La lecture d'aujourd'hui poursuit le thème du Royaume, mais sous un aspect quelque peu différent, eschatologique. On confond souvent l'eschatologie avec l'apocalyptique ; pourtant, ce n'est pas la même chose. L'eschatologie est une rupture du temps et de l'histoire à travers laquelle on aperçoit le Royaume ; l'apocalyptique est une philosophie de l'histoire dans laquelle celle-ci est considérée comme le processus par lequel le monde se dirige vers le Royaume.
Jésus parle souvent de la venue du Royaume comme d'une rupture du temps, où l'ordre ancien des choses prend fin. Il devient alors clair que, face à la réalité nouvelle qui se révèle au moment de cette rupture, les évaluations et critères anciens se montrent inadéquats. Cela se manifeste avant tout par un changement de priorités : si la proximité extérieure jouait auparavant un rôle déterminant, ce sont désormais les relations spirituelles qui le jouent.
En parlant de proximité extérieure, il ne faut évidemment pas entendre seulement la proximité territoriale ou géographique. Il s'agit aussi de la proximité nationale, religieuse et de toute autre forme de proximité déterminée d'une manière ou d'une autre par la structure et les lois du monde non transfiguré (v. 25-28). La proximité spirituelle, au contraire, devient déterminante (v. 29-30). C'est pourquoi le chemin vers le Royaume se révèle étroit (v. 23-24) : il commence dans un monde qui n'est pas encore transfiguré et qui vit selon des lois très éloignées de celles du Royaume ; mais pour entrer dans le Royaume, il faut commencer à vivre selon ses lois dès maintenant.
Ce n'est ni un caprice ni une épreuve de fidélité. On ne peut avancer sur le chemin du Royaume que si l'on vit selon ses lois. Car le Royaume lui-même, dans notre monde qui n'est pas encore entièrement transfiguré, dépend de ceux qui le cherchent. Ce n'est pas par hasard que Jésus attire l'attention de Ses auditeurs sur le fait que le Royaume est d'abord tout à fait imperceptible dans le monde qui le rejette et qu'il ne devient visible qu'à la fin, lorsque le monde est transfiguré (v. 18-21). Seul trouve le Royaume celui qui le porte en lui, et un tel homme ne peut vivre selon les lois du monde plongé dans le mal. C'est pourquoi le chemin qui mène au Royaume se révèle étroit. Mais au bout se trouve la plénitude de la vie, qui attend chacun de ceux qui suivront ce chemin jusqu'à la fin.
