Le sacrifice, chez tous les peuples de l'Antiquité, demeurait la forme principale de la communion avec le divin, qu'il s'agisse de l'Unique ou des dieux païens. Ainsi, dans le parvis de la Demeure...
Le sacrifice, chez tous les peuples de l'Antiquité, demeurait la forme principale de la communion avec le divin, qu'il s'agisse de l'Unique ou des dieux païens. Ainsi, dans le parvis de la Demeure, on prévoyait un autel spécial qui, comme toute la Demeure, était assez léger pour être déplacé, au besoin, avec la tente.
Le parvis était nécessaire: les sacrifices se faisaient toujours à ciel ouvert; à l'intérieur, surtout dans une tente, allumer un feu sacrificiel aurait été pour le moins problématique. En même temps, les autels apparaissaient d'ordinaire non là où cela convenait aux hommes, mais là où la force divine s'était manifestée d'une manière ou d'une autre, qu'il s'agisse de la force d'un dieu ou d'un esprit païen, ou de la force de l'Unique. C'est précisément ce qu'on appelait dans l'Antiquité des lieux saints: la force divine les sanctifiait.
Si un lieu n'était pas saint, il n'avait pas de sens d'y construire un autel: on supposait que les dieux et les esprits ne visitaient que des lieux familiers, où l'on pouvait les rencontrer. Les premiers autels yahvistes en Palestine apparurent selon le même principe: il fallait une théophanie, une manifestation de Dieu, pour qu'un autel soit dressé à cet endroit. Il y avait là encore beaucoup de paganisme, mais la conscience humaine ne change pas très vite. Il faut aussi tenir compte du fait qu'avant la venue du Christ, Dieu n'était réellement pas présent partout, qu'il choisissait alors les lieux de sa présence, du point de vue humain, à peu près comme le faisaient les dieux et les esprits païens.
En réalité, Dieu avait son propre plan concernant les lieux où il manifestait sa présence, et ce plan n'avait rien à voir avec des considérations humaines; mais pour l'homme, il semblait parfois que Dieu apparaissait arbitrairement tantôt ici, tantôt là, à la manière des dieux et des esprits païens. Quant au Sinaï, là, comme en Égypte, il ne pouvait par définition y avoir d'autels yahvistes traditionnels.
Ni l'Égypte ni le Sinaï n'étaient la terre de Dieu au sens où l'était la terre promise par Dieu à Abraham. La présence de Dieu n'était «chez elle» que là-bas, sur la terre de Dieu, destinée par Dieu à son peuple. Dans le désert, Dieu accompagne son peuple sans y avoir de demeure permanente, comme ceux qu'il conduit n'en ont pas non plus. C'est pourquoi seul un sanctuaire de marche y est possible, jusqu'à l'arrivée dans cette terre dont il avait été promis à Abraham qu'elle appartiendrait à ses descendants.