Comme on le voit, le messianisme mystique qui se répandait dans les milieux proches de l'Église après l'an 70 ne se rapportait que peu, ou pas du tout...
Comme on le voit, le messianisme mystique qui se répandait dans les milieux proches de l'Église après l'an 70 ne se rapportait que peu, ou pas du tout, à l'histoire sainte. En effet, si le Royaume n'est aucunement lié à notre monde, s'il triomphe dans quelque autre dimension, quel rapport les événements historiques peuvent-ils avoir avec ce triomphe, même s'il s'agit de l'histoire du peuple de Dieu ? Dans un tel contexte, la perception des événements de l'Ancien Testament devait inévitablement changer : comme on le voit, on commençait à les percevoir comme quelque chose qui n'avait aucun rapport avec l'histoire messianique et qui s'était achevé depuis longtemps, bien avant la venue du Sauveur dans le monde. Quelque chose de semblable s'est manifestement produit aussi avec l'image de la terre promise, qui, dans la tradition yahviste comme dans la première tradition juive, était liée à l'image du Royaume messianique : désormais elle n'était perçue que comme une réalité strictement historique, et l'expression « entrer dans le repos de Dieu », qui avait également un sens messianique, n'en vint plus à désigner que l'installation des Juifs en Palestine, où ils s'établirent en cessant d'être un peuple nomade.
L'auteur de l'épître indique avec raison que le repos dont parle la sainte Écriture ne signifie pas seulement l'installation sur une terre et la fin des pérégrinations, mais qu'il s'agit d'un état spirituel qualitativement nouveau, qui ne s'atteint pas par la seule conquête de la terre ; c'est pourquoi il est convaincu que le sens messianique de l'expression « entrer dans le repos » n'est nullement perdu, qu'on peut y entrer encore maintenant, alors que plus d'un millénaire s'est écoulé depuis la conquête par les Juifs de la terre promise par Dieu. Et il appelle ses lecteurs à ne pas perdre ce sens essentiel pour la vie spirituelle (v. 1-3).
Pour l'auteur de l'épître, l'histoire du salut n'est nullement achevée, comme les partisans du messianisme mystique pouvaient peut-être le penser. Dans les textes de l'Ancien Testament, il trouve des indications de cet inachèvement, d'autant plus précieuses qu'elles supposaient le triomphe du Royaume ici, dans notre monde, en voie de transfiguration mais pas encore transfiguré (v. 4-7). L'histoire du salut a commencé, mais elle n'est nullement encore terminée, et ceux qui n'ont pas eu le temps auparavant peuvent encore avoir le temps d'en devenir partie prenante. Mais le temps est court, et il vaut mieux ne pas tarder : car il peut aussi arriver que le prochain appel de Dieu se révèle réellement être le dernier (v. 8-11). Ainsi l'auteur de l'épître rappelle à ses lecteurs l'essentiel : le Royaume qui s'est approché et qui vient, non pas quelque part dans d'autres mondes, mais ici et maintenant.