1 Il y a un autre mal que je vois sous le soleil et qui est grand pour l'homme:
2 soit un homme à qui Dieu donne richesses, ressources et gloire, et à qui rien ne manque de tout ce qu'il peut désirer; mais Dieu ne le laisse pas maître de s'en nourrir et c'est un étranger qui s'en nourrit: cela est vanité et cruelle souffrance.
Masquer
Au début, l'Ecclésiaste raisonne avec assurance; ses pensées sur la manière bonne ou mauvaise dont les hommes peuvent user de la richesse donnent l'impression de principes de vie nettement réfléchis. Mais finalement, les réflexions débouchent sur la question: qui sait ce qui est bon pour l'homme dans la vie? Cette question ressemble à un cri dans l'impasse où celui qui interroge s'est trouvé en espérant sortir du labyrinthe. Car la remarque tout à fait juste selon laquelle tout le travail de l'homme est pour sa bouche, tandis que son âme n'est pas rassasiée, est une intuition profonde, mais elle dépasse l'espoir que suffise une vie paisible fondée sur un travail tranquille et sur l'usage de ses fruits.
Des siècles passeront, et le Christ dira comme une évidence: «l'âme est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement» (Lc 12:23), et ces paroles peuvent être appelées à la fois réponse à l'Ecclésiaste et confirmation de ses intuitions. D'ailleurs, jusqu'à aujourd'hui, la plénitude du sens des paroles évangéliques entre difficilement dans beaucoup de cœurs.
Autres réflexions
Pour Qo 6:1-12
1 Il y a un autre mal que je vois sous le soleil et qui est grand pour l'homme:
2 soit un homme à qui Dieu donne richesses, ressources et gloire, et à qui rien ne manque de tout ce qu'il peut désirer; mais Dieu ne le laisse pas maître de s'en nourrir et c'est un étranger qui s'en nourrit: cela est vanité et cruelle souffrance.
3 Soit un homme qui a eu cent enfants et a vécu de nombreuses années, et alors que ses années ont été nombreuses, il ne s'est pas rassasié de bonheur et il n'a même pas de tombeau: je vois que l'avorton est plus heureux que lui.
4 Il est venu dans la vanité, il s'en va dans les ténèbres, et dans les ténèbres son nom est enseveli.
5 Il n'a même pas vu le soleil et ne l'a pas connu: il y a plus de repos pour lui que pour l'autre.
6 Et même s'il avait vécu deux fois mille ans, il n'aurait pas vu le bonheur; n'est-ce pas vers un même lieu que tous s'en vont?
7 Toute la peine que prend l'homme est pour sa bouche, et pourtant son appétit n'est jamais satisfait.
8 Quel avantage a le sage sur l'insensé? Et qu'en est-il de l'indigent qui sait se conduire devant les vivants?
9 Mieux vaut ce que voient les yeux que le mouvement du désir, cela aussi est vanité et poursuite de vent!
10 Ce qui fut a déjà été nommé et l'on sait ce qu'est un homme: il ne peut faire procès à celui qui est plus fort que lui.
11 Plus il y a de paroles, plus il y a de vanité, quel avantage pour l'homme?
12 Et qui sait ce qui convient à l'homme pendant sa vie, tout au long des jours de la vie de vanité qu'il passe comme une ombre ? Qui annoncera à l'homme ce qui doit venir après lui sous le soleil ?
Masquer
Dans ses réflexions sur le sens de la vie, l'Ecclésiaste revient sans cesse à l'idée de l'inutilité de toutes...
Lire la suite
Dans ses réflexions sur le sens de la vie, l'Ecclésiaste revient sans cesse à l'idée de l'inutilité de toutes les oeuvres humaines et de tous les efforts que l'homme déploie pour atteindre le but qu'il s'est fixé. Et il ne s'agit même pas de l'impossibilité d'atteindre le but comme tel. Il arrive souvent, selon l'Ecclésiaste, qu'ayant tout, l'homme ne puisse profiter de rien (v. 1-2). On peut vivre de nombreuses années, mais si, pendant toutes ces années vécues, l'homme n'a jamais connu la joie de vivre, on peut dire qu'il n'a pas vécu du tout (v. 3-6).
Comme on le voit, le thème principal des réflexions de l'Ecclésiaste devient la qualité de la vie humaine. L'homme travaille pour sa subsistance, pour le pain matériel, mais sa vie (« son âme ») ne se rassasie pas de ce pain. Et la sagesse, si elle se réduit seulement à des réflexions, à l'abstraction, à la spéculation (à ce que l'Ecclésiaste appelle « errer avec son âme »), ne vaut rien non plus : il importe non seulement de réfléchir, mais aussi de voir de ses yeux (v. 8-9). Comme on le voit, dans sa recherche du sens de la vie, l'Ecclésiaste s'est tellement enfoncé dans les réflexions, les spéculations et les abstractions qu'il en a lui-même senti l'extrême fragilité. Cela n'a rien d'étonnant : car, dans l'ancien Israël, la notion de sagesse a toujours été liée non pas tant à la théorie qu'à la pratique, qu'il s'agisse de la pratique liée au travail artisanal ou artistique, de la pratique des relations sociales, ou enfin, comme dans la littérature sapientielle postexilique, de la pratique d'une vie juste, inséparable de l'observation et de l'accomplissement de la Torah.
Mais toute pratique suppose l'existence d'un sens évident pour celui qui la pratique, sens que l'Ecclésiaste, comme on le voit, a perdu. On peut être juste, mais la justice n'est pas récompensée en ce monde et n'y est nécessaire à personne, sauf au juste lui-même. On peut être un bon gouvernant, mais les mauvais gouvernants restent plus nombreux, et personne n'est capable de changer la vie de la société pour le mieux. Et l'essentiel est que tout finit dans le shéol, qui ôte tout sens : aux efforts de l'homme pour organiser la vie, à toutes les actions d'un bon gouvernant, et même à la justice elle-même. Il ne reste que l'homme face à une force inconnue et aveugle, d'avance plus forte que lui (v. 10). Et alors il devient vraiment tout à fait impossible de déterminer en quoi consiste le sens de la vie humaine, ce qui est meilleur pour l'homme, et comment acquérir une sagesse qui rendrait au moins supportable la vie dans ce monde absurdement hostile (v. 11-12).
Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.
Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.