La réponse de Jésus à la demande de Ses proches qui voulaient Le voir peut paraître trop dure. Pourtant, dans d’autres cas, Il érige cette dureté en principe : celui qui ne...
La réponse de Jésus à la demande de Ses proches qui voulaient Le voir peut paraître trop dure. Pourtant, dans d’autres cas, Il érige cette dureté en principe : celui qui ne hait pas son père et sa mère, dit-Il, ne pourra pas être Mon disciple. Bien sûr, il faut comprendre ici la haine au sens biblique, dans un sens plus large que celui auquel nous sommes habitués. Pour nous, la haine est inséparable du désir de détruire ce qui est haï, de faire en sorte que cela disparaisse de la surface de la terre. Dans la Bible, la haine peut être cela aussi, mais pas toujours : souvent, elle suppose seulement le désir d’exclure quelque chose de sa propre vie, en cessant complètement toute interaction avec ce qui est haï ou, s’il s’agit de personnes, toute relation.
Cela signifie-t-il que Jésus veut exclure Ses proches de Sa propre vie et conseille la même chose aux autres ? À première vue, on pourrait croire que c’est bien le cas. Bien sûr, s’il s’agit de Lui-même et, dans certains cas, de tel ou tel de Ses disciples, un tel choix peut être considéré comme le seul possible : ce sont simplement les particularités du service et du chemin, qui excluent toute relation familiale ou de parenté. L’histoire et la pratique chrétiennes connaissent un tel chemin, même si l’appel à celui-ci est un phénomène assez rare ; il ne s’agit pas ici de la règle, mais de ses exceptions.
Cependant, il y a aussi autre chose ici : la négation du caractère absolu et de la valeur en soi des liens et des relations naturelles de parenté. Pour l’humanité déchue, la parenté, surtout la parenté de sang, est l’un des principaux liens psychophysiques sur lesquels beaucoup de choses reposent. La physiologie y forme un alliage solide avec le psychisme inférieur propre à l’homme déchu, et cet alliage unit les proches en un seul tout ; parfois eux-mêmes n’en sont pas heureux, mais ils ne peuvent absolument rien y faire, car la nature de l’homme déchu est d’ordinaire plus forte que son esprit.
De tels liens sont absolument incompatibles avec le Royaume et sa vie, ce dont Jésus témoigne avec toute la fermeté possible. Ils sont incompatibles non parce qu’une telle parenté serait mauvaise en soi, mais parce que les relations de ce genre et les liens qui les engendrent restent d’ordinaire très peu conscients pour les personnes mêmes qui y sont liées ; leur composante spirituelle, si elle n’est pas égale à zéro, tend donc vers zéro. Les relations doivent devenir autres, elles doivent être déterminées non par le sang, mais par l’esprit ; alors elles deviendront aptes au Royaume. Ce sera pourtant déjà une autre parenté, qui ne se réduit pas à la seule nature, une parenté consciemment édifiée par ceux qui la veulent et y aspirent.