuis le lieu de la présence de Dieu, tout devient complètement différent. Avant tout disparaît cette succession linéaire des événements sur laquelle se fonde la majorité des commentaires de ce passage. Pour Dieu, il n'y a pas de «avant» et de «après», du moins au sens où nous l'entendons. Il y a chez Lui des relations avec des personnes concrètes dans toute la plénitude de leur dynamique d'un moment concret. Pour le dire simplement, pour Dieu, dans Ses relations avec chaque homme, il n'y a que cet «ici et maintenant» qui existe dans la plénitude des temps de Son Royaume; pour l'homme, il n'existe que l'«ici et maintenant» d'un moment concret, cet «instant entre le passé et l'avenir». La question principale, dans l'évaluation de toute situation, devient donc celle du rapport entre l'«ici et maintenant» d'un homme particulier et l'«ici et maintenant» de la plénitude divine des temps.
C'est cette dynamique du rapport entre l'«ici et maintenant» de Dieu et celui de l'homme qui détermine le développement des événements dans toute situation, y compris celle décrite dans le passage. Une accusation, surtout injuste et sans fondement, arrache toujours l'homme à la plénitude de l'«ici et maintenant» de Dieu; alors sa vie cesse d'être cette plénitude de réalité qu'est précisément «un seul instant entre le passé et l'avenir».
L'instant se brouille, et avec lui se brouille la plénitude de la vie, qui ne peut exister que comme instant. Alors tout devient possible, y compris non seulement la maladie, mais même la mort, à plus forte raison directement en présence de Dieu. Le repentir, s'il est authentique, ramène la vie dans l'instant présent et la met en rapport avec la plénitude de l'éternel présent de Dieu; alors la maladie passe et disparaît sans laisser de trace. Dieu ne veut la mort de personne; Il veut la plénitude de la vie pour chacun. Le reste ne dépend que de l'homme.