Paul formule l'essence de la vie chrétienne brièvement et avec densité : si nous vivons par l'esprit, nous devons aussi marcher selon l'esprit (tel est littéralement le texte grec correspondant). Que veut-il donc dire ? La réponse dépend de ce que l'on entend par « vie spirituelle ». Souvent, même des chrétiens entendent par là quelque chose de plus ou moins figuré. Par « esprit », ils comprennent de nouveaux principes de vie ou une vision du monde transformée. On suppose alors que l'un ou l'autre apparaît chez l'homme lorsqu'il devient « spirituel ». Et la vie conforme à ces nouveaux principes ou à cette nouvelle vision du monde est appelée « vie selon l'esprit ».
Or cet esprit, ou plutôt ce souffle dont parle l'apôtre, n'a de rapport direct ni avec des principes ni avec une vision du monde. Bien sûr, l'homme qui vit de ce souffle peut avoir ses principes et sa vision du monde. Et pourvu qu'il reste cohérent, l'un comme l'autre correspondront à la vie qu'il mène. Mais ce qui est premier, c'est tout de même la vie elle-même, et non les principes. La vie selon ce souffle de Dieu dont le Royaume est pénétré. C'est de lui, précisément, de ce souffle, que parle Paul. Ce ne sont pas des principes, ni des règles, ni une vision ou une perception du monde. C'est l'expérience réelle de la présence réelle et vivante de Dieu. L'expérience de cette présence dans sa propre vie, extérieure et intérieure. C'est cela, cette présence, qui fait de l'homme un chrétien. Le contact avec elle rend la vie spirituelle au sens propre.
Bien sûr, une certaine mesure de vie spirituelle était ouverte à l'homme avant même la venue du Christ dans le monde. Car le souffle de vie que Dieu insuffle à l'homme lors de la création est lui aussi une présence. Le souffle de Dieu ne peut être rien d'autre. Et si un tel souffle est en chacun, cela ne signifie qu'une chose : tout homme, indépendamment de ce qu'il pense de ce souffle, ou même du fait qu'il y pense, vit en présence de Dieu. Non pas extérieure, mais intérieure. Et il dépend déjà de l'homme lui-même dans quelle mesure ce souffle donné par Dieu déterminera sa vie, dans quelle mesure elle sera spirituelle au sens propre du mot. Mais le souffle du Royaume, entré dans le monde avec le Christ, n'est pas donné à tous, mais seulement à celui qui a établi avec le Christ des relations réelles et vivantes. C'est pourtant toujours le même souffle, seulement dans une plénitude plus grande, on peut dire absolue. Une plénitude capable de rendre la vie de l'homme spirituelle elle aussi dans toute sa plénitude, jusqu'à la transfiguration complète de la nature humaine, qui en fait une partie intégrante du Royaume.
