Jean décrit son état au moment du début de la révélation et de la rencontre avec le Ressuscité par les mots «je fus en esprit au jour du Seigneur» (v. 10; dans la traduction synodale, «au jour de la résurrection»). Il est difficile de dire exactement s’il s’agit du jour du shabbat, ou du dimanche, comme l’interprète la traduction synodale, ou de l’un des jours de fête traditionnels de la tradition judéo-chrétienne. Une seule chose est évidente: ce n’était pas un jour ordinaire.
L’expression «être en esprit» est traditionnellement utilisée, déjà depuis les premiers prophètes, pour désigner des états extatiques particuliers, où la proximité de Dieu est vécue directement, où l’homme ressent Sa présence comme une rafale de vent venue du dehors, ou comme un puissant souffle qui pénètre à l’intérieur et se confond avec sa propre respiration. En même temps, Jean, comme on le voit, entend la voix du Ressuscité, qui Se nomme «l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier», et qui lui ordonne d’écrire ce qu’il a vu et de l’envoyer, évidemment pour lecture et étude, aux Églises d’Asie Mineure auxquelles le ministère de l’apôtre était principalement lié (v. 10-11).
En se retournant, Jean voit le Sauveur ressuscité et Le reconnaît, bien qu’Il n’ait pas du tout l’aspect qu’Il avait pendant ces quarante jours après la résurrection, lorsqu’Il communiquait avec les disciples et que Jean avait dû Le voir pour la dernière fois. Maintenant Son aspect rappelle moins les premiers jours après la Résurrection que la Transfiguration: c’est précisément ainsi, resplendissant de la lumière de l’humanité transfigurée, que Pierre, Jacques et Jean L’avaient vu sur le mont Thabor (v. 12-15; cf. Mt 17:1-2). Une telle transformation n’est manifestement pas fortuite: juste après la Résurrection, l’histoire du Royaume n’avait pas encore commencé, et le Sauveur Lui-même n’y avait pas encore pris Sa place. Maintenant, après l’Ascension et la Pentecôte, le Royaume est entré dans le monde, et Jésus est apparu devant Son apôtre déjà comme Sa tête, placé par Son Père céleste à la place qu’Il avait préparée pour Son Fils dès avant la création du monde. Quant à l’Église, sa tâche dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore transfiguré jusqu’au bout, consiste à sanctifier ce monde de la même manière qu’avant la venue du Christ le sanctifiait cette présence de Dieu dont Dieu avait béni Son peuple. Désormais ce rôle est donné à l’Église, qui, selon le dessein de Dieu réalisé par le Messie envoyé par Lui, doit devenir l’expression vivante et l’incarnation du Royaume ouvert au monde, afin que quiconque cherche puisse y prendre part.
C’est pourquoi Jean voit Jésus vêtu d’un podèrès, c’est-à-dire d’un vêtement sacerdotal, sur le fond de la ménorah, le chandelier sacré à sept branches qui se trouvait dans le Temple et d’après le modèle duquel sont faits les luminaires spéciaux encore utilisés aujourd’hui dans les synagogues. Et de même que la lumière de la ménorah symbolise l’éclat de la présence de Dieu, dans la vision de Jean la lumière de la ménorah, sur le fond de laquelle Jésus se présente devant l’apôtre, symbolise cette lumière de la vie nouvelle dont resplendit le Ressuscité et dont doit être pénétrée la vie de l’Église qui sanctifie le monde. Mais, comme on le voit, avec les communautés ecclésiales concrètes tout n’est pas si simple, et Jésus, par Son apôtre, leur transmet quelque chose d’important pour leur vie spirituelle et leur témoignage (v. 17-20).
