Quand il s’agit des fêtes yahvistes, on ne peut jamais être sûr s’il est question de quelque chose de strictement agricole ou de réalités bien plus profondes. Il en va de même dans le passage d’aujourd’hui...
Quand il s’agit des fêtes yahvistes, on ne peut jamais être sûr s’il est question de quelque chose de strictement agricole ou de réalités bien plus profondes. Il en va de même dans le passage d’aujourd’hui: il y est, de toute évidence, mentionné la fête des premiers fruits, qui s’appelle en hébreu Chavouot et que nous appelons habituellement Pentecôte. Cependant, dans ce cas, elle se trouve liée à quelque chose qui dépasse clairement le simple cadre de la consécration des premiers fruits. Il s’agit ici de la consécration non seulement des fruits, mais de toute la terre, du peuple qui y vit, et du chemin par lequel Dieu a conduit Son peuple vers la terre qu’Il lui avait destinée.
Il en résulte que ce chemin doit être consacré encore et encore chaque année, comme si on le renouvelait: non seulement la terre qui fut acquise au terme du chemin, mais le chemin lui-même. Certains biblistes estiment que le texte de ce chapitre, en tout ou en partie, était à l’origine rituel, lié à la fête de Chavouot. Il est difficile de dire sans ambiguïté s’il en est ainsi ou non, mais, en tout cas, il est évident que nous avons devant nous une interprétation de la fête, apparue peut-être assez tôt, peut-être dès l’époque des premiers rois.
Son apparition n’a rien d’étrange. En effet, Dieu crée tout ce qu’Il crée dans la plénitude de Son grand monde, où il n’y a rien de passager ni de temporaire au sens où nous l’entendons. Bien sûr, même le grand monde de Dieu n’est qu’une création, et il existe dans le temps, non hors du temps comme le Créateur; mais ici, l’existence dans le temps suppose une relation avec cette plénitude des temps où rien ne disparaît sans laisser de trace ni ne s’en va dans un passé qui n’existe plus, comme cela se produit dans notre petit monde séparé du grand monde de Dieu. Pour nous, le passé n’est plus actuel si nous n’utilisons pas ses acquis dans le présent; pour Dieu, dans Son grand monde, il est toujours actuel. Pour Lui, cette dynamique qui n’est actuelle pour nous qu’une seule fois, au moment où tels ou tels événements se produisent sous nos yeux et avec notre participation, est toujours actuelle. Voilà ce que la consécration du chemin nous rappelle: le grand monde de Dieu, le fait que pour Dieu il est un éternel présent, même s’il nous semble que le chemin est déjà dans le passé. Dieu nous appelle à vivre dans le présent de Son grand monde, car c’est précisément une telle vie sur Sa terre qu’Il a promise à Son peuple.