Poursuivant le thème du Royaume et de l’unité spirituelle de l’homme, Paul attire l’attention...
Poursuivant le thème du Royaume et de l’unité spirituelle de l’homme, Paul attire l’attention sur le fait que le Royaume, bien qu’il soit déjà entré dans le monde, ne s’y est pas encore révélé jusqu’au bout. C’est pourquoi les fidèles ne connaissent pas encore le Royaume dans toute sa plénitude, qu’il ne leur reste pour l’instant qu’à espérer (v. 24-25). Il semblerait qu’ils puissent être tranquilles en ce qui concerne les promesses qui leur ont été données par le Sauveur. Selon les représentations généralement admises à cette époque parmi les rabbins savants, le peuple de Dieu (comme le Messie Lui-même) avait été conçu par Dieu avant même la création du monde. Paul applique cette représentation à l’Église, voyant en elle le nouveau peuple de Dieu, et il considère tous ceux qui lui appartiennent comme ceux qui, par la miséricorde de Dieu, se sont trouvés inclus dans ce dessein qui leur garantit l’obtention de la plénitude du Royaume (v. 28-30).
S’il en est ainsi, alors tous ceux que Dieu, par Jésus Christ, a conduits dans l’Église peuvent réellement être tranquilles : ils sont entrés au nombre de ceux dont le chemin a été déterminé par Dieu dès le commencement des temps. Mais, d’autre part, tant que le Royaume ne s’est pas révélé dans toute sa plénitude, le mal domine encore en partie le monde. L’unité n’existe pas encore ; elle n’existe pas seulement dans la nature humaine, mais dans la création tout entière, de sorte que, jusqu’à la transfiguration complète du monde, non seulement l’homme mais aussi toute la création restante est condamnée à souffrir (v. 18-21). Ce n’est pas par hasard que l’apôtre, parlant du corps, revient à la notion de « rédemption », plus exactement de rachat : de même qu’un esclave ne peut recevoir la liberté que si on le rachète pour le rendre libre, de même le corps doit être « racheté », libéré de cette dépendance servile dans laquelle le péché le tient (v. 22-23).
Dans une telle vision, le péché devient non seulement une faute, mais aussi le malheur de l’homme qui, de tout son cœur, voudrait recevoir le Royaume dans toute sa plénitude, mais ne peut le faire tant que le Sauveur ne l’a pas libéré, de même qu’un esclave, malgré tout son désir, ne peut se libérer de l’esclavage si on ne le rachète pas. Ceux qui sont entrés dans l’Église et ont participé au Royaume reçoivent une sorte d’avance, mais ils ne la reçoivent pas sans raison : ce don devient la conséquence du choix qu’ils ont fait, après lequel la souffrance devient inévitable dans la mesure où le monde gît dans le mal (v. 17-18). L’avance reçue leur permet de participer au Royaume déjà au moment où, semble-t-il, ils ne sont encore prêts à rien de tel, car le péché niche encore dans leur nature. Mais désormais toute leur vie, dans son ensemble, est déjà déterminée par la volonté du Sauveur et se déroule selon les lois du Royaume, de sorte que l’opposition au péché dans lequel gît le monde devient en même temps pour eux une opposition à leur propre péché. C’est pourquoi le Ressuscité ne condamne déjà plus Ses fidèles pour leurs péchés (v. 31-34). Comme on le voit, la relation de l’homme avec Dieu et avec le Messie qu’Il a envoyé n’est déterminée que par son propre choix ; et si ce choix est fait correctement, rien ne peut plus l’arracher au Christ et au Royaume (v. 35-39). Pas même son propre péché, pas encore entièrement surmonté.