Le Livre du Lévitique propose une loi assez sévère sur le blasphème, qui prévoit la peine de mort pour ce crime. Une question légitime se pose...
Le Livre du Lévitique propose une loi assez sévère sur le blasphème, qui prévoit la peine de mort pour ce crime. Une question légitime se pose: peut-on alors parler d'un choix pour une personne concrète? Si le blasphème est puni de mort, la foi en Dieu cesse donc d'être un choix et devient une obligation? Dans ce cas, chaque athée devra donc être martyr de son idée?
Si l'on comprend l'athéisme, du moins un athéisme conscient impliquant l'expression ouverte des vues correspondantes, comme un blasphème, alors, évidemment, oui. Parmi les personnes religieuses, dans toute tradition abrahamique, il s'en trouvera certainement qui voudraient voir précisément un blasphème non seulement dans l'athéisme, mais même dans l'agnosticisme. Pour une personne religieuse, un tel désir est tout à fait compréhensible: la religiosité a constamment besoin de défense et de protection, comme toute construction créée par l'homme.
Le yahvisme, cependant, si l'on en parle non comme d'une religion mais comme d'une tradition de la Révélation, n'a pas besoin d'une telle protection, pas plus qu'aucune tradition authentiquement spirituelle. Pourquoi donc le Livre du Lévitique évalue-t-il si durement le blasphème? Avant tout parce que, par blasphème, on n'entend pas du tout ici ce que beaucoup de personnes religieuses entendent aujourd'hui par ce mot. Le mot traduit en russe par «blasphémait» signifie littéralement «injuriait», et cela avec des mots qu'on n'emploie pas dans une société convenable.
Dans le contexte de l'étiquette verbale russe contemporaine, il faut parler ici d'injures de rue, très vraisemblablement obscènes. Cela n'est possible que si l'homme est hors de lui de colère. Il ne saurait évidemment être question ici de débats corrects sur des questions liées à l'existence de Dieu. Et la punition, de toute évidence, ne s'applique que si quelque chose de ce genre se produit publiquement et qu'il est impossible de calmer la personne ou de la ramener à la raison.
Il ne s'agit manifestement pas d'une crise de nerfs accidentelle: il s'agit d'une position impliquant un déchaînement absolu, qui rend l'homme réellement dangereux pour tout croyant, et dangereux mortellement, car dans un tel état un meurtre même devient possible. Ce n'est que pour de tels cas que le Livre du Lévitique prévoit une peine pour le blasphémateur: pour des cas extrêmes, lorsque plus aucune exhortation n'agit.