L'Évangile parle peu de ce qu'est « la vie après la vie », et ce silence tient très probablement au fait que le chemin vers le ciel passe par la terre, où il nous faut vivre conformément à notre vocation. Mais voici devant nous un récit qui entrouvre le voile mystérieux ; pourtant, ici encore, ce ne sont pas les détails de l'existence d'outre-tombe, évoqués brièvement, qui se trouvent au centre de notre attention, mais le sens du récit appliqué à notre vie.
Et voici que nous voyons un homme qui, ayant vécu sans réfléchir pour son propre plaisir, se retrouve en enfer, parce qu'il a déjà tout reçu dans la vie terrestre. On pourrait se demander : qu'avait-il donc fait de mal ? Certes, il ne nourrissait pas Lazare, qui gisait près de sa maison comme un sans-abri sale, mais on ne peut pas nourrir tout le monde. On ne dit rien d'autre de mauvais à propos de ce riche ; il n'est pas mentionné qu'il ait dépouillé ou égorgé quelqu'un. Alors pourquoi est-il allé en enfer ?
Il ne faut sans doute pas demander « pour quoi », mais « pourquoi » : non parce qu'il profitait des plaisirs terrestres, mais parce qu'ils lui ont caché Dieu. De même que les mêmes substances peuvent, selon la dose et les proportions, être à la fois remède et poison, de même les dons que le Seigneur a créés pour satisfaire nos besoins peuvent devenir funestes si, à cause d'eux, nous cessons de voir le Créateur.
Et ce récit contient encore une prophétie importante : si les hommes n'écoutent pas des paroles prophétiques bien connues, ils ne croiront pas non plus Celui qui ressuscitera d'entre les morts. Jusqu'à présent, ceux qui espèrent une vie sans fin au milieu du luxe terrestre ont du mal à croire au Ressuscité. Mais, descendu aux enfers, Il a franchi le grand abîme qui, jusque-là, était infranchissable.
