Pierre parle ici avant tout de sa propre expérience de communion avec le Christ. Mais il ne pense pas seulement au fait d'avoir été avec Jésus pendant son ministère terrestre. L'apôtre attire surtout l'attention sur son expérience liée à...
Pierre parle ici avant tout de sa propre expérience de communion avec le Christ. Mais il ne pense pas seulement au fait d'avoir été avec Jésus pendant son ministère terrestre. L'apôtre attire surtout l'attention sur son expérience au mont Thabor, sur l'expérience de la Transfiguration. Et sur sa rencontre avec Jésus ressuscité, qui lui avait prédit qu'il mourrait en martyr. Ce sont précisément ces paroles du Sauveur, adressées à Pierre après sa résurrection, que l'apôtre se rappelle lorsqu'il dit qu'il devra bientôt « quitter cette demeure », désignant manifestement son corps physique et donc sa vie terrestre.
Pour l'apôtre, comme on le voit, l'essentiel n'est pas l'expérience de la simple proximité avec Jésus, mais celle de vivre avec lui la réalité du Royaume qu'il a apporté dans le monde. La Transfiguration comme la Résurrection sont des expériences du Royaume, et c'est sur elles que Pierre concentre son attention. Il témoigne en premier lieu de sa propre expérience du Royaume — comme le font d'ailleurs tous les apôtres, car le christianisme n'est rien d'autre que la vie dans le Royaume.
Mais, à côté de sa propre expérience, Pierre en invoque une autre : celle des prophètes. C'est l'expérience qui se reflète dans la Sainte Écriture des Juifs — les livres prophétiques faisant déjà partie de la Sainte Écriture du judaïsme à l'époque évangélique. C'était une référence à la fois à la Sainte Écriture et à la Tradition, car la Tradition se fondait sur les livres prophétiques non moins que sur la Torah. Pour Pierre, toutefois, la Tradition est inconcevable sans ce que l'on appelle parfois aujourd'hui sa composante charismatique. Pour interpréter correctement les textes des livres prophétiques, il faut avoir la même expérience spirituelle que les prophètes, ou du moins une expérience semblable. Autrement, on n'arrivera à rien.
Telle est l'essence de la véritable Tradition, avec un T majuscule : il est impossible de la conserver comme on conserve des aliments enfermés dans un bocal. Pour la Tradition avec un T majuscule, conserver signifie recréer et revivre, en rendant présent ici et maintenant ce que les auteurs des textes concernés avaient vécu en leur temps. La véritable Tradition devient alors une partie de l'expérience du Royaume et, par conséquent, une partie de la nouvelle Tradition, désormais chrétienne. Elle devient aussi une partie de l'expérience de l'Église, car l'Église est le Royaume sur la terre.