En commençant son épître à l'Église d'Éphèse, Paul décrit dès la première phrase le sens du christianisme comme révélation et comme chemin spirituel. Pour l'apôtre, l'Église comme nouveau peuple de Dieu a été conçue par Dieu avant même la création du monde. La tradition juive regarde ainsi le peuple juif: lui, comme le Messie, a été conçu par Dieu avant la création du monde. Paul, comme on le voit, applique cette vision traditionnelle à l'Église comme nouveau peuple de Dieu et comme ce reste messianique dont parlaient déjà les prophètes d'avant l'exil. Il s'agit, bien sûr, de la prédestination de l'existence de l'Église dans son ensemble, et non du destin d'une personne particulière, qui dans tous les cas reste libre, de même que, du point de vue du judaïsme traditionnel, la prédestination de l'existence du peuple de Dieu comme tout ne prédétermine pas le destin de ses représentants concrets.
Mais si une personne accueille le Christ et Le suit, elle prend part à la réalité conçue par Dieu avant même la création du monde. Et cette participation se réalise par la participation à la vie du Messie Lui-même, qui a apporté le Royaume dans le monde et en qui la volonté du Père est révélée au monde aussi clairement et dans une plénitude aussi grande qu'elle peut l'être à travers un homme. Suivre la volonté de Dieu est difficile, mais lorsque ta vie est unie à la vie de Celui qui a accueilli et accompli la volonté de Dieu dans toute sa plénitude, même l'impossible devient possible.
D'autant plus qu'en Christ est entrée dans le monde aussi la plénitude du Royaume, à laquelle Il fait participer chacun de ceux qui se confient à Lui. Cela signifie que quiconque Le suit reçoit aussi la possibilité d'une transformation complète de sa propre nature humaine et de la délivrance du pouvoir du péché. C'est précisément en ce sens que l'apôtre parle du pardon des péchés et de la rédemption par le sang. Bien sûr, une telle transformation de la nature humaine est un processus divino-humain: l'homme y participe avec Dieu; il faut ici la sagesse et la compréhension («intelligence») mentionnées par Paul, mais le gage du succès se révèle être cette participation à la vie du Royaume que l'apôtre appelle «la promesse de l'Esprit Saint». Tel est le chemin chrétien que Paul rappelle aux chrétiens d'Éphèse comme en passant, comme une chose allant de soi.
