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La Bible de Jerusalem (fr)

Job, Chapitre 3

Enfin Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance.
Il prit la parole et dit :
Périsse le jour qui me vit naître
et la nuit qui a dit : « Un garçon a été conçu. »
Ce jour-là, qu’il soit ténèbres,
que Dieu, de là-haut, ne le réclame pas,
que la lumière ne brille pas sur lui !
Que le revendiquent ténèbre et ombre épaisse,
qu’une nuée s’installe sur lui,
qu’une éclipse en fasse sa proie !
Oui, que l’obscurité le possède,
qu’il ne s’ajoute pas aux jours de l’année,
n’entre point dans le compte des mois !
Cette nuit-là, qu’elle soit stérile,
qu’elle ignore les cris de joie !
Que la maudissent ceux qui maudissent les jours
et sont prêts à réveiller Léviathan !
Que se voilent les étoiles de son aube,
qu’elle attende en vain la lumière
et ne voie point s’ouvrir les paupières de l’aurore !
10 Car elle n’a pas fermé sur moi la porte du ventre,
pour cacher à mes yeux la souffrance.
11 Pourquoi ne suis-je pas mort au sortir du sein,
n’ai-je péri aussitôt enfanté ?
12 Pourquoi s’est-il trouvé deux genoux pour m’accueillir,
deux mamelles pour m’allaiter ?
13 Maintenant je serais couché en paix,
je dormirais d’un sommeil reposant,
14 avec les rois et les grands ministres de la terre,
qui se sont bâti des mausolées,
15 ou avec les princes qui ont de l’or en abondance
et de l’argent plein leurs tombes.
16 Ou bien, tel l’avorton caché, je n’aurais pas existé,
comme les petits qui ne voient pas le jour.
17 Là prend fin l’agitation des méchants,
là se reposent les épuisés.
18 Les captifs de même sont laissés tranquilles
et n’entendent plus les cris du surveillant.
19 Là voisinent petits et grands,
et l’esclave est libéré de son maître.
20 Pourquoi donner à un malheureux la lumière,
la vie à ceux qui ont l’amertume au cœur,
21 qui aspirent après la mort sans qu’elle vienne,
fouillent à sa recherche plus que pour un trésor ?
22 Ils se réjouiraient en face du tertre funèbre,
exulteraient de trouver la tombe.
23 Pourquoi ce don à l’homme dont la route est cachée
et que Dieu entoure d’une haie ?
24 Pour nourriture, j’ai mes soupirs,
comme l’eau s’épanchent mes rugissements.
25 Toutes mes craintes se réalisent
et ce que je redoute m’arrive.
26 Pour moi, ni tranquillité, ni paix,
ni repos : rien que du tourment !

Job, Chapitre 4

Éliphaz de Témân prit la parole et dit :
Si on t’adresse la parole, tu vas perdre patience ?
Mais qui pourrait garder le silence !
Vois, tu faisais la leçon à beaucoup,
tu rendais vigueur aux mains défaillantes ;
tes propos redressaient l’homme qui chancelle,
fortifiaient les genoux qui ploient.
Et maintenant, ton tour venu, tu perds patience,
atteint toi-même, te voilà tout bouleversé !
Ta piété n’est-elle pas ton assurance,
ton espérance, n’est-ce pas une vie intègre ?
Souviens-toi : quel est l’innocent qui a péri ?
Où donc des hommes droits sont-ils exterminés ?
J’ai bien vu : ceux qui labourent le malheur
et sèment la souffrance, les moissonnent.
Sous l’haleine de Dieu ils périssent,
au souffle de sa colère ils sont anéantis.
10 Les rugissements du lion, les cris du fauve,
les crocs des lionceaux sont brisés.
11 Le lion périt faute de proie,
et les petits de la lionne se dispersent.
12 J’ai eu aussi une révélation furtive,
mon oreille en a perçu le murmure.
13 À l’heure où les visions nocturnes agitent les pensées,
quand une torpeur tombe sur les humains,
14 un frisson d’épouvante me saisit
et remplit tous mes os d’effroi.
15 Un souffle glissa sur ma face,
hérissa le poil de ma chair.
16 Quelqu’un se dressa... je ne reconnus pas son visage,
mais l’image restait devant mes yeux.
Un silence... puis une voix se fit entendre :
17 « Un mortel est-il juste devant Dieu,
en face de son Auteur, un homme serait-il pur ?
18 À ses serviteurs mêmes, Dieu ne fait pas confiance,
et il convainc ses anges d’égarement.
19 Que dire des hôtes de ces maisons d’argile,
posées elles-mêmes sur la poussière ?
On les écrase comme une mite ;
20 un jour suffit à les pulvériser.
À jamais ils disparaissent, sans qu’on y prenne garde,
21 Les cordes de leur tente sont arrachées,
et ils meurent dénués de sagesse. »

Job, Chapitre 5

Appelle maintenant ! Est-ce qu’on te répondra ?
Auquel des saints t’adresseras-tu ?
En vérité, le dépit fait mourir l’insensé
et la jalousie fait périr le sot.
Moi, j’ai vu un insensé prendre racine,
Et soudain j’ai maudit sa demeure :
« Que ses fils soient privés de tout salut,
accablés à la Porte sans défenseur ;
Que sa moisson nourrisse des affamés,
car Dieu la lui ôte d’entre les crocs,
et des hommes altérés en convoitent les biens »
Non, la misère ne sourd pas de terre,
la peine ne germe pas du sol.
Mais l’homme est né pour la souffrance
comme les étincelles s’envolent vers le haut.
Quant à moi, j’aurais recours à Dieu,
à lui j’exposerais ma cause.
Il est l’auteur d’œuvres grandioses et insondables,
de merveilles qu’on ne peut compter.
10 Il répand la pluie sur la terre,
envoie les eaux sur les campagnes.
11 S’il veut relever les humiliés,
pousser les affligés au comble du bonheur,
12 il déjoue les desseins des gens habiles,
incapables de mener à bien leurs intrigues.
13 Il prend les sages au piège de leurs habiletés,
rend stupides les conseillers retors.
14 En plein jour ils se heurtent aux ténèbres,
ils tâtonnent à midi comme dans la nuit.
15 Il arrache de leur gueule l’homme ruiné
et le pauvre des mains du puissant.
16 Alors le faible renaît à l’espoir
et l’injustice doit fermer la bouche.
17 Oui, heureux l’homme que Dieu corrige !
Aussi, ne méprise pas la leçon de Shaddaï !
18 Lui, qui blesse, puis panse la plaie,
qui meurtrit, puis guérit de sa main,
19 six fois de l’angoisse il te délivrera,
et une septième le mal t’épargnera.
20 Dans une famine, il te sauvera de la mort ;
à la guerre, des atteintes de l’épée.
21 Tu seras à l’abri du fouet de la langue,
sans crainte à l’approche du pillage.
22 Tu riras du pillage et de la famine
et tu ne craindras pas les bêtes sauvages.
23 Tu auras un pacte avec les pierres des champs,
les bêtes sauvages seront en paix avec toi.
24 Tu trouveras ta tente prospère,
ton bercail au complet quand tu le visiteras.
25 Tu verras ta postérité s’accroître,
tes rejetons pousser comme l’herbe des champs.
26 Tu entreras dans la tombe bien mûr,
comme on entasse la meule en son temps.
27 Voilà ce que nous avons observé : c’est ainsi !
À toi d’écouter et d’en faire ton profit.

Job, Chapitre 6

Job prit la parole et dit :
Oh ! Si l’on pouvait peser mon affliction,
mettre sur une balance tous mes maux ensemble !
Mais c’est plus lourd que le sable des mers,
voilà pourquoi mes paroles bredouillent.
Les flèches de Shaddaï en moi sont plantées,
mon humeur boit leur venin
et les terreurs de Dieu sont en ligne contre moi.
Voit-on braire l’onagre auprès de l’herbe tendre,
le bœuf mugir à portée du fourrage ?
Un aliment fade se mange-t-il sans sel,
le blanc de l’œuf a-t-il quelque saveur ?
Or ce que mon appétit se refuse à toucher,
c’est là ma nourriture de malade.
Oh ! que se réalise donc ma prière,
que Dieu réponde à mon attente !
Que Lui consente à m’écraser,
qu’il dégage sa main et me supprime !
10 J’aurai du moins cette consolation,
ce sursaut de joie en de cruelles souffrances,
de n’avoir pas renié les décrets du Saint.
11 Ai-je donc assez de force pour attendre ?
Voué à une telle fin, à quoi bon patienter ?
12 Ma force est-elle celle du roc,
ma chair est-elle de bronze ?
13 Aurai-je pour appui le néant
et tout secours n’a-t-il pas fui loin de moi ?
14 Refuser la pitié à son prochain,
c’est rejeter la crainte de Shaddaï.
15 Mes frères ont trahi comme un torrent,
comme le cours des torrents qui débordent.
16 La glace assombrit leurs eaux,
au-dessus d’eux fond la neige,
17 mais, dès la saison brûlante, ils tarissent,
ils s’évanouissent sous l’ardeur du soleil.
18 Pour eux, les caravanes quittent les pistes,
s’enfoncent dans le désert et s’y perdent.
19 Les caravanes de Téma les fixent des yeux,
en eux espèrent les convois de Saba.
20 Leur confiance se voit déçue ;
arrivés près d’eux, ils restent confondus.
21 Tels vous êtes pour moi à cette heure :
à la vue du fléau, vous prenez peur.
22 Vous ai-je donc dit : « Faites-moi tel don,
offrez tel présent pour moi sur vos biens ;
23 arrachez-moi à l’étreinte d’un oppresseur,
délivrez-moi des mains d’un violent ? »
24 Instruisez-moi, alors je me tairai ;
montrez-moi en quoi j’ai pu errer.
25 On supporte sans peine des discours équitables,
mais vos critiques, que visent-elles ?
26 Prétendez-vous censurer des paroles,
propos de désespoir qu’emporte le vent ?
27 Vous iriez jusqu’à tirer au sort un orphelin,
à faire bon marché de votre ami !
28 Allons, je vous en prie, tournez-vous vers moi.
vous mentirais-je en face ?
29 Retournez-vous, je vous en prie, pas de fausseté ;
retournez-vous, car je reste dans mon droit.
30 Y a-t-il de la fausseté sur mes lèvres ?
Mon palais ne sait-il plus discerner l’infortune ?

Job, Chapitre 7

N’est-ce pas un temps de service qu’accomplit l’homme sur terre,
n’y mène-t-il pas la vie d’un mercenaire ?
Tel l’esclave soupirant après l’ombre
ou l’ouvrier tendu vers son salaire,
j’ai en partage des mois d’illusion,
à mon compte des nuits de souffrance.
Étendu sur ma couche, je me dis : « À quand le jour ? »
Sitôt levé : « Quand serai-je au soir ? »
Et des pensées folles m’obsèdent jusqu’au crépuscule.
Vermine et croûtes terreuses couvrent ma chair,
ma peau gerce et suppure.
Mes jours ont couru plus vite que la navette
et disparu sans espoir.
Souviens-toi que ma vie n’est qu’un souffle,
que mes yeux ne reverront plus le bonheur !
Désormais je serai invisible à tout regard,
tes yeux seront sur moi et j’aurai disparu.
Comme la nuée se dissipe et passe,
qui descend au shéol n’en remonte pas.
10 Il ne revient pas habiter sa maison
et sa demeure ne le connaît plus.
11 Et c’est pourquoi je ne puis me taire,
je parlerai dans l’angoisse de mon esprit,
je me plaindrai dans l’amertume de mon âme.
12 Suis-je la Mer, moi, ou le monstre marin,
pour que tu postes une garde contre moi ?
13 Si je dis : « Mon lit me soulagera,
ma couche atténuera ma plainte »,
14 alors tu m’effraies par des songes,
tu m’épouvantes par des visions.
15 Ah ! je voudrais être étranglé :
la mort plutôt que mes douleurs !
16 Je m’en moque, je ne vivrai pas toujours ;
aussi, laisse-moi, mes jours ne sont qu’un souffle !
17 Qu’est-ce donc que l’homme pour en faire si grand cas,
pour fixer sur lui ton attention,
18 pour l’inspecter chaque matin,
pour le scruter à tout instant ?
19 Cesseras-tu enfin de me regarder,
pour me laisser le temps d’avaler ma salive ?
20 Si j’ai péché, que t’ai-je fait, à toi,
l’observateur attentif de l’homme ?
Pourquoi m’as-tu pris pour cible,
pourquoi te suis-je à charge ?
21 Ne peux-tu tolérer mon offense,
passer sur ma faute ?
Car bientôt je serai couché dans la poussière,
tu me chercheras, et je ne serai plus.

Job, Chapitre 8

Bildad de Shuah prit la parole et dit :
Jusqu’à quand parleras-tu de la sorte,
et tiendras-tu des propos semblables à un grand vent ?
Dieu peut-il fléchir le droit,
Shaddaï fausser la justice ?
Si tes fils ont péché contre lui,
il les a livrés au pouvoir de leur faute.
Quant à toi, si tu recherches Dieu,
si tu implores Shaddaï,
si tu es irréprochable et droit,
dès maintenant, il veillera sur toi
et il restaurera ta place et ton droit.
Ta condition ancienne te paraîtra comme rien,
si grand sera ton avenir.
Interroge la génération passée,
médite sur l’expérience acquise par ses pères.
Nous, nés d’hier, nous ne savons rien,
notre vie sur terre passe comme une ombre.
10 Mais eux, ils t’instruiront, te parleront,
et leur pensée livrera ces sentences :
11 « Le papyrus pousse-t-il hors des marais ?
Privé d’eau, le jonc peut-il croître ?
12 Quand il est encore dans sa fraîcheur et non cueilli,
avant toute autre herbe il se dessèche.
13 Tel est le sort de ceux qui oublient Dieu,
ainsi périt l’espoir de l’impie.
14 Sa confiance n’est que filandre,
sa sécurité, une maison d’araignée.
15 S’appuie-t-il sur sa demeure, elle ne tient pas ;
s’y cramponne-t-il, elle ne résiste pas.
16 Plein de sève au soleil,
au-dessus du jardin il lançait ses jeunes pousses.
17 Ses racines entrelacées sur un tertre pierreux,
il puisait sa vie au milieu des rochers.
18 On l’arrache de son lieu ;
son lieu le renie : « Je ne t’ai jamais vu ! »
19 Et le voilà pourrissant sur le chemin,
tandis que du sol, d’autres germent.
20 Non, Dieu ne rejette pas l’homme intègre,
il ne prête pas main-forte aux méchants.
21 Le rire peut de nouveau remplir ta bouche,
la joie éclater sur tes lèvres.
22 Tes ennemis seront couverts de honte,
et la tente des méchants disparaîtra. »

Job, Chapitre 9

Job prit la parole et dit :
En vérité, je sais bien qu’il en est ainsi :
l’homme pourrait-il se justifier devant Dieu ?
À celui qui se plaît à discuter avec lui,
il ne répond même pas une fois sur mille.
Parmi les plus sages et les plus robustes
qui donc lui tiendrait tête impunément ?
Il déplace les montagnes à leur insu
et les renverse dans sa colère.
Il ébranle la terre de son site
et fait vaciller ses colonnes.
À sa défense, le soleil ne se lève pas,
il met un sceau sur les étoiles.
Lui seul a déployé les Cieux
et foulé le dos de la Mer.
Il a fait l’Ourse et Orion,
les Pléiades et les Chambres du Sud.
10 Il est l’auteur d’œuvres grandioses et insondables,
de merveilles qu’on ne peut compter.
11 S’il passe sur moi, je ne le vois pas
et il glisse imperceptible.
12 S’il ravit une proie, qui l’en empêchera
et qui osera lui dire : « Que fais-tu ? »
13 Dieu ne renonce pas à sa colère :
sous lui restent prostrés les satellites de Rahab.
14 Et moi, je voudrais me défendre,
je choisirais mes arguments contre lui ?
15 Même si je suis dans mon droit, je reste sans réponse ;
c’est mon juge qu’il faudrait supplier.
16 Et si, sur mon appel, il daignait me répondre,
je ne puis croire qu’il écouterait ma voix,
17 lui, qui m’écrase pour un cheveu,
qui multiplie sans raison mes blessures
18 et ne me laisse même pas reprendre mon souffle,
tant il me rassasie d’amertume !
19 Recourir à la force ? Il l’emporte en vigueur !
Au tribunal ? Mais qui donc l’assignera ?
20 Si je me justifie, sa bouche peut me condamner ;
si je m’estime parfait, me déclarer pervers.
21 Mais suis-je parfait ? Je ne le sais plus moi-même,
et je rejette ma vie !
22 Car c’est tout un, et j’ose dire :
il fait périr de même l’homme intègre et le méchant.
23 Quand un fléau mortel s’abat soudain,
il se rit de la détresse des innocents.
24 Dans un pays livré au pouvoir d’un méchant,
il met un voile sur la face des juges.
Si ce n’est pas lui, qui donc alors ?
25 Mes jours passent, plus rapides qu’un coureur,
ils s’enfuient sans voir le bonheur.
26 Ils glissent comme des nacelles de jonc,
comme un aigle fond sur sa proie.
27 Si je décide d’oublier ma plainte,
de changer de mine pour faire gai visage,
28 je redoute tous mes tourments,
car, je le sais, tu ne me tiens pas pour innocent !
29 Et si j’ai commis le mal,
à quoi bon me fatiguer en vain ?
30 Que je me lave avec de la saponaire,
que je purifie mes mains à la soude ?
31 Tu me plonges alors dans l’ordure,
et mes vêtements mêmes me prennent en horreur !
32 Car lui n’est pas, comme moi, un homme : impossible de lui
répondre,
de comparaître ensemble en justice.
33 Pas d’arbitre entre nous
pour poser la main sur nous deux,
34 pour écarter de moi ses rigueurs,
chasser l’épouvante de sa terreur !
35 Je parlerai pourtant, sans le craindre,
car je ne suis pas tel à mes yeux !

Job, Chapitre 10

Puisque la vie m’est en dégoût,
je veux donner libre cours à ma plainte,
je veux parler dans l’amertume de mon âme.
Je dirai à Dieu : Ne me condamne pas,
indique-moi pourquoi tu me prends à partie.
Est-ce bien, pour toi, de me faire violence,
de rejeter l’œuvre de tes mains
et de favoriser les desseins des méchants ?
Aurais-tu des yeux de chair
et ta manière de voir serait-elle celle des hommes ?
Ton existence est-elle celle des mortels,
tes années passent-elles comme les jours de l’homme ?
Toi, qui recherches ma faute
et fais une enquête sur mon péché,
tu sais bien que je ne suis pas coupable
et que nul ne peut me soustraire à tes mains !
Tes mains m’ont façonné, créé ;
puis, te ravisant, tu voudrais me détruire !
Souviens-toi : tu m’as fait comme on pétrit l’argile
et tu me renverras à la poussière.
10 Ne m’as-tu pas coulé comme du lait
et fait cailler comme du laitage,
11 vêtu de peau et de chair,
tissé en os et en nerfs ?
12 Puis tu m’as gratifié de la vie,
et tu veillais avec sollicitude sur mon souffle.
13 Mais tu gardais une arrière-pensée ;
je sais que tu te réservais
14 de me surveiller si je pèche
et de ne pas m’innocenter de mes fautes.
15 Suis-je coupable, malheur à moi !
suis-je dans mon droit, je n’ose lever la tête,
moi, saturé d’outrages, ivre de peines !
16 Fier comme un lion, tu me prends en chasse,
tu multiplies tes exploits à mon propos,
17 tu renouvelles tes attaques,
ta fureur sur moi redouble,
tes troupes fraîches se succèdent contre moi.
18 Oh ! Pourquoi m’as-tu fait sortir du sein ?
J’aurais péri alors : nul œil ne m’aurait vu,
19 je serais comme n’ayant pas été,
du ventre on m’aurait porté à la tombe.
20 Et ils durent si peu, les jours de mon existence !
Place-toi loin de moi, pour me permettre un peu de joie,
21 avant que je m’en aille sans retour
au pays des ténèbres et de l’ombre épaisse,
22 où règnent l’obscurité et le désordre,
où la clarté même ressemble à la nuit sombre.

Job, Chapitre 11

Çophar de Naamat prit la parole et dit :
Le bavard restera-t-il sans réponse ?
Suffit-il d’être loquace pour avoir raison ?
Ton verbiage rendra-t-il muets les autres,
te moqueras-tu sans qu’on te confonde ?
Tu as dit : « Ma conduite est pure,
je suis irréprochable à tes yeux. »
Si seulement Dieu voulait parler,
ouvrir les lèvres à cause de toi,
s’il te dévoilait les secrets de la Sagesse,
qui déconcertent toute sagacité,
tu saurais que Dieu te demande compte de ta faute.
Prétends-tu sonder la profondeur de Dieu,
atteindre la limite de Shaddaï ?
Elle est plus haute que les cieux : que feras-tu ?
Plus profonde que le shéol : que sauras-tu ?
Elle serait plus longue que la terre à mesurer
et plus large que la mer.
10 S’il intervient pour enfermer et convoquer l’assemblée,
qui l’en empêchera ?
11 Car lui connaît les faiseurs d’illusion ;
il voit le crime et y prête attention.
12 Aussi l’écervelé doit-il s’assagir :
ânon sauvage que l’homme à sa naissance !
13 Si tu redresses tes pensées,
et tends tes paumes vers lui,
14 si tu répudies le mal dont tu serais responsable
et ne laisses pas l’injustice habiter sous tes tentes,
15 tu lèveras un front pur,
tu seras ferme et sans crainte.
16 Ta souffrance, tu n’y songeras plus,
tu t’en souviendras comme d’eaux écoulées.
17 Alors débutera une existence plus radieuse que le midi
et l’obscurité même sera comme le matin.
18 Confiant car il y a de l’espoir,
même après la confusion, tu te coucheras en sécurité.
19 Lorsque tu reposeras, nul ne te troublera,
et bien des gens rechercheront ta faveur.
20 Les méchants, eux, tournent des yeux éteints,
tout refuge leur fait défaut ;
leur espoir, c’est de rendre l’âme.

Job, Chapitre 12

Job prit la parole et dit :
Vraiment, vous êtes la voix du peuple,
avec vous mourra la Sagesse.
Moi aussi, j’ai de l’intelligence, tout comme vous,
je ne vous cède en rien,
et qui donc ne sait tout cela ?
Mais un homme devient la risée de son ami,
quand il crie vers Dieu pour avoir une réponse.
On se moque du juste intègre.
« À l’infortune, le mépris ! opinent les gens heureux,
un coup de plus à qui chancelle ! »
Cependant, les tentes des pillards sont en paix :
pleine sécurité pour ceux qui provoquent Dieu
et pour celui qui met Dieu dans son poing !
Interroge pourtant le bétail pour t’instruire,
les oiseaux du ciel pour t’informer.
Parle à la terre, elle te donnera des leçons,
ils te renseigneront, les poissons des mers.
Car lequel ignore, parmi eux tous,
que la main de Dieu a fait tout cela !
10 Il tient en son pouvoir l’âme de tout vivant
et le souffle de toute chair d’homme.
11 L’oreille n’apprécie-t-elle pas les discours,
comme le palais goûte les mets ?
12 La sagesse est l’affaire des vieillards,
le discernement le fait du grand âge.
13 Mais en Lui résident sagesse et puissance,
à lui le conseil et le discernement.
14 S’il détruit, nul ne peut rebâtir,
s’il emprisonne quelqu’un, nul n’ouvrira.
15 S’il retient les eaux, c’est la sécheresse ;
s’il les relâche, elles bouleversent la terre.
16 En lui vigueur et sagacité,
à lui appartiennent l’égaré et celui qui l’égare.
17 Il rend stupides les conseillers du pays
et frappe les juges de démence.
18 Il délie la ceinture des rois
et passe une corde à leurs reins.
19 Il fait marcher nu-pieds les prêtres
et renverse les puissances établies.
20 Il ôte la parole aux plus assurés,
ravit le discernement aux vieillards.
21 Il déverse le mépris sur les nobles,
dénoue le ceinturon des forts.
22 Il dévoile les profondeurs des ténèbres,
amène à la lumière l’ombre épaisse.
23 Il agrandit des nations, puis les ruine :
il fait s’étendre des peuples, puis les supprime.
24 Il ôte l’esprit aux chefs du peuple du pays,
les fait errer dans un désert sans routes,
25 tâtonner dans les ténèbres, sans lumière,
et tituber comme sous l’ivresse.

Job, Chapitre 13

Tout cela, je l’ai vu de mes yeux,
entendu de mes oreilles, et compris.
J’en sais, moi, autant que vous,
je ne vous cède en rien.
Mais c’est à Shaddaï que je parle,
à Dieu que je veux présenter mes griefs.
Vous, vous n’êtes que des charlatans,
des médecins de fantaisie !
Qui donc vous imposera le silence,
la seule sagesse qui vous convienne !
Écoutez, je vous prie, mes griefs,
soyez attentifs au plaidoyer de mes lèvres.
Est-ce pour Dieu que vous proférez des paroles injustes,
pour lui ces propos mensongers ?
Prenez-vous ainsi son parti,
est-ce pour Dieu que vous plaidez ?
Serait-il bon qu’il vous scrutât ?
L’abuse-t-on comme on abuse un homme ?
10 Il vous infligerait une sévère réprimande
pour votre partialité secrète.
11 Est-ce que sa majesté ne vous effraie pas ?
Sa terreur ne fond-elle pas sur vous ?
12 Vos leçons apprises sont des sentences de cendre,
vos défenses, des défenses d’argile.
13 Faites silence ! C’est moi qui vais parler,
quoi qu’il m’advienne.
14 Je prends ma chair entre mes dents,
je place ma vie dans mes mains,
15 il peut me tuer : je n’ai d’autre espoir
que de défendre devant lui ma conduite.
16 Et cela même me sauvera,
car un impie n’oserait comparaître en sa présence.
17 Écoutez, écoutez mes paroles,
prêtez l’oreille à mes déclarations.
18 Voici : je vais procéder en justice,
conscient d’être dans mon droit.
19 Qui veut plaider contre moi ?
D’avance, j’accepte d’être réduit au silence et de périr !
20 Fais-moi seulement deux concessions,
alors je ne me cacherai pas loin de ta face :
21 Écarte ta main qui pèse sur moi
et ne m’épouvante plus par ta terreur.
22 Puis engage le débat et je répondrai ;
ou plutôt je parlerai et tu me répliqueras.
23 Combien de fautes et de péchés ai-je commis ?
Dis-moi quelle a été ma transgression, mon péché ?
24 Pourquoi caches-tu ta face
et me considères-tu comme ton ennemi ?
25 Veux-tu effrayer une feuille chassée par le vent,
poursuivre une paille sèche ?
26 Toi qui rédiges contre moi d’amères sentences
et m’imputes mes fautes de jeunesse,
27 qui as mis mes pieds dans les ceps,
observes tous mes sentiers
et prends l’empreinte de mes pas !
28 Et lui s’effrite comme un bois vermoulu,
ou comme un vêtement dévoré par la teigne,

Job, Chapitre 14

l’homme, né de la femme,
qui a la vie courte, mais des tourments à satiété.
Pareil à la fleur, il éclôt puis se fane,
il fuit comme l’ombre sans arrêt.
Et sur cet être tu gardes les yeux ouverts,
tu l’amènes en jugement devant toi !
Mais qui donc extraira le pur de l’impur ?
Personne !
Puisque ses jours sont comptés,
que le nombre de ses mois dépend de toi,
que tu lui fixes un terme infranchissable,
détourne de lui tes yeux et laisse-le,
tel un mercenaire, finir sa journée.
L’arbre conserve un espoir,
une fois coupé, il peut renaître encore
et ses rejetons continuent de pousser.
Même avec des racines qui ont vieilli en terre
et une souche qui périt dans le sol,
dès qu’il flaire l’eau, il bourgeonne
et se fait une ramure comme un jeune plant.
10 Mais l’homme, s’il meurt, reste inerte ;
quand un humain expire, où donc est-il ?
11 Les eaux de la mer pourront disparaître,
les fleuves tarir et se dessécher
12 l’homme une fois couché ne se relèvera pas,
les cieux s’useront avant qu’il ne s’éveille,
ou ne soit réveillé de son sommeil.
13 Oh ! Si tu m’abritais dans le shéol,
si tu m’y cachais, tant que dure ta colère,
si tu me fixais un délai, pour te souvenir ensuite de moi :
14 — car, une fois mort, peut-on revivre ? —
tous les jours de mon service j’attendrais,
jusqu’à ce que vienne ma relève.
15 Tu appellerais et je te répondrais ;
tu voudrais revoir l’œuvre de tes mains.
16 Tandis que maintenant tu comptes tous mes pas,
tu n’observerais plus mon péché,
17 tu scellerais ma transgression dans un sachet
et tu couvrirais ma faute.
18 Hélas ! Comme une montagne finit par s’écrouler,
le rocher par changer de place,
19 l’eau par user les pierres,
l’averse par emporter la poussière du sol,
ainsi, l’espoir de l’homme, tu l’anéantis.
20 Tu le terrasses pour toujours et il s’en va ;
tu le défigures, puis tu le congédies.
21 Ses fils sont-ils honorés, il n’en sait rien ;
sont-ils méprisés, il ne s’en rend pas compte.
22 Il n’a de souffrance que pour son corps,
il ne se lamente que sur lui-même.

Job, Chapitre 15

Éliphaz de Témân prit la parole et dit :
Un sage répond-il par des raisons en l’air
et se repaît-il d’un vent d’est ?
Se défend-il avec des mots inutiles
et des discours sans profit ?
Tu fais plus : tu supprimes la piété,
tu discrédites les pieux entretiens devant Dieu.
Ta faute te dicte de telles paroles
et tu choisis le langage des gens habiles.
Ta propre bouche te condamne, et non pas moi,
tes lèvres mêmes témoignent contre toi.
Es-tu né le premier des hommes ?
Est-ce qu’on t’enfanta avant les collines ?
As-tu écouté au conseil de Dieu
et accaparé la sagesse ?
Que sais-tu que nous ne sachions,
que comprends-tu qui nous dépasse ?
10 Il y a même parmi nous une tête chenue, un vieillard,
chargé d’ans plus que ton père.
11 Fais-tu peu de cas de ces consolations divines
et du ton modéré de nos paroles ?
12 Comme la passion t’emporte !
Et quels yeux tu roules,
13 quand tu tournes contre Dieu ta colère
en proférant tes discours !
14 Comment l’homme serait-il pur,
resterait-il juste, l’enfant de la femme ?
15 À ses Saints mêmes Dieu ne fait pas confiance,
et les Cieux ne sont pas purs à ses yeux.
16 Combien moins cet être abominable et corrompu,
l’homme, qui boit l’iniquité comme l’eau !
17 Je veux t’instruire, écoute-moi,
et ce que j’ai vu, je vais te le raconter,
18 ce que disent les sages, ce qu’ils ne cachent pas,
et qui vient de leurs pères,
19 à qui seuls fut donné le pays,
sans qu’aucun étranger fût passé parmi eux.
20 « La vie du méchant est un tourment continuel,
les années réservées au tyran sont comptées.
21 Le cri d’alarme résonne à ses oreilles,
en pleine paix le dévastateur fond sur lui.
22 Il ne croit plus échapper aux ténèbres
car on le guette pour l’épée,
23 assigné en pâture au vautour.
Il sait que sa ruine est imminente.
L’heure des ténèbres
24 l’épouvante,
la détresse et l’angoisse l’envahissent,
comme lorsqu’un roi s’apprête à l’assaut.
25 Il levait la main contre Dieu,
il osait braver Shaddaï !
26 Il fonçait sur lui la tête baissée,
avec un bouclier aux bosses massives.
27 Son visage s’était couvert de graisse,
le lard s’était accumulé sur ses reins.
28 Il avait occupé des villes détruites,
des maisons inhabitées
et prêtes à tomber en ruines ;
29 mais il ne s’enrichira pas, sa fortune ne tiendra pas,
il ne couvrira plus le pays de son ombre,
30 (il n’échappera pas aux ténèbres),
la flamme desséchera ses jeunes pousses,
sa fleur sera emportée par le vent.
31 Qu’il ne se fie pas à sa taille élevée,
car il se ferait illusion.
32 Avant le temps se flétriront ses palmes
et ses rameaux ne reverdiront plus.
33 Comme une vigne il secouera ses fruits verts,
il rejettera, tel l’olivier, sa floraison.
34 Oui, l’engeance de l’impie est stérile,
un feu dévore la tente de l’homme vénal.
35 Qui conçoit la peine engendre le malheur
et prépare en soi un fruit de déception. »

Job, Chapitre 16

Job prit la parole et dit :
Que de fois ai-je entendu de tels propos,
et quels pénibles consolateurs vous faites !
« Y aura-t-il une fin à ces paroles en l’air ? »
Ou encore : « Quel mal te pousse à te défendre ? »
Oh ! moi aussi, je saurais parler comme vous,
si vous étiez à ma place ;
je pourrais vous accabler de discours
en hochant la tête sur vous,
vous réconforter en paroles,
puis cesser d’agiter les lèvres.
Mais quand je parle, ma souffrance ne cesse pas,
si je me tais, en quoi disparaît-elle ?
Et maintenant elle me pousse à bout ;
tu as frappé d’horreur tout mon entourage
et il me presse,
mon calomniateur s’est fait mon témoin,
il se dresse contre moi, il m’accuse en face ;
sa colère déchire et me poursuit,
en montrant des dents grinçantes.
Mes adversaires aiguisent sur moi leurs regards,
10 ouvrent une bouche menaçante.
Leurs railleries m’atteignent comme des soufflets ;
ensemble ils s’ameutent contre moi.
11 Oui, Dieu m’a livré à des injustes,
entre les mains des méchants, il m’a jeté.
12 Je vivais tranquille quand il m’a fait chanceler,
saisi par la nuque pour me briser.
Il a fait de moi sa cible :
13 il me cerne de ses traits,
transperce mes reins sans pitié
et répand à terre mon fiel.
14 Il ouvre en moi brèche sur brèche,
fonce sur moi tel un guerrier.
15 J’ai cousu un sac sur ma peau,
jeté mon front dans la poussière.
16 Mon visage est rougi par les larmes
et l’ombre couvre mes paupières.
17 Pourtant, point de violence dans mes mains,
et ma prière est pure.
18 Ô terre, ne couvre point mon sang,
et que mon cri monte sans arrêt.
19 Dès maintenant, j’ai dans les cieux un témoin,
là-haut se tient mon défenseur.
20 Interprète de mes pensées auprès de Dieu,
devant qui coulent mes larmes,
21 qu’il plaide la cause d’un homme aux prises avec Dieu,
comme un mortel défend son semblable.
22 Car mes années de vie sont comptées,
et je m’en vais par le chemin sans retour.

Job, Chapitre 17

Mon souffle en moi s’épuise
et les fossoyeurs pour moi s’assemblent.
Je n’ai pour compagnons que des railleurs,
dont la dureté obsède mes veilles.
Place donc toi-même ma caution près de toi,
car lequel voudrait toper dans ma main ?
Tu as fermé leur cœur à la raison,
aussi tu ne les laisseras pas triompher.
Tel celui qui invite des amis à un partage,
quand les yeux de ses fils languissent,
je suis devenu la fable des gens,
quelqu’un à qui l’on crache au visage.
Mes yeux s’éteignent de chagrin,
tous mes membres sont comme l’ombre.
À cette vue, les hommes droits restent stupéfaits,
l’innocent s’indigne contre l’impie ;
le juste s’affermit dans ses voies,
l’homme aux mains pures redouble d’énergie.
10 Allons, vous tous, revenez à la charge,
et je ne trouverai pas un sage parmi vous !
11 Mes jours ont fui, avec mes projets,
et les fibres de mon cœur sont rompues.
12 On veut faire de la nuit le jour ;
la lumière serait plus proche que les ténèbres.
13 Or mon espoir, c’est d’habiter le shéol,
d’étendre ma couche dans les ténèbres.
14 Je crie au sépulcre : « Tu es mon père ! »
à la vermine : « C’est toi ma mère et ma sœur ! »
15 Où donc est-elle, mon espérance ?
Et mon bonheur, qui l’aperçoit ?
16 Vont-ils descendre à mes côtés au shéol,
sombrer de même dans ma poussière ?

Job, Chapitre 18

Bildad de Shuah prit la parole et dit :
Jusqu’à quand mettrez-vous des entraves aux discours ?
Réfléchissez, puis nous parlerons.
Pourquoi nous considères-tu comme des bêtes,
passons-nous à tes yeux pour des gens bornés ?
Ô toi qui te déchires dans ta colère,
la terre à cause de toi sera-t-elle abandonnée
et les rochers quitteront-ils leur place ?
La lumière du méchant doit s’éteindre,
sa flamme ardente ne plus briller.
La lumière s’assombrit sous sa tente,
sa lampe au-dessus de lui s’éteint.
Ses pas vigoureux se rétrécissent,
ses propres desseins le font trébucher.
Car ses pieds le jettent dans un filet
et il avance parmi les rets.
Un lacet le saisit au talon
et le piège se referme sur lui.
10 Le nœud pour le prendre est caché en terre,
une trappe l’attend sur le sentier.
11 De toutes parts des terreurs l’épouvantent
et elles le suivent pas à pas.
12 En pleine vigueur, il est affamé,
le malheur se tient à ses côtés.
13 Le mal dévore sa peau,
le Premier-né de la Mort ronge ses membres.
14 On l’arrache à l’abri de sa tente,
et tu le traîneras chez le roi des frayeurs.
15 Tu peux habiter la tente qui n’est plus la sienne,
et l’on répand du soufre sur son bercail.
16 En bas ses racines se dessèchent,
en haut se flétrit sa ramure.
17 Son souvenir disparaît du pays,
son nom s’efface dans la contrée.
18 Poussé de la lumière aux ténèbres,
il se voit banni de la terre.
19 Il n’a ni lignée ni postérité parmi son peuple,
aucun survivant en ses lieux de séjour.
20 Sa fin frappe de stupeur l’Occident
et l’Orient est saisi d’effroi.
21 Point d’autre sort pour les demeures de l’injustice.
Voilà ce que devient le lieu de quiconque méconnaît Dieu.

Job, Chapitre 19

Job prit la parole et dit :
Jusqu’à quand allez-vous me tourmenter
et m’écraser par vos discours ?
Voilà dix fois que vous m’insultez
et me malmenez sans vergogne.
Même si je m’étais égaré,
mon égarement resterait en moi seul.
Mais, en vérité, quand vous pensez triompher de moi
et m’imputer mon opprobre,
sachez que Dieu lui-même m’a fait du tort
et enveloppé de son filet.
Si je crie à la violence, pas de réponse ;
si j’en appelle, point de jugement.
Il a dressé sur ma route un mur infranchissable,
mis des ténèbres sur mes sentiers.
Il m’a dépouillé de ma gloire,
ôté la couronne de ma tête.
10 Il me sape de toutes parts pour me faire disparaître ;
il déracine comme un arbre mon espérance.
11 Enflammé de colère contre moi,
il me considère comme son adversaire.
12 Ensemble ses troupes sont arrivées ;
elles ont frayé vers moi leur chemin d’approche,
campé autour de ma tente.
13 Mes frères, il les a écartés de moi,
mes relations s’appliquent à m’éviter.
14 Mes proches et mes familiers ont disparu,
les hôtes de ma maison m’ont oublié.
15 Mes servantes me tiennent pour un intrus,
je suis un étranger à leurs yeux.
16 Si j’appelle mon serviteur, il ne répond pas,
quand de ma bouche je l’implore.
17 Mon haleine répugne à ma femme,
ma puanteur à mes propres frères.
18 Même les gamins me témoignent du mépris :
si je me lève, ils se mettent à dauber sur moi.
19 Tous mes intimes m’ont en horreur,
mes préférés se sont retournés contre moi.
20 Mes os sont collés à ma peau et à ma chair,
ah ! si je pouvais m’en tirer avec la peau de mes dents !
21 Pitié, pitié pour moi, ô vous mes amis !
car c’est la main de Dieu qui m’a frappé.
22 Pourquoi vous acharner sur moi comme Dieu lui-même,
sans vous rassasier de ma chair ?
23 Oh ! je voudrais qu’on écrive mes paroles,
qu’elles soient gravées en une inscription,
24 avec un ciseau de fer et du plomb,
sculptées dans le roc pour toujours !
25 Je sais, moi, que mon Défenseur est vivant,
que lui, le dernier, se lèvera sur la poussière.
26 Une fois qu’ils m’auront arraché cette peau qui est mienne,
hors de ma chair, je verrai Dieu.
27 Celui que je verrai sera pour moi,
celui que mes yeux regarderont ne sera pas un étranger.
Et mes reins en moi se consument.
28 Lorsque vous dites : « Comment l’accabler,
quel prétexte trouverons-nous en lui ? »
29 Craignez pour vous-mêmes l’épée,
car la colère s’enflammera contre les fautes,
et vous saurez qu’il y a un jugement.

Job, Chapitre 20

Çophar de Naamat prit la parole et dit :
Oui mes pensées s’agitent pour répondre,
à cause de l’impatience qui me possède.
J’entends une leçon qui m’outrage,
mais mon esprit me souffle la réponse.
Ne sais-tu pas que, de tout temps,
depuis que l’homme fut mis sur terre,
l’allégresse du méchant est brève
et la joie de l’impie ne dure qu’un instant.
Même si sa taille s’élevait jusqu’aux cieux,
si sa tête touchait la nue,
comme un fantôme il disparaît à jamais,
et ceux qui le voyaient disent : « Où est-il ? »
Il s’envole comme un songe insaisissable,
il s’enfuit comme une vision nocturne.
L’œil habitué à sa vue ne l’aperçoit plus,
à sa demeure il devient invisible.
10 Ses fils devront indemniser les pauvres,
ses propres mains restituer ses richesses.
11 Ses os étaient pleins d’une vigueur juvénile :
la voilà étendue avec lui dans la poussière.
12 Le mal était doux à sa bouche :
il l’abritait sous sa langue,
13 il le gardait soigneusement,
le retenait au milieu du palais.
14 Cet aliment dans ses entrailles se corrompt,
devient au-dedans du fiel d’aspic.
15 Il doit vomir les richesses englouties,
de son ventre, Dieu les fait dégurgiter.
16 Il suçait du venin d’aspic :
la langue de la vipère le tue.
17 Il ne connaîtra plus les ruisseaux d’huile,
les torrents de miel et de laitage.
18 Il rendra ses gains sans pouvoir les avaler,
il ne jouira plus de la prospérité de ses affaires.
19 Parce qu’il a détruit les cabanes des pauvres,
volé des maisons au lieu d’en bâtir,
20 parce que son appétit s’est montré insatiable,
il ne sauvera rien de son trésor ;
21 parce que nul n’échappait à sa voracité,
sa prospérité ne durera pas.
22 En pleine abondance, l’angoisse le saisira,
la misère, de toute sa force, fondra sur lui,
23 Dieu lâche sur lui l’ardeur de sa colère,
lance contre sa chair une pluie de traits.
24 S’il fuit devant l’arme de fer,
l’arc de bronze le transperce.
25 Une flèche sort de son dos,
une pointe étincelante de son foie.
Les terreurs s’avancent contre lui,
26 toutes les ténèbres cachées lui sont réservées.
Un feu qu’on n’allume pas le dévore
et consume ce qui reste sous sa tente.
27 Les cieux dévoilent son iniquité,
et la terre se dresse contre lui.
28 Le revenu de sa maison s’écoule,
comme des torrents, au jour de la colère.
29 Tel est le sort que Dieu réserve au méchant,
l’héritage qu’il destine à sa personne.

Job, Chapitre 21

Job prit la parole et dit :
Écoutez, écoutez mes paroles,
accordez-moi cette consolation.
Souffrez que je parle à mon tour ;
quand j’aurai fini, libre à vous de railler.
Est-ce que moi je m’en prends à un homme ?
Est-ce sans raison que je perds patience ?
Prêtez-moi attention : vous serez stupéfaits,
et vous mettrez la main sur votre bouche.
Moi-même, quand j’y songe, je suis épouvanté,
ma chair est saisie d’un frisson.
Pourquoi les méchants restent-ils en vie,
vieillissent-ils et accroissent-ils leur puissance ?
Leur postérité devant eux s’affermit
et leurs rejetons sous leurs yeux subsistent.
La paix de leurs maisons n’a rien à craindre,
les rigueurs de Dieu les épargnent.
10 Leur taureau féconde à coup sûr,
leur vache met bas sans avorter.
11 Ils laissent courir leurs gamins comme des brebis,
leurs enfants bondir.
12 Ils chantent avec tambourins et cithares,
se réjouissent au son de la flûte.
13 Leur vie s’achève dans le bonheur,
ils descendent en paix au shéol.
14 Eux, pourtant, disent à Dieu : « Écarte-toi de nous,
connaître tes voies ne nous plaît pas !
15 Qu’est-ce que Shaddaï pour que nous le servions,
quel profit pour nous à l’invoquer ? »
16 Leur bonheur n’est-il pas entre leurs mains,
le conseil des méchants s’est éloigné de lui.
17 Voit-on souvent la lampe du méchant s’éteindre,
le malheur fondre sur lui,
la Colère divine distribuer des souffrances ?
18 Sont-ils comme la paille face au vent
comme la bale qu’emporte l’ouragan ?
19 Dieu se réserverait de le punir dans ses enfants ?
Mais qu’il soit donc châtié lui-même et qu’il le sache
20 Que, de ses yeux, il assiste à sa ruine,
qu’il s’abreuve à la fureur de Shaddaï !
21 Que peut lui faire, après lui, le sort de sa maison,
quand la série de ses mois sera tranchée ?
22 Mais enseigne-t-on à Dieu la science,
à Celui qui juge les êtres d’en haut ?
23 Tel encore meurt en pleine vigueur,
au comble du bonheur et de la paix,
24 les flancs chargés de graisse
et la mœlle de ses os tout humide.
25 Et tel autre périt l’amertume dans l’âme,
sans avoir goûté au bonheur.
26 Ensemble, dans la poussière, ils se couchent,
et la vermine les recouvre.
27 Oh ! je sais bien quelles sont vos idées,
vos mauvaises pensées sur mon compte.
28 « Qu’est devenue, dites-vous, la maison du grand seigneur,
où est la tente qu’habitaient des méchants ? »
29 N’interrogez-vous pas les voyageurs,
méconnaissez-vous leurs témoignages ?
30 Au jour du désastre, le méchant est épargné,
au jour de la fureur, il est mis à l’abri.
31 Et qui donc lui reproche en face sa conduite,
et lui rend ce qu’il a fait ?
32 Il est emporté au cimetière,
où il veille sur son tertre.
33 Les mottes du ravin lui sont douces,
et, derrière lui, toute la population défile.
34 Que signifient donc vos vaines consolations ?
Et quelle tromperie que vos réponses !

Job, Chapitre 22

Éliphaz de Témân prit la parole et dit :
Un homme peut-il être utile à Dieu,
quand un être sensé n’est utile qu’à soi ?
Shaddaï est-il intéressé par ta justice,
tire-t-il profit de ta conduite intègre ?
Serait-ce à cause de ta piété qu’il te corrige
et qu’il entre en jugement avec toi ?
N’est-ce pas plutôt pour ta grande méchanceté,
pour tes fautes illimitées ?
Tu as exigé de tes frères des gages injustifiés,
dépouillé de leurs vêtements ceux qui sont nus ;
omis de désaltérer l’homme assoiffé
et refusé le pain à l’affamé ;
livré la terre à un homme de main,
pour que s’y installe le favori ;
renvoyé les veuves les mains vides
et broyé le bras des orphelins.
10 Voilà pourquoi des filets t’enveloppent
et des frayeurs soudaines t’épouvantent.
11 Ou bien c’est l’obscurité, tu n’y vois plus
et la masse des eaux te submerge.
12 Dieu n’est-il pas au plus haut des cieux ?
Vois comme est haute la voûte des étoiles !
13 Et tu as dit : « Que connaît Dieu ?
Peut-il juger à travers la nuée sombre ?
14 Les nuages sont pour lui un voile opaque
et il circule au pourtour des cieux. »
15 Veux-tu donc suivre la route antique
que foulèrent les hommes pervers ?
16 Ils furent enlevés avant le temps
et un fleuve noya leurs fondations.
17 Car ils disaient à Dieu : « Éloigne-toi de nous !
Que peut nous faire Shaddaï ? »
18 Et c’est lui qui comblait de biens leurs maisons,
alors que le conseil des méchants s’était éloigné de lui.
19 À ce spectacle, les justes se sont réjouis
et l’homme intègre s’est moqué d’eux :
20 « Comme ils ont été supprimés, nos adversaires !
et quel feu a dévoré leur abondance ! »
21 Allons ! Réconcilie-toi avec lui et fais la paix :
ainsi ton bonheur te sera rendu.
22 Recueille de sa bouche la doctrine
et place ses paroles dans ton cœur.
23 Si tu reviens à Shaddaï, tu seras réhabilité,
si tu éloignes de ta tente l’injustice,
24 si tu déposes ton or sur la poussière,
l’Ophir parmi les cailloux du torrent,
25 Shaddaï sera pour toi des lingots d’or
et de l’argent en monceaux.
26 Alors tu feras de Shaddaï tes délices
et tu lèveras vers Dieu ta face.
27 Tes prières, il les exaucera
et tu pourras acquitter tes vœux.
28 Toutes tes entreprises réussiront
et sur ta route brillera la lumière.
29 Car il abaisse l’entreprise orgueilleuse,
mais il sauve l’homme qui a les yeux baissés.
30 Il délivre même celui qui n’est pas innocent :
il sera délivré par la pureté de tes mains.

Job, Chapitre 23

Job prit la parole et dit :
Encore aujourd’hui ma plainte est une révolte ;
ma main comprime mon gémissement.
Oh ! Si je savais comment l’atteindre,
parvenir jusqu’à sa demeure,
j’ouvrirais un procès devant lui,
ma bouche serait pleine de griefs.
Je connaîtrais les termes de sa réponse,
attentif à ce qu’il me dirait.
Jetterait-il toute sa force dans ce débat avec moi ?
Non, il lui suffirait de me prêter attention.
Il reconnaîtrait dans son adversaire un homme droit,
et je triompherais de mon juge.
Si je vais vers l’orient, il est absent ;
vers l’occident, je ne l’aperçois pas.
Quand il agit au nord, je ne le vois pas.
il reste invisible, si je me tourne au midi.
10 Et pourtant, la voie qui est la mienne, il la connaît !
Qu’il me passe au creuset : or pur j’en sortirai !
11 Mon pied s’est attaché à ses pas,
j’ai gardé sa voie sans dévier ;
12 je n’ai pas négligé le commandement de ses lèvres,
j’ai abrité dans mon sein les paroles de sa bouche.
13 Mais lui décide, qui le fera changer ?
Ce qu’il a projeté, il l’accomplit.
14 Il exécutera donc ma sentence,
comme tant d’autres de ses décrets !
15 C’est pourquoi, devant lui, je suis terrifié ;
plus j’y songe, plus il me fait peur.
16 Dieu a brisé mon courage,
Shaddaï me remplit d’effroi.
17 Car je n’ai pas été anéanti devant les ténèbres,
mais il a recouvert ma face d’obscurité.

Job, Chapitre 24

1 Pourquoi Shaddaï n’a-t-il pas des temps en réserve,
et ses fidèles ne voient-ils pas ses jours ?
 2 Les méchants déplacent les bornes,
ils enlèvent troupeau et berger.
 3 On emmène l’âne des orphelins,
on prend en gage le bœuf de la veuve.
 4 Les indigents doivent s’écarter du chemin,
les pauvres du pays se cacher tous ensemble.
 5 Tels les onagres du désert, ils sortent à leur travail,
cherchant dès l’aube une proie,
et le soir, du pain pour leurs petits.
 6 Ils moissonnent dans le champ d’un vaurien,
ils pillent la vigne d’un méchant.
 
...
10 Ils s’en vont nus, sans vêtements ;
affamés, ils portent les gerbes.
 11 Entre deux murettes, ils pressent l’huile ;
altérés, ils foulent les cuves.
 7 Ils passent la nuit nus, sans vêtements,
sans couverture contre le froid.
 8 L’averse des montagnes les transperce ;
faute d’abri, ils étreignent le rocher.
 9 On arrache l’orphelin à la mamelle,
on prend en gage le nourrisson du pauvre.
 
...
12 De la ville on entend gémir les mourants,
les blessés, dans un souffle, crier à l’aide.
Et Dieu reste sourd à la prière !
 13 D’autres sont de ceux qui repoussent la lumière :
ils en méconnaissent les chemins,
n’en fréquentent pas les sentiers.
 14 Il fait noir quand l’assassin se lève,
pour tuer le pauvre et l’indigent.
Durant la nuit rôde le voleur,

...
16a Dans les ténèbres, il perfore les maisons. 15 L’œil de l’adultère épie le crépuscule :
« Personne ne me verra », dit-il,
et il met un voile sur son visage.
 
...
16b Pendant le jour, ils se cachent,
ceux qui ne veulent pas connaître la lumière.
 17 Pour eux tous, le matin devient l’ombre de la mort,
car ils éprouvent les terreurs de l’ombre de la mort.
 18 Ce n’est plus qu’un fétu à la surface des eaux,
son domaine est maudit dans le pays,
nul ne prend le chemin de sa vigne.
 19 Comme une chaleur sèche fait disparaître l’eau des neiges,
ainsi le shéol celui qui a péché.
 20 Le sein qui l’a formé l’oublie et son nom n’est plus mentionné.
Ainsi est foudroyée comme un arbre l’iniquité.
 21 Il a maltraité la femme stérile, privée d’enfants,
il s’est montré dur pour la veuve.
 22 Mais Celui qui se saisit des tyrans avec force
surgit et lui ôte l’assurance de la vie.
 23 Il le laissait s’appuyer sur une sécurité trompeuse,
mais, des yeux, il surveillait ses voies.
 24 Élevé pour un temps, il disparaît,
il s’affaisse comme l’arroche qu’on cueille,
il se fane comme la tête des épis.
 25 N’en est-il pas ainsi ? Qui me convaincra de mensonge,
et réduira mes paroles à néant ?

Job, Chapitre 25

Bildad de Shuah prit la parole et dit :
C’est un souverain redoutable,
Celui qui fait régner la paix dans ses hauteurs.
Peut-on dénombrer ses troupes ?
Contre qui ne surgit pas son éclair ?
Et l’homme se croirait juste devant Dieu,
il serait pur, l’enfant de la femme ?
La lune même est sans éclat,
les étoiles ne sont pas pures à ses yeux.
Combien moins l’homme, cette vermine,
un fils d’homme, ce vermisseau ?

Job, Chapitre 26

Job prit la parole et dit :
Comme tu sais bien soutenir le faible,
secourir le bras sans vigueur !
Quels bons conseils tu donnes à l’ignorant,
comme ton savoir est fertile en ressources !
Mais ces discours, à qui s’adressent-ils,
et d’où provient l’esprit qui sort de toi ?
Les Ombres tremblent sous terre,
les eaux et leurs habitants sont dans l’effroi.
Devant lui, le Shéol est à nu,
la Perdition à découvert.
C’est lui qui a étendu le Septentrion sur le vide,
suspendu la terre sans appui.
Il enferme les eaux dans ses nuages,
sans que la nuée crève sous leur poids.
Il couvre la face de la pleine lune
et déploie sur elle sa nuée.
10 Il a tracé un cercle à la surface des eaux,
aux confins de la lumière et des ténèbres.
11 Les colonnes des cieux sont ébranlées,
frappées de stupeur quand il menace.
12 Par sa force, il a brassé la Mer,
par son intelligence, écrasé Rahab.
13 Son souffle a clarifié les Cieux,
sa main transpercé le Serpent Fuyard.
14 Tout cela, c’est l’extérieur de ses œuvres,
et nous n’en saisissons qu’un faible écho.
Mais le tonnerre de sa puissance, qui le comprendra ?

Job, Chapitre 27

Et Job continua de s’exprimer en sentences et dit :
Par le Dieu vivant qui me refuse justice,
par Shaddaï qui m’emplit d’amertume,
tant qu’un reste de vie m’animera,
que le souffle de Dieu passera dans mes narines,
mes lèvres ne diront rien de mal,
ma langue n’exprimera aucun mensonge.
Bien loin de vous donner raison,
jusqu’à mon dernier souffle, je maintiendrai mon innocence.
Je tiens à ma justice et ne lâche pas ;
ma conscience, ne me reproche aucun de mes jours.
Que mon ennemi ait le sort du méchant,
mon adversaire celui de l’injuste !
Quel profit peut espérer l’impie
quand Dieu lui retire la vie ?
Est-ce que Dieu entend ses cris,
quand fond sur lui la détresse ?
10 Faisait-il ses délices de Shaddaï,
invoquait-il Dieu en tout temps ?
11 Mais je vous instruis sur la puissance de Dieu,
sans rien vous cacher des pensées de Shaddaï.
12 Et si vous tous aviez su l’observer,
à quoi bon vos vains discours dans le vide ?
13 Voici le lot que Dieu assigne au méchant,
l’héritage que le violent reçoit de Shaddaï.
14 Si ses fils se multiplient, c’est pour l’épée,
et ses descendants n’apaiseront pas leur faim.
15 Les survivants seront ensevelis par la Peste,
sans que ses veuves puissent les pleurer.
16 S’il accumule l’argent comme la poussière,
s’il entasse des vêtements comme de la glaise,
17 qu’il les entasse ! un juste les revêtira,
un innocent recevra l’argent en partage.
18 Il s’est bâti une maison d’araignée,
il s’est construit une hutte de gardien :
19 riche il se couche, mais c’est la dernière fois ;
quand il ouvre les yeux, plus rien.
20 Les terreurs l’assaillent en plein jour,
la nuit, un tourbillon l’enlève.
21 Un vent d’est le soulève et l’entraîne,
l’arrache à son lieu de séjour.
22 Sans pitié, on le prend pour cible,
il doit fuir des mains menaçantes.
23 On applaudit à sa ruine,
on le siffle partout où il va.

Job, Chapitre 28

Il existe, pour l’argent, des mines,
pour l’or, un lieu où on l’épure.
Le fer est tiré du sol,
la pierre fondue livre du cuivre.
On met fin aux ténèbres,
on fouille jusqu’à l’extrême limite
la pierre obscure et sombre.
Des étrangers percent les ravins
en des lieux non fréquentés,
et ils oscillent, suspendus, loin des humains.
La terre d’où sort le pain
est ravagée en dessous par le feu.
Là, les pierres sont le gisement du saphir,
et aussi des parcelles d’or.
L’oiseau de proie en ignore le sentier,
l’œil du vautour ne l’aperçoit pas.
Il n’est point foulé par les fauves altiers,
le lion ne l’a jamais frayé.
L’homme s’attaque au silex,
il bouleverse les montagnes dans leurs racines.
10 Dans les roches il perce des canaux,
l’œil ouvert sur tout objet précieux.
11 Il explore les sources des fleuves,
amène au jour ce qui restait caché.
12 Mais la Sagesse, d’où provient-elle ?
Où se trouve-t-elle, l’Intelligence ?
13 L’homme en ignore le chemin,
on ne la découvre pas sur la terre des vivants.
14 L’Abîme déclare : « Je ne la contiens pas ! »
et la Mer : « Elle n’est point chez moi ! »
15 On ne peut l’acquérir avec l’or massif,
la payer au poids de l’argent,
16 l’évaluer avec l’or d’Ophir,
l’agate précieuse ou le saphir.
17 On ne lui compare pas l’or ou le verre,
on ne l’échange point contre un vase d’or fin.
18 Coraux et cristal ne méritent pas mention,
mieux vaudrait pêcher la Sagesse que les perles.
19 Auprès d’elle, la topaze de Kush est sans valeur
et l’or pur perd son poids d’échange.
20 Mais la Sagesse, d’où provient-elle ?
Où se trouve-t-elle, l’Intelligence ?
21 Elle se dérobe aux yeux de tout vivant,
elle se cache aux oiseaux du ciel.
22 La Perdition et la Mort déclarent :
« La rumeur de sa renommée est parvenue à nos oreilles »
23 Dieu seul en a discerné le chemin
et connu, lui, où elle se trouve.
24 (Car il voit jusqu’aux extrémités de la terre,
il aperçoit tout ce qui est sous les cieux.)
25 Lorsqu’il voulut donner du poids au vent,
jauger les eaux avec une mesure ;
26 quand il imposa une loi à la pluie,
une route aux roulements du tonnerre,
27 alors il la vit et l’évalua,
il la pénétra et même la scruta.
28 Puis il dit à l’homme :
« La crainte du Seigneur, voilà la sagesse ;
fuir le mal, voilà l’intelligence »

Job, Chapitre 29

Job continua de s’exprimer en sentences et dit :
Qui me fera revivre les mois d’antan,
ces jours où Dieu veillait sur moi,
où sa lampe brillait sur ma tête
et sa lumière me guidait dans les ténèbres !
Tel que j’étais aux jours de mon automne,
quand Dieu protégeait ma tente,
que Shaddaï demeurait avec moi
et que mes garçons m’entouraient ;
quand mes pieds baignaient dans le laitage,
que le rocher versait des ruisseaux d’huile !
Si je sortais vers la porte de la ville,
si j’installais mon siège sur la place,
à ma vue, les jeunes gens se retiraient,
les vieillards se mettaient debout.
Les notables arrêtaient leurs discours
et mettaient la main sur leur bouche.
10 La voix des chefs s’étouffait
et leur langue se collait au palais.

...
21 Ils m’écoutaient, dans l’attente,
silencieux pour entendre mon avis.
22 Quand j’avais parlé, nul ne répliquait,
et sur eux, goutte à goutte, tombaient mes paroles.
23 Ils m’attendaient comme la pluie,
leur bouche s’ouvrait comme pour l’ondée de printemps.
24 Si je leur souriais, ils n’osaient y croire,
ils recueillaient sur mon visage tout signe de faveur.
25 Je leur indiquais la route en siégeant à leur tête,
tel un roi installé parmi ses troupes,
et je les menais partout à mon gré.
11 À m’entendre, on me félicitait,
à me voir, on me rendait témoignage.
12 Car je délivrais le pauvre en détresse
et l’orphelin privé d’appui.
13 La bénédiction du mourant se posait sur moi
et je rendais la joie au cœur de la veuve.
14 J’avais revêtu la justice comme un vêtement,
j’avais le droit pour manteau et turban.
15 J’étais les yeux de l’aveugle,
les pieds du boiteux.
16 C’était moi le père des pauvres ;
la cause d’un inconnu, je l’examinais.
17 Je brisais les crocs de l’homme inique,
d’entre ses dents j’arrachais sa proie.
18 Et je disais : « Je mourrai dans mon nid,
après des jours nombreux comme le phénix.
19 Mes racines ont accès à l’eau,
la rosée se dépose la nuit sur mon feuillage.
20 Ma gloire sera toujours nouvelle
et dans ma main mon arc reprendra force. »

Job, Chapitre 30

Et maintenant, je suis la risée
de gens qui sont plus jeunes que moi,
et dont les pères étaient trop vils à mes yeux
pour les mêler aux chiens de mon troupeau.
Aussi bien, la force de leurs mains m’eût été inutile :
ils avaient perdu toute vigueur,
épuisée par la disette et la famine,
car ils rongeaient la steppe,
ce sombre lieu de ruine et de désolation ;
ils cueillaient l’arroche sur le buisson
faisaient leur pain des racines de genêt.
Bannis de la société des hommes,
qui les hue comme des voleurs,
ils logent au flanc des ravins,
dans les grottes ou les crevasses du rocher.
Des buissons, on les entend braire,
ils s’entassent sous les chardons.
Fils de vauriens, bien plus, d’hommes sans nom,
ils sont rejetés par le pays.
Et maintenant, voilà qu’ils me chansonnent.
Qu’ils font de moi leur fable !
10 Saisis d’horreur, ils se tiennent à distance,
devant moi, ils crachent sans retenue.
11 Et parce qu’il a détendu mon arc et m’a terrassé,
ils rejettent la bride en ma présence.
12 Leur engeance surgit à ma droite,
ils font glisser mes pieds
et fraient vers moi leurs chemins sinistres.
13 Ils me ferment toute issue,
en profitent pour me perdre et nul ne les arrête,
14 ils pénètrent comme par une large brèche
ils se roulent sous les décombres.
15 Les terreurs se tournent contre moi,
mon assurance est chassée comme par le vent,
mon salut disparaît comme un nuage.
16 Et maintenant, la vie en moi s’écoule,
les jours d’affliction m’ont saisi.
17 La nuit, le mal perce mes os
et mes rongeurs ne dorment pas.
18 Avec violence il m’a pris par le vêtement,
serré au col de ma tunique.
19 Il m’a jeté dans la boue,
je suis comme poussière et cendre.
20 Je crie vers Toi et tu ne réponds pas ;
je me présente sans que tu me remarques.
21 Tu es devenu cruel à mon égard,
ta main vigoureuse sur moi s’acharne.
22 Tu m’emportes à cheval sur le vent
et tu me dissous dans une tempête.
23 Oui, je sais que tu me fais retourner vers la mort,
vers le rendez-vous de tout vivant.
24 Pourtant, n’ai-je pas tendu la main au pauvre,
quand, dans sa détresse, il réclamait justice ?
25 N’ai-je pas pleuré sur celui dont la vie est pénible,
éprouvé de la pitié pour l’indigent ?
26 J’espérais le bonheur, et le malheur est venu ;
j’attendais la lumière : voici l’obscurité.
27 Mes entrailles bouillonnent sans relâche,
les jours d’affliction m’ont atteint.
28 Je marche, assombri, sans soleil,
si je me dresse dans l’assemblée, c’est pour crier.
29 Je suis devenu le frère des chacals
et le compagnon des autruches.
30 Ma peau sur moi s’est noircie,
mes os sont brûlés par la fièvre.
31 Ma harpe est accordée aux chants de deuil,
ma flûte à la voix des pleureurs.

Job, Chapitre 31

1 J’avais fait un pacte avec mes yeux,
au point de ne fixer aucune vierge.
 2 Or, quel partage Dieu fait-il donc de là-haut,
quel lot Shaddaï assigne-t-il de son ciel ?
 3 N’est-ce pas le désastre qu’il réserve à l’injuste
et l’adversité aux hommes malfaisants ?
 4 Ne voit-il pas ma conduite,
ne compte-t-il point tous mes pas ?
 5 Ai-je fait route avec l’illusion,
pressé le pas vers la fraude ?
 6 Qu’il me pèse sur une balance exacte :
lui, Dieu, reconnaîtra mon intégrité !
 7 Si mes pas ont dévié du droit chemin,
si mon cœur fut entraîné par mes yeux
et si une souillure adhère à mes mains,
 8 qu’un autre mange ce que j’ai semé
et que soient arrachées mes jeunes pousses !
 9 Si mon cœur fut séduit par une femme,
si j’ai épié à la porte de mon prochain,
 10 que ma femme se mette à moudre pour autrui,
que d’autres aient commerce avec elle !
 11 J’aurais commis là une impudicité,
un crime passible de justice,
 12 ce serait le feu qui dévore jusqu’à la Perdition
et détruirait jusqu’à la racine tout mon revenu.
 13 Si j’ai méconnu les droits de mon serviteur,
de ma servante, dans leurs litiges avec moi,
 14 que ferai-je quand Dieu surgira ?
Lorsqu’il fera l’enquête, que répondrai-je ?
 15 Ne les a-t-il pas créés comme moi dans le ventre ?
Un même Dieu nous forma dans le sein.
 
...
38 Si ma terre crie vengeance contre moi
et que ses sillons pleurent avec elle,
 39 si j’ai mangé de ses produits sans payer,
fait expirer ses propriétaires,
40a qu’au lieu de froment y poussent les ronces,
à la place de l’orge, l’herbe fétide !
 16 Ai-je été insensible aux besoins des faibles,
laissé languir les yeux de la veuve ?
 17 Ai-je mangé seul mon morceau de pain,
sans que l’orphelin en ait mangé ?
 18 Alors que Dieu, dès mon enfance, m’a élevé comme un père,
guidé depuis le sein maternel !
 19 Ai-je vu un miséreux sans vêtements,
un pauvre sans couverture,
 20 sans que leurs reins m’aient béni,
que la toison de mes agneaux les ait réchauffés ?
 21 Ai-je agité la main contre un orphelin,
me sachant soutenu à la Porte ?
 22 Qu’alors mon épaule se détache de ma nuque
et que mon bras se rompe au coude !
 23 Car le châtiment de Dieu serait ma terreur,
je ne tiendrais pas devant sa majesté.
 24 Ai-je placé dans l’or ma confiance
et dit à l’or fin : « Ô ma sécurité ? »
 25 Me suis-je réjoui de mes biens nombreux,
des richesses acquises par mes mains ?
 26 À la vue du soleil dans son éclat,
de la lune radieuse dans sa course,
 27 mon cœur, en secret, s’est-il laissé séduire,
pour leur envoyer de la main un baiser ?
 28 Ce serait encore une faute criminelle,
car j’aurais renié le Dieu suprême.
 29 Me suis-je réjoui de l’infortune de mon ennemi,
ai-je exulté quand le malheur l’atteignait,
 30 moi, qui ne permettais pas à ma langue de pécher,
de réclamer sa vie dans une malédiction ?
 31 Et ne disaient-ils pas, les gens de ma tente :
« Trouve-t-on quelqu’un qu’il n’ait pas rassasié de viande ? »
 32 Jamais étranger ne coucha dehors,
au voyageur ma porte restait ouverte.
 33 Ai-je dissimulé aux hommes mes transgressions,
caché ma faute dans mon sein ?
 34 Ai-je eu peur de la rumeur publique,
ai-je redouté le mépris des familles,
et me suis-je tenu coi, n’osant franchir ma porte ?
 35 Ah ! qui fera donc que l’on m’écoute ?
J’ai dit mon dernier mot : à Shaddaï de me répondre !
Le libelle qu’aura rédigé mon adversaire,
 36 je veux le porter sur mon épaule,
le ceindre comme un diadème.
 37 Je lui rendrai compte de tous mes pas
et je m’avancerai vers lui comme un prince.
 40b Fin des paroles de Job.

Job, Chapitre 32

Ces trois hommes cessèrent de répondre à Job parce qu’il s’estimait juste.
Mais voici que se mit en colère Élihu, fils de Barakéel le Buzite, du clan de Ram. Sa colère s’enflamma contre Job parce qu’il prétendait avoir raison contre Dieu ;
elle s’enflamma également contre ses trois amis, qui n’avaient plus rien trouvé à répliquer et ainsi avaient laissé les torts à Dieu.
Élihu avait attendu pour parler avec Job, car ils étaient ses anciens ;
mais quand il vit que ces trois hommes n’avaient plus de réponse à la bouche, sa colère éclata.
Et il prit la parole, lui, Élihu, fils de Barakéel le Buzite, et il dit :Je suis tout jeune encore,
et vous êtes des anciens ;
aussi je craignais, intimidé,
de vous manifester mon savoir.
Je me disais : « L’âge parlera,
les années nombreuses feront connaître la sagesse »
À la vérité, c’est un esprit dans l’homme,
c’est le souffle de Shaddaï qui rend intelligent.
Le grand âge ne donne pas la sagesse,
ni la vieillesse, l’intelligence de ce qui est juste.
10 Aussi, je dis, écoute-moi,
je vais montrer, moi aussi, mon savoir.
11 Jusqu’ici, j’attendais vos paroles,
j’ouvrais l’oreille à vos raisonnements,
tandis que chacun cherchait ses mots.
12 Sur vous se fixait mon attention.
Et je vois qu’aucun n’a confondu Job,
nul d’entre vous n’a démenti ses paroles.
13 Ne dites donc pas : « Nous avons trouvé la sagesse ;
Dieu seul peut le réfuter, non un homme »
14 Ce n’est pas contre moi qu’il aligne les mots,
ce n’est pas avec vos paroles que je lui répliquerai.
15 Ils sont restés interdits, sans réponse ;
les mots leur ont manqué.
16 Et j’attendais ! Puisqu’ils ne parlent plus,
qu’ils ont cessé de se répondre,
17 je prendrai la parole à mon tour,
je vais montrer moi aussi mon savoir.
18 Car je suis plein de mots,
oppressé par un souffle intérieur.
19 En mon sein, c’est comme un vin nouveau cherchant issue
comme des outres neuves qui éclatent.
20 Parler me soulagera,
j’ouvrirai les lèvres et je répondrai.
21 Je ne prendrai le parti de personne,
à aucun je ne dirai des mots flatteurs.
22 Je ne sais point flatter,
car mon Créateur me supprimerait sous peu.

Job, Chapitre 33

Mais veuille, Job, écouter mes dires,
tends l’oreille à toutes mes paroles.
Voici que j’ouvre la bouche
et ma langue articule des mots sur mon palais.
La rectitude de mon cœur parlera,
mes lèvres exprimeront la vérité.

...
Si tu le peux, réponds-moi !
Tiens-toi prêt devant moi, prends position !
Vois, pour Dieu, je suis ton égal,
comme toi, d’argile je suis pétri.
C’est l’esprit de Dieu qui m’a fait,
le souffle de Shaddaï qui m’anime.

...
Aussi ma terreur ne t’effraiera point,
ma main ne pèsera pas sur toi.
Comment as-tu pu dire à mes oreilles
car — j’ai entendu le son de tes paroles :
« Je suis pur, sans transgression ;
je suis net et sans faute.
10 Mais il invente des griefs contre moi
et il me considère comme son ennemi.
11 Il met mes pieds dans les ceps
et surveille tous mes sentiers » ?
12 Or, en cela, je t’en réponds, tu as eu tort,
car Dieu est plus grand que l’homme.
13 Pourquoi lui chercher querelle
parce qu’il ne te répond pas mot pour mot ?
14 Dieu parle d’une façon
et puis d’une autre, sans qu’on prête attention.
15 Par des songes, par des visions nocturnes,
quand une torpeur s’abat sur les humains
et qu’ils sont endormis sur leur couche,
16 alors il ouvre l’oreille des humains,
il y scelle les avertissements qu’il leur donne,
17 pour détourner l’homme de ses œuvres
et protéger le puissant de l’orgueil.
18 Il préserve ainsi son âme de la fosse,
sa vie du passage par le Canal.
19 Il le corrige aussi sur son grabat par la douleur,
quand ses os tremblent sans arrêt,
20 quand sa vie prend en dégoût la nourriture
et son appétit les friandises ;
21 quand sa chair disparaît au regard
et que se dénudent les os qui étaient cachés ;
22 quand son âme approche de la fosse
et sa vie du séjour des morts.
23 Alors s’il se trouve près de lui un Ange,
un Médiateur pris entre mille,
qui rappelle à l’homme son devoir,
24 le prenne en pitié et déclare :
« Exempte-le de descendre dans la fosse
j’ai trouvé une rançon »,
25 sa chair retrouve une fraîcheur juvénile,
il revient aux jours de son adolescence.
26 Il prie Dieu qui lui rend sa faveur,
il voit dans l’allégresse la face
de celui qui rend à l’homme sa justice ;
27 il fait entendre devant les hommes ce cantique :
« J’avais péché et perverti le droit
Il ne m’a pas rendu la pareille.
28 Il a exempté mon âme de passer par la fosse
et fait jouir ma vie de la lumière. »
29 Voilà tout ce que fait Dieu,
deux fois, trois fois pour l’homme,
30 afin d’arracher son âme à la fosse
et de faire briller sur lui la lumière des vivants.
31 Sois attentif, Job, écoute-moi bien :
tais-toi, j’ai encore à parler.
32 Si tu as quelque chose à dire, réplique-moi,
parle, car je veux te donner raison.
33 Sinon, écoute-moi :
fais silence, et je t’enseignerai la sagesse.

Job, Chapitre 34

Élihu reprit son discours et dit :
Et vous, les sages, écoutez mes paroles,
vous, les savants, prêtez-moi l’oreille.
Car l’oreille apprécie les discours
comme le palais goûte les mets.
Examinons ensemble ce qui est juste,
voyons entre nous ce qui est bien.
Job a dit : « Je suis juste
et Dieu écarte mon droit.
Malgré mon bon droit, je passe pour un menteur,
une flèche m’a blessé sans que j’aie péché. »
Où trouver un homme tel que Job,
qui boive le sarcasme comme l’eau,
fasse route avec les malfaiteurs,
marche du même pas que les méchants ?
N’a-t-il pas dit : « L’homme ne tire aucun profit
à se plaire dans la société de Dieu ? »
10 Aussi écoutez-moi, en hommes de sens.
Qu’on écarte de Dieu le mal,
de Shaddaï, l’injustice !
11 Car il rend à l’homme selon ses œuvres,
traite chacun d’après sa conduite.
12 En vérité, Dieu n’agit jamais mal,
Shaddaï ne pervertit pas le droit.
13 Autrement qui donc aurait confié la terre à ses soins,
l’aurait chargé de l’univers entier ?
14 S’il n’appliquait sa pensée qu’à lui-même,
s’il concentrait en lui son souffle et son haleine,
15 toute chair expirerait à la fois
et l’homme retournerait à la poussière.
16 Si tu sais comprendre, écoute ceci,
prête l’oreille au son de mes paroles.
17 Un ennemi du droit saurait-il gouverner ?
Oserais-tu condamner le Juste tout-puissant ?
18 Lui, qui dit à un roi : « Vaurien ! »
traite les nobles de méchants,
19 n’a pas égard aux princes
et ne distingue pas du faible l’homme important.
Car tous sont l’œuvre de ses mains.
20 Ils meurent soudain en pleine nuit,
le peuple s’agite et ils disparaissent,
on écarte un tyran sans effort.
21 Car ses yeux surveillent les voies de l’homme
et il regarde tous ses pas.
22 Pas de ténèbres ou d’ombre épaisse
où puissent se cacher les malfaiteurs.
23 Il n’envoie pas d’assignation à l’homme,
pour qu’il se présente devant Dieu en justice.
24 Il brise les grands sans enquête
et en met d’autres à leur place.
25 C’est qu’il connaît leurs œuvres !
Il les renverse de nuit et on les piétine.
26 Comme des criminels, il les soufflette,
en public il les enchaîne,
27 car ils se sont détournés de lui,
n’ont rien compris à ses voies,
28 jusqu’à faire monter vers lui le cri du faible,
lui faire entendre l’appel des humbles.
29 Mais s’il reste immobile qui le condamnera ?
s’il cache sa face, qui l’apercevra ?
Pourtant il veille sur les nations et les hommes,
30 pour que ne règnent pas des hommes pervers,
qu’il n’y ait pas de pièges pour le peuple.
31 Mais si on dit à Dieu :
« J’ai expié, je ne ferai plus le mal ;
32 ce qui est hors de ma vue, toi, montre-le-moi :
si j’ai commis l’injustice, je ne recommencerai plus »,
33 d’après toi, devrait-il punir ?
Mais tu t’en moques !
Comme c’est toi qui choisis et non pas moi,
fais-nous part de ta science.
34 Mais les gens sensés me diront,
ainsi que tout sage qui m’écoute :
35 « Job ne parle pas avec science,
ses propos manquent d’intelligence.
36 Veuille donc l’examiner à fond,
pour ses réponses dignes de celles des méchants.
37 Car il ajoute à son péché la rébellion,
sème le doute parmi nous
et multiplie contre Dieu ses paroles »

Job, Chapitre 35

Élihu reprit son discours et dit :
Crois-tu assurer ton droit,
affirmer ta justice devant Dieu,
d’oser lui dire : « Que t’importe à toi,
ou quel avantage pour moi, si j’ai péché ou non ? »
Eh bien ! moi, je te répondrai,
et à tes amis en même temps.
Considère les cieux et regarde,
vois comme les nuages sont plus élevés que toi !
Si tu pèches, en quoi l’atteins-tu ?
Si tu multiplies tes offenses, lui fais-tu quelque mal ?
Si tu es juste, que lui donnes-tu,
ou que reçoit-il de ta main ?
Ce sont tes semblables qu’affecte ta méchanceté,
des mortels que concerne ta justice.
Ils gémissent sous le poids de l’oppression,
ils crient au secours sous la tyrannie des grands,
10 mais nul ne pense à dire : « Où est Dieu, mon auteur,
lui qui fait éclater dans la nuit les chants d’allégresse,
11 qui nous rend plus avisés que les bêtes sauvages,
plus sages que les oiseaux du ciel ? »
12 Alors on crie, sans qu’il réponde,
sous le coup de l’orgueil des méchants.
13 Assurément Dieu n’écoute pas ce qui est illusoire,
Shaddaï n’y prête pas attention.
14 Et encore moins quand tu dis : « Je ne le vois pas,
mon procès est ouvert devant lui et je l’attends »
15 Ou bien : « Sa colère ne châtie pas,
et il n’a pas connaissance de la révolte. »
16 Job, alors, ouvre la bouche pour parler dans le vide,
par ignorance, il multiplie les mots.

Job, Chapitre 36

Élihu continua et dit :
Patiente un peu et laisse-moi t’instruire,
car je n’ai pas tout dit en faveur de Dieu.
Je veux tirer mon savoir de très loin,
pour justifier mon Créateur.
En vérité, mes paroles ignorent le mensonge,
et un homme d’une science accomplie est près de toi.
Vois, Dieu est puissant, il ne se moque pas,
il est puissant par la fermeté de sa pensée.
Il ne laisse pas vivre le méchant,
mais rend justice aux pauvres,
il ne quitte pas le juste des yeux.
Avec les rois, sur leur trône il les installe
pour siéger à jamais, et ils sont exaltés.
Mais qu’il les lie avec des chaînes,
ils sont pris dans les liens de l’affliction.
Il leur révèle leurs actes,
les fautes d’orgueil qu’ils ont commises.
10 À leurs oreilles il fait entendre un avertissement,
leur ordonne de se détourner du mal.
11 S’ils écoutent et se montrent dociles,
leurs jours s’achèvent dans le bonheur
et leurs années dans les délices.
12 Sinon, ils passent par le Canal
et ils périssent en insensés.
13 Oui, les endurcis, qui manifestent leur colère
et ne crient pas à l’aide quand il les enchaîne,
14 meurent en pleine jeunesse
et leur vie est parmi les prostitués.
15 Mais il sauve le pauvre par sa pauvreté,
il l’avertit dans sa misère.
16 Toi aussi, il veut te faire passer de l’angoisse
en un lieu spacieux où rien ne gêne,
et la table disposée pour toi débordera de graisse.
17 Si tu instruis le procès du méchant,
on assurera un procès équitable.
18 Prends garde d’être séduit par l’abondance,
corrompu par de riches présents.
19 Fais comparaître le grand comme l’homme sans or,
l’homme au bras puissant comme le faible.
20 N’écrase pas ceux qui te sont étrangers
pour mettre à leur place ta parenté.
21 Garde-toi de te porter vers l’injustice,
car c’est pour cela que l’affliction t’éprouve.
22 Vois, Dieu est sublime par sa force
et quel maître lui comparer ?
23 Qui lui a indiqué la voie à suivre,
qui oserait lui dire : « Tu as commis l’injustice ? »
24 Songe plutôt à magnifier son œuvre,
que l’homme a célébrée par des cantiques.
25 C’est un spectacle offert à tous,
à distance l’homme la regarde.
26 Oui, Dieu est si grand qu’il dépasse notre science,
et le nombre de ses ans reste incalculable.
27 C’est lui qui réduit les gouttes d’eau,
pulvérise la pluie en brouillard.
28 Et les nuages déversent celle-ci,
la font ruisseler sur la foule humaine.

...
31 Par eux il sustente les peuples,
leur donne la nourriture en abondance.
29 Qui comprendra encore les déploiements de sa nuée,
le grondement menaçant de sa tente ?
30 Il déploie devant lui son éclair,
il submerge les fondements de la mer.

...
32 Ses deux paumes, il les recouvre de l’éclair
et lui fixe le but à atteindre.
33 Son fracas en annonce la venue,
enflammant la colère contre l’iniquité.

Job, Chapitre 37

Mon cœur lui-même en tremble
et bondit hors de sa place.
Écoutez, écoutez le fracas de sa voix,
le grondement qui sort de sa bouche !
Son éclair est lâché sous l’étendue des cieux,
il atteint les extrémités de la terre.
Derrière lui mugit une voix,
car Dieu tonne de sa voix superbe.
Et il ne retient pas ses foudres
tant que sa voix retentit.
Oui, Dieu tonne à pleine voix ses merveilles,
il accomplit des œuvres grandioses qui nous dépassent.
Quand il dit à la neige : « Tombe sur la terre ! »
aux averses : « Pleuvez dru ! »
alors il suspend l’activité des hommes,
pour que chacun reconnaisse là son œuvre.
Les animaux regagnent leurs repaires
et s’abritent dans leurs tanières.
De la Chambre australe sort l’ouragan
et les vents du nord amènent le froid.
10 Au souffle de Dieu se forme la glace
et la surface des eaux se durcit.
11 Il charge d’humidité les nuages
et les nuées d’orage diffusent son éclair.
12 Et lui les fait circuler
et préside à leur alternance.
Ils exécutent en tout ses ordres,
sur la face de son monde terrestre.
13 Soit pour châtier les peuples de la terre,
soit pour une œuvre de bonté, il les envoie.
14 Écoute ceci, Job, sans broncher,
et réfléchis aux merveilles de Dieu.
15 Sais-tu comment Dieu leur commande,
et comment sa nuée fait luire l’éclair ?
16 Sais-tu comment il suspend les nuages en équilibre,
prodige d’une science consommée ?
17 Toi, quand tes vêtements sont brûlants
et que la terre se tient immobile sous le vent du sud,
18 peux-tu étendre comme lui la nue,
durcie comme un miroir de métal fondu ?
19 Apprends-moi ce qu’il faut lui dire :
mieux vaut ne plus discuter à cause de nos ténèbres.
20 Mes paroles comptent-elles pour lui,
est-il informé des ordres d’un homme ?
21 Un temps la lumière devient invisible,
lorsque les nuages l’obscurcissent ;
puis le vent passe et les balaie,
22 et du nord arrive la clarté.
Dieu s’entoure d’une splendeur redoutable ;
23 lui, Shaddaï, nous ne pouvons l’atteindre.
Suprême par la force et l’équité,
maître en justice sans opprimer,
24 il s’impose à la crainte des hommes ;
à lui la vénération de tous les esprits sensés !

Job, Chapitre 38

Yahvé répondit à Job du sein de la tempête et dit :
Quel est celui-là qui obscurcit mes plans
par des propos dénués de sens ?
Ceins tes reins comme un brave :
je vais t’interroger et tu m’instruiras.
Où étais-tu quand je fondai la terre ?
Parle, si ton savoir est éclairé.
Qui en fixa les mesures, le saurais-tu,
ou qui tendit sur elle le cordeau ?
Sur quel appui s’enfoncent ses socles ?
Qui posa sa pierre angulaire,
parmi le concert joyeux des étoiles du matin
et les acclamations unanimes des Fils de Dieu ?
Qui enferma la mer à deux battants,
quand elle sortit du sein, bondissante ;
quand je mis sur elle une nuée pour vêtement
et fis des nuages sombres ses langes ;
10 quand je découpai pour elle sa limite
et plaçai portes et verrou ?
11 « Tu n’iras pas plus loin, lui dis-je,
ici se brisera l’orgueil de tes flots ! »
12 As-tu, une fois dans ta vie, commandé au matin ?
Assigné l’aurore à son poste,
13 pour qu’elle saisisse la terre par les bords
et en secoue les méchants ?
14 Alors elle la change en argile de sceau
et la teint comme un vêtement ;
15 elle ôte aux méchants leur lumière,
brise le bras qui se levait.
16 As-tu pénétré jusqu’aux sources marines,
circulé au fond de l’Abîme ?
17 Les portes de la Mort te furent-elles montrées,
as-tu vu les portes du pays de l’ombre de mort ?
18 As-tu quelque idée des étendues terrestres ?
Raconte, si tu sais tout cela.
19 De quel côté habite la lumière,
et les ténèbres, où résident-elles,
20 pour que tu puisses les conduire dans leur domaine,
et distinguer les accès de leur maison ?
21 Si tu le sais, c’est qu’alors tu étais né,
et tu comptes des jours bien nombreux !
22 Es-tu parvenu jusqu’aux dépôts de neige ?
As-tu vu les réserves de grêle,
23 que je ménage pour les temps de détresse,
pour les jours de bataille et de guerre ?
24 De quel côté se divise l’éclair,
où se répand sur terre le vent d’est ?
25 Qui perce un canal pour l’averse,
fraie la route aux roulements du tonnerre,
26 pour faire pleuvoir sur une terre sans hommes,
sur un désert que nul n’habite,
27 pour abreuver les solitudes désolées,
faire germer l’herbe sur la steppe ?
28 La pluie a-t-elle un père,
ou qui engendre les gouttes de rosée ?
29 De quel ventre sort la glace,
et le givre des cieux, qui l’enfante,
30 quand les eaux disparaissent en se pétrifiant
et que devient compacte la surface de l’abîme ?
31 Peux-tu nouer les liens des Pléiades,
desserrer les cordes d’Orion,
32 amener la Couronne en son temps,
conduire l’Ourse avec ses petits ?
33 Connais-tu les lois des Cieux,
appliques-tu leur charte sur terre ?
34 Ta voix s’élève-t-elle jusqu’aux nuées
et la masse des eaux t’obéit-elle ?
35 Sur ton ordre, les éclairs partent-ils,
en te disant : « Nous voici ? »
36 Qui a mis dans l’ibis la sagesse,
donné au coq l’intelligence ?
37 Qui dénombre les nuages avec compétence
et incline les outres des cieux,
38 tandis que la poussière s’agglomère
et que collent ensemble les glèbes ?
39 Chasses-tu pour la lionne une proie,
apaises-tu l’appétit des lionceaux,
40 quand ils sont tapis dans leurs tanières,
aux aguets dans le fourré ?
41 Qui prépare au corbeau sa provende,
lorsque ses petits crient vers Dieu
et se dressent sans nourriture ?

Job, Chapitre 39

Sais-tu quand les bouquetins font leurs petits ?
As-tu observé des biches en travail ?
Combien de mois dure leur gestation,
quelle est l’époque de leur délivrance ?
Alors elles s’accroupissent pour mettre bas,
elles se débarrassent de leurs portées.
Et quand leurs petits ont pris des forces et grandi,
ils partent dans le désert et ne reviennent plus près d’elles.
Qui a lâché l’onagre en liberté,
délié la corde de l’âne sauvage ?
À lui, j’ai donné la steppe pour demeure,
la plaine salée pour habitat.
Il se rit du tumulte des villes
et n’entend pas l’ânier vociférer.
Il explore les montagnes, son pâturage,
à la recherche de toute verdure.
Le bœuf sauvage voudra-t-il te servir,
passer la nuit chez toi devant la crèche ?
10 Attacheras-tu un bœuf par une corde au sillon,
hersera-t-il les vallons derrière toi ?
11 Peux-tu compter sur sa force très grande
et lui laisser la peine de tes travaux ?
12 Seras-tu assuré de son retour,
pour amasser ton grain sur ton aire ?
13 L’aile de l’autruche bat allègrement,
et que n’a-t-elle le pennage de la cigogne et du faucon ?
14 Elle abandonne à terre ses œufs,
les confie à la chaleur du sol.
15 Elle oublie qu’un pied peut les fouler,
une bête sauvage les écraser.
16 Dure pour ses petits comme pour des étrangers,
d’une peine inutile elle ne s’inquiète pas.
17 C’est que Dieu l’a privée de sagesse,
ne lui a point départi l’intelligence.
18 Mais sitôt qu’elle se dresse et se soulève,
elle défie le cheval et son cavalier.
19 Donnes-tu au cheval la bravoure,
revêts-tu son cou d’une crinière ?
20 Le fais-tu bondir comme la sauterelle ?
Son hennissement altier répand la terreur.
21 Il piaffe de joie dans le vallon,
avec vigueur il s’élance au-devant des armes.
22 Il se moque de la peur et ne craint rien,
il ne recule pas devant l’épée.
23 Sur lui résonnent le carquois,
la lance étincelante et le javelot.
24 Frémissant d’impatience, il dévore l’espace ;
il ne se tient plus quand sonne la trompette ;
25 à chaque coup de trompette, il crie : Héah !
Il flaire de loin la bataille,
la voix tonnante des chefs et le cri de guerre.
26 Est-ce avec ton discernement que le faucon prend son vol,
qu’il déploie ses ailes vers le sud ?
27 Sur ton ordre que l’aigle s’élève
et place son nid dans les hauteurs ?
28 Il fait du rocher son habitat nocturne,
d’un pic rocheux sa forteresse.
29 Il guette de là sa proie
et ses yeux de loin l’aperçoivent.
30 Ses petits lapent le sang,
où il y a des tués, il est là.

Job, Chapitre 40

Alors Yahvé s’adressant à Job lui dit :
L’adversaire de Shaddaï a-t-il à critiquer ?
Le censeur de Dieu va-t-il répondre ?
Et Job répondit à Yahvé :
J’ai parlé à la légère : que te répliquerai-je ?
Je mettrai plutôt ma main sur ma bouche.
J’ai parlé une fois, je ne répéterai pas ;
deux fois, je n’ajouterai rien.
Yahvé répondit à Job du sein de la tempête et dit :
Ceins tes reins comme un brave :
je vais t’interroger et tu m’instruiras.
Veux-tu vraiment casser mon jugement,
me condamner pour assurer ton droit ?
As-tu donc un bras comme celui de Dieu,
ta voix peut-elle tonner pareillement ?
10 Allons, pare-toi de majesté et de grandeur,
revêts-toi de splendeur et de gloire.
11 Fais éclater les fureurs de ta colère,
d’un regard, courbe l’arrogant.
12 D’un regard, ravale l’homme superbe,
écrase sur place les méchants.
13 Enfouis-les ensemble dans le sol,
emprisonne-les chacun dans le cachot.
14 Et moi-même je te rendrai hommage,
car tu peux assurer ton salut par ta droite.
15 Mais regarde donc Béhémoth, ma créature, tout comme toi !
Il se nourrit d’herbe, comme le bœuf.
16 Vois, sa force réside dans ses reins,
sa vigueur dans les muscles de son ventre.
17 Il raidit sa queue comme un cèdre,
les nerfs de ses cuisses s’entrelacent.
18 Ses os sont des tubes d’airain,
sa carcasse, comme du fer forgé.
19 C’est lui la première des œuvres de Dieu.
Son Auteur le menaça de l’épée,
20 lui interdit la région des montagnes
et toutes les bêtes sauvages qui s’y ébattent.
21 Sous les lotus, il est couché,
il se cache dans les roseaux des marécages.
22 Le couvert des lotus lui sert d’ombrage
et les saules du torrent le protègent.
23 Si le fleuve se déchaîne, il ne s’émeut pas ;
un Jourdain lui jaillirait jusqu’à la gueule sans qu’il bronche.
24 Qui donc le saisira par les yeux,
lui percera le nez avec des pieux ?
25 Et Léviathan, le pêches-tu à l’hameçon,
avec une corde comprimes-tu sa langue ?
26 Fais-tu passer un jonc dans ses naseaux,
avec un croc perces-tu sa mâchoire ?
27 Est-ce lui qui te suppliera longuement,
te parlera d’un ton timide ?
28 Conclura-t-il une alliance avec toi,
pour devenir ton serviteur à vie ?
29 T’amusera-t-il comme un passereau,
l’attacheras-tu pour la joie de tes filles ?
30 Sera-t-il mis en vente par des associés,
puis débité entre marchands ?
31 Cribleras-tu sa peau de dards,
le harponneras-tu à la tête comme un poisson ?
32 Pose seulement la main sur lui :
au souvenir de la lutte, tu ne recommenceras plus !

Job, Chapitre 41

Ton espérance serait illusoire,
car sa vue seule suffit à terrasser.
Personne n’est assez féroce pour l’exciter,
qui donc, alors, irait me tenir tête ?
Qui m’a fait une avance, qu’il me faille rembourser ?
Tout ce qui est sous les cieux est à moi !
Je ne veux pas taire ses membres,
le détail de ses exploits, la beauté de ses membres.
Qui a découvert par devant sa tunique,
pénétré dans sa double cuirasse ?
Qui a ouvert les battants de sa gueule ?
La terreur règne autour de ses dents !
Son dos, ce sont des rangées de boucliers,
que ferme un sceau de pierre.
Ils se touchent de si près
qu’un souffle ne peut s’y infiltrer.
Ils adhèrent l’un à l’autre
et font un bloc sans fissure.
10 Son éternuement projette de la lumière,
ses yeux ressemblent aux paupières de l’aurore.
11 De sa gueule jaillissent des torches,
il s’en échappe des étincelles de feu.
12 De ses naseaux sort une fumée,
comme un chaudron qui bout sur le feu.
13 Son souffle allumerait des charbons,
une flamme sort de sa gueule.
14 Sur son cou est campée la force,
et devant lui bondit l’épouvante.

...
17 Quand il se dresse, les flots prennent peur
et les vagues de la mer se retirent.
15 Les fanons de sa chair sont soudés ensemble :
ils adhèrent à elle, inébranlables.
16 Son cœur est dur comme le roc,
résistant comme la meule de dessous.

...
18 L’épée l’atteint sans se fixer,
de même lance, javeline ou dard.
19 Pour lui, le fer n’est que paille,
et l’airain, du bois pourri.
20 Les traits de l’arc ne le font pas fuir :
les pierres de fronde se changent en fétu.
21 La massue lui semble un fétu,
il se rit du javelot qui vibre.
22 Il a sous lui des tessons aigus,
comme une herse il passe sur la vase.
23 Il fait bouillonner le gouffre comme une chaudière,
il change la mer en brûle-parfums.
24 Il laisse derrière lui un sillage lumineux,
l’abîme semble couvert d’une toison blanche.
25 Sur terre, il n’a point son pareil,
il a été fait intrépide.
26 Il regarde en face les plus hautains,
il est roi sur tous les fils de l’orgueil.

Job, Chapitre 42,  vers 1-6

Et Job fit cette réponse à Yahvé :
Je sais que tu es tout-puissant :
ce que tu conçois, tu peux le réaliser.
Qui est celui-là qui voile tes plans,
par des propos dénués de sens ?
Oui, j’ai raconté des œuvres grandioses que je ne comprends pas,
des merveilles qui me dépassent et que j’ignore.
(Écoute, laisse-moi parler :
je vais t’interroger et tu m’instruiras.)
Je ne te connaissais que par ouï-dire,
mais maintenant mes yeux t’ont vu.
Aussi je me rétracte
et m’afflige sur la poussière et sur la cendre.
Читать далее:Job, Chapitre 42

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