La lecture d'aujourd'hui nous propose un chant écrit par le prophète dans le genre de la lamentation funèbre. On pourrait penser qu'un homme qui comprend parfaitement les causes spirituelles de ce qui arrive devrait supporter plus facilement que les autres le malheur qui s'est abattu sur son peuple et son pays, d'autant qu'Ézéchiel, contrairement à beaucoup de ses contemporains, savait que l'histoire du peuple juif n'était pas encore terminée, qu'il avait un avenir et que les exilés de Babylone avaient une espérance. Mais, bien sûr, si une telle connaissance atténue la douleur, elle n'en délivre pourtant pas complètement.
Humainement, la lamentation du prophète sur Jérusalem et sur le peuple est tout à fait compréhensible. Mais il ne s'agit pas simplement d'un épanchement des sentiments d'Ézéchiel lui-même : c'est Dieu en personne qui le pousse à pleurer sur le peuple (v. 1). Une question se pose alors : pourquoi Dieu a-t-Il besoin de la lamentation d'Ézéchiel ? Dieu n'est pas un homme et Il connaît assurément à la perfection tout ce qui concerne le destin historique de Son peuple, d'autant que ce destin est entièrement entre Ses mains. Et pourtant Dieu pleure sur Son peuple, Il pleure en Ézéchiel. Le temps viendra où, devenu Homme, Il pleurera sur Jérusalem avec des larmes littéralement humaines.
Mais maintenant, tant que ce temps n'est pas encore venu, Il pleure en Ézéchiel. Aucune élévation ni aucun accomplissement spirituel futur, pas même la Venue du Christ, n'atténuent la douleur de ceux qui souffrent ici et maintenant, de même que la plénitude à venir du Royaume n'atténue pas la douleur de ceux qui souffrent du mal et du péché dans lesquels gît le monde, ce monde qui n'est pas encore entré en contact avec le Royaume. Ces larmes et cette douleur ne dévalorisent pas le Royaume, mais elles dévalorisent toute théodicée, toutes les affirmations selon lesquelles « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Le Royaume ne devient possible que parce que toute douleur s'y apaise. Mais la douleur en elle-même n'a aucun sens, et les théologiens ne devraient guère chercher ce qui n'existe pas. Même Dieu ne voit aucun sens dans la douleur elle-même. Mais Il sait comment consoler chacun et essuyer toute larme. Et dans le Royaume Il le fera. En attendant, Il pleure en regardant la douleur humaine. Pour le moment, par les yeux de Son prophète. Mais le jour viendra où Il pleurera par les yeux de Son Fils.
