Le livre du Deutéronome n'a pas reçu son nom par hasard. Par souci de justice, il faut remarquer que ce nom lui a été donné par les traducteurs qui ont traduit le texte hébreu du Pentateuque en grec au IIe siècle av. J.-C. ; pourtant ce nom s'est révélé très heureux : il s'agit...
Le livre du Deutéronome n'a pas reçu son nom par hasard. Par souci de justice, il faut remarquer que ce nom lui a été donné par les traducteurs qui ont traduit le texte hébreu du Pentateuque en grec au IIe siècle av. J.-C. ; pourtant ce nom s'est révélé très heureux : il s'agit d'une seconde loi, d'une nouvelle variante de la Torah, apparue plus tard que la première, ancienne, que nous trouvons dans le livre de l'Exode. Les biblistes parlent de l'origine tardive du livre du Deutéronome ; son auteur, lui, rattache son texte au temps de Moïse, mais, quoi qu'il en soit, on suppose en tout cas que les lois que nous trouvons dans le livre du Deutéronome apparaissent plus tard que celles contenues dans le livre de l'Exode.
La législation se développe : c'est l'essentiel, et tout le reste n'est que détails historiques qui ne changent pas le fond de l'affaire. Si la Torah peut changer avec le temps, il n'est déjà plus si important qu'il s'écoule quarante ans ou six siècles d'un changement à l'autre : ce qui importe, c'est le fait même du changement de la Torah, de son développement, de son devenir dans le processus de l'histoire. Le livre du Deutéronome, ses premiers chapitres introductifs contenant un aperçu historique du chemin parcouru par le peuple, témoigne précisément d'un tel développement de la Torah. Ici, la législation est précédée par la description du chemin parcouru, à l'issue duquel elle est donnée.
La Torah change conformément à ce chemin, et en même temps elle le détermine, lui donne un sens sans lequel tout le chemin parcouru par le peuple n'aurait rien valu. On pourrait dire qu'en un certain sens, la Torah elle-même devient chemin : le chemin du peuple devant Dieu, dont le chemin extérieur, géographique et historique, est la forme extérieure. Le chemin de la Torah ne peut exister sans elle, mais elle-même, sans la Torah comme son noyau spirituel, ne reste qu'une enveloppe vide. Il n'y a pas d'histoire sans la Torah, du moins pas d'histoire du peuple de Dieu en tant que peuple de Dieu précisément.
Mais il n'y a pas non plus de Torah hors de l'histoire, car même si l'on considère la Torah seulement comme une législation ou seulement comme un code moral, elle est impensable sans les hommes qui l'accompliront, hors du contexte de leur histoire, de leur chemin spirituel et vital. La Torah s'incarne dans l'histoire, avant tout dans l'histoire du peuple de Dieu, et en même temps elle devient cette force qui donne à l'histoire sa forme et sa qualité spirituelles, la remplissant de sens, non pas de sens humains passagers, mais du sens de Dieu, éternel et impérissable, celui qui relie l'histoire terrestre au Royaume.