42 Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts: on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l'incorruptibilité; |
43 on est semé dans l'ignominie, on ressuscite dans la gloire; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force; |
44 on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel. |
Parlant de la résurrection des morts, Paul souligne qu’il ne s’agit pas d’un événement momentané, mais d’un processus, dans lequel est impliquée toute l'humanité du moment de l'arrivée au monde du Sauveur. En effet, Matthieu mentionne dans son évangile qu’on a vu les premiers ressuscités à Jérusalem le jour de la crucifixion. Et si avant on parlait de la résurrection, comme de quelque chose, qui attendait l'humanité dans le futur, Paul parle d’elle comme d’un processus spirituel qui est en cours. Ce n’est pas par hasard qu’il parle de la semaille, qui se passe en son temps : car le Royaume a aussi commencé à transformer le monde dans son temps, juste après la Pentecôte. Mais les résultats de ce processus seront vus par tous seulement lorsqu’il s'achèvera.
L'essence et le sens de ce processus sont décrits par l’apôtre, comme le changement de la qualité de la nature humaine du non transformé au transformé. C’est notamment dans ce sens qu’il parle du corps «psychique» et du corps «spirituel». Probablement, sous «le psychisme» Paul a en vue dans ce cas pas ce qu’on aurait pu penser, tenant en compte les connotations sémantiques du mot correspondant grec, mais ce que sous-entend son équivalent juif : la force vive, grâce à laquelle l’homme ne meurt pas, ne va pas dans le monde des ténèbres, mais reste dans le monde des vivants.
Une telle force vive, peu importe avec quoi elle s’associait dans différents livres de l'Ancien Testament, reste au début purement naturel, telle que l’est d'ailleurs aussi toute vie psychique. Comme on voit, en parlant du «corps psychique», l'apôtre a en vue la vie naturelle de l’homme dans toute sa plénitude et dans toutes les manifestations, physique, tout comme psychique. Cette vie «est semée» par les témoins du Royaume, l’apportant au monde. L'image de semis est tout à fait opportune ici : car Jésus aussi Lui-même, parlant du Royaume, a bien des fois fait recours à l'image du semeur et de la semence, voulant dire cette entrée du Royaume dans le monde, qui est impossible sans la participation active à ce processus de ses habitants : car c’est notamment eux qui deviennent ces témoins, sans qui on ne peut parler d’aucun élargissement des frontières du Royaume dans notre monde se transformant, mais pas encore transformé.
Et tant que le monde n'est pas encore transformé jusqu'à la fin, on ne peut parler que d’une vie naturelle avec toutes ses restrictions si expressivement décrites par l'apôtre. Les témoins du Royaume se transforment aussi de la même façon que tous les autres gens, avec cette seule différence que, étant devenu une partie du Royaume déjà maintenant, ils sont impliqués dans le processus, qui pour les autres, se trouvant encore en dehors de lui, est encore en avant. Quand la transformation du monde s'achèvera, au jour du retour du Sauveur, s'achèvera aussi leur transformation, et alors leur nouvelle nature qui est devenue une partie du Royaume révélé jusqu'à la fin, deviendra évidemment et clairement visible pour tous.
42 Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts: on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l'incorruptibilité; |
43 on est semé dans l'ignominie, on ressuscite dans la gloire; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force; |
44 on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel. |
Lorsque Paul parle de la résurrection, il ne parle pas du tout de l'immortalité de l'âme ni d'une quelconque autre immortalité partielle. En réalité, l'idée de l'immortalité de l'âme n'avait alors rien de nouveau : les Égyptiens en parlaient, les Grecs aussi, à leur manière et un peu autrement les Indiens, et chez d'autres peuples encore, même s'il n'existait pas de doctrine développée de l'immortalité de l'âme, il y avait pourtant une représentation vague selon laquelle l'homme ne meurt pas tout entier ni complètement, et que le monde des ombres n'est peut-être pas le seul destin possible de ceux qui ont quitté le monde des vivants.
Mais dans toute représentation de ce genre était toujours présente l'idée d'une certaine existence résiduelle de l'homme. La mort était conçue comme une catastrophe inévitable de l'homme dans son état présent, comme la perte d'une partie de la personne humaine, avec cependant la conservation de son noyau, de sorte que l'homme ne perd ni la mémoire ni la conscience de soi.
C'est précisément ce qui distinguait toutes les représentations de l'immortalité de l'âme existant dans l'Antiquité des représentations plus anciennes du monde des ombres : là, dans le monde des ombres, l'homme perdait justement la mémoire de la vie terrestre, et la conscience de soi n'y brillait qu'à peine. Les représentations d'un principe personnel immortel étaient liées à l'espérance de la continuation de la vie après la mort du corps, d'une immortalité certes réduite, mais tout de même immortalité, et de plus personnelle, dans laquelle l'homme, même privé de corps, demeure pourtant lui-même dans l'essentiel.
Paul, lui, a en vue quelque chose de plus. Il ne parle pas de conserver quelque chose de la personne humaine afin que ce reste vive éternellement, mais précisément d'une vie pleine, d'une vie dans le corps, celle à laquelle l'homme est appelé dès le commencement, car Dieu a créé l'homme dans l'unité de l'esprit et de la nature, de l'âme et du corps.
Bien plus : il s'agit non seulement de conserver l'homme, mais aussi de le transfigurer, de changer qualitativement la nature humaine sous l'action du souffle du Royaume à mesure que l'homme entre toujours davantage dans sa vie. Il ne s'agit déjà plus d'un après-mort, mais de la plénitude de la vie, telle que, par comparaison, notre existence actuelle pourrait être appelée une pré-vie. Et le commencement du mouvement vers cette plénitude est lié à l'entrée de l'homme dans l'Église et à la première expérience du Royaume que le chrétien reçoit au moment de cette entrée.
Mais le commencement n'est pas encore la fin ; le chemin du chrétien ne se limite pas à sa seule étape terrestre. À proprement parler, en ce qui concerne le Royaume, on peut à peine parler d'après-mort au sens préchrétien du terme : il inclut en effet la vie et le chemin du chrétien tout entiers, à toutes leurs étapes, aussi bien l'actuelle que toutes les suivantes. C'est cette vie unique que l'apôtre a en vue lorsqu'il parle du corps naturel, « psychique », et du corps spirituel. La plénitude de la vie, naturelle et spirituelle, et non l'immortalité de l'âme, voilà ce qui nous attend au bout du chemin. Ce chemin que l'apôtre ne cesse de rappeler aux destinataires de sa lettre.
35 Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils? Avec quel corps reviennent-ils? |
36 Insensé! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s'il ne meurt. |
37 Et ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre plante; |
38 et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier. |
39 Toutes les chairs ne sont pas les mêmes, mais autre est la chair des hommes, autre la chair des bêtes, autre la chair des oiseaux, autre celle des poissons. |
40 Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres, mais autre est l'éclat des célestes, autre celui des terrestres. |
41 Autre l'éclat du soleil, autre l'éclat de la lune, autre l'éclat des étoiles. Une étoile même diffère en éclat d'une étoile. |
42 Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts: on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l'incorruptibilité; |
43 on est semé dans l'ignominie, on ressuscite dans la gloire; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force; |
44 on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel. |
45 C'est ainsi qu'il est écrit : le premier homme, Adam, a été fait âme vivante ; le dernier Adam, esprit vivifiant. |
46 Mais ce n'est pas le spirituel qui paraît d'abord; c'est le psychique, puis le spirituel. |
47 Le premier homme, issu du sol, est terrestre, le second, lui, vient du ciel. |
48 Tel a été le terrestre, tels seront aussi les terrestres; tel le céleste, tels seront aussi les célestes. |
49 Et de même que nous avons porté l'image du terrestre, nous porterons aussi l'image du céleste. |
50 Je l'affirme, frères: la chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu, ni la corruption hériter de l'incorruptibilité. |
Poursuivant le discours sur la résurrection universelle, Paul, comme s'il polémiquait avec un adversaire inconnu de nous, met particulièrement l'accent sur le fait que la résurrection est impossible sans un changement qualitatif de la nature humaine, que le langage biblique appelle transfiguration. Il semble que beaucoup de païens récemment convertis au Christ regardaient encore la résurrection de manière païenne, et une question tout à fait raisonnable surgissait chez eux: la résurrection ne sera-t-elle pas quelque chose de contre nature, une sorte de mouvement en arrière, comme si, par exemple, un fleuve se mettait soudain à couler vers sa source au lieu de son embouchure (v. 35)?
En répondant à cette question, l'apôtre indique que la mort n'est pas l'achèvement du chemin ni le début de la dégradation, mais seulement l'une des étapes de ce mouvement spirituel qui s'achève par la pleine transfiguration de l'homme qui suit le Christ et participe à la vie du Royaume (v. 36-38). Tout le monde créé par Dieu a rapport à ce que l'on appelle la «gloire», par laquelle la Bible entend la présence de Dieu, même si la mesure de cette «gloire» est propre à chaque créature (v. 39-41). Tout peut être transfiguré et sera transfiguré à la fin des temps, et la mesure de gloire déterminera la place et la qualité de chaque créature de Dieu dans le monde nouveau, transfiguré. Quant à l'homme, il a dans le Royaume son chemin particulier. La transfiguration de l'homme suppose le passage par la mort et son dépassement (v. 42-44).
Le chemin de l'homme à cet égard ressemble au chemin terrestre du Sauveur Lui-même, qui est Lui aussi passé par la mort afin que le Royaume puisse entrer dans notre monde, qui n'est pas encore transfiguré. En parlant du «corps psychique», l'apôtre a manifestement en vue cette nature humaine non transfigurée et blessée par le péché, qui vit principalement d'une vie naturelle, reléguant au second plan la vie de l'esprit. Mais cet état de l'homme est temporaire, car Dieu a créé l'homme dès le commencement afin de lui donner le Royaume dans toute sa plénitude. La chute a retardé et ralenti l'accomplissement de cette tâche, mais ne l'a pas annulée, et le chemin terrestre de l'homme n'a de sens que lorsqu'il est orienté vers le Royaume et s'achève en lui (v. 45-49). Or la transfiguration de la nature humaine est une étape nécessaire de ce chemin, car la nature, y compris la nature humaine, dans son état actuel, n'est pas apte au Royaume et n'y entrera pas (v. 50). Le Royaume n'est pas une forme chrétienne particulière d'existence après la mort, comme le pensaient sans doute certains chrétiens de Corinthe, mais la plénitude de la vie qui s'ouvre à l'homme au terme du chemin, après la transfiguration et le renouvellement. Une vie accessible à chacun déjà dans ce monde en voie de transfiguration, bien qu'il ne soit pas encore transfiguré jusqu'au bout.
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