1 Écoutez cette parole que Yahvé prononce contre vous, enfants d'Israël, contre toute la famille que j'ai fait monter du pays d'Égypte: |
2 Je n'ai connu que vous de toutes les familles de la terre, c'est pourquoi je vous châtierai pour toutes vos fautes. La vocation prophétique est irrésistible. |
3 Deux hommes vont-ils ensemble sans s'être concertés? |
4 Le lion rugit-il dans la forêt sans avoir une proie? Le lionceau donne-t-il de la voix, de sa tanière, sans qu'il ait rien pris? |
5 Le passereau tombe-t-il dans le filet, à terre, sans qu'il y ait de piège? Le filet se soulève-t-il du sol sans rien attraper? |
6 Sonne-t-on du cor dans une ville sans que le peuple soit effrayé? Arrive-t-il un malheur dans une ville sans que Yahvé en soit l'auteur? |
7 Mais le Seigneur Yahvé ne fait rien qu'il n'en ait révélé le secret à ses serviteurs les prophètes. |
8 Le lion a rugi: qui ne craindrait? Le Seigneur Yahvé a parlé: qui ne prophétiserait? Samarie, corrompue, périra. |
9 Proclamez-le sur les palais d'Assur et sur les palais du pays d'Égypte; dites: rassemblez-vous sur les monts de Samarie, et voyez, que de désordres au milieu d'elle et que d'oppression en son sein! |
10 Ils ne savent pas agir avec droiture, - oracle de Yahvé - eux qui entassent violence et rapine en leurs palais. |
11 C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Yahvé: L'ennemi investira le pays, il abattra ta puissance et tes palais seront pillés. |
12 Ainsi parle Yahvé: Comme le berger sauve de la gueule du lion deux pattes ou un bout d'oreille, ainsi seront sauvés les enfants d'Israël qui sont assis dans Samarie, au coin d'un lit et sur un divan de Damas. Contre Béthel et les demeures luxueuses. |
13 Écoutez et témoignez contre la maison de Jacob: - oracle du Seigneur Yahvé, Dieu Sabaot - |
14 le jour où je châtierai Israël pour ses crimes, je sévirai contre les autels de Béthel; les cornes de l'autel seront abattues et tomberont à terre. |
15 Je frapperai la maison d'hiver avec la maison d'été, les maisons d'ivoire seront détruites, bien des maisons disparaîtront, oracle de Yahvé. |
1 Écoutez cette parole, vaches du Bashân qui êtes sur la montagne de Samarie, qui exploitez les faibles, qui maltraitez les pauvres, qui dites à vos maris: " Apporte et buvons! " |
2 Le Seigneur l'a juré par sa sainteté: voici que des jours viennent sur vous où l'on vous enlèvera avec des crocs, et jusqu'aux dernières, avec des harpons de pêche; |
3 vous sortirez par des brèches, chacune droit devant soi, et vous serez repoussées vers l'Hermon, oracle de Yahvé. Illusions, impénitence, châtiment d'Israël. |
4 Allez à Béthel et péchez! À Gilgal, péchez de plus belle! Apportez le matin vos sacrifices, tous les trois jours vos dîmes; |
5 faites brûler du levain en sacrifice de louange, criez vos offrandes volontaires, annoncez-les, puisque c'est cela que vous aimez, enfants d'Israël! Oracle du Seigneur Yahvé. |
6 Aussi, moi je vous ai fait les dents nettes en toutes vos villes, je vous ai privés de pain dans tous vos villages; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
7 Aussi, moi je vous ai refusé la pluie, juste trois mois avant la moisson; j'ai fait pleuvoir sur une ville et sur une autre ville je ne faisais pas pleuvoir; un champ recevait de la pluie, et un champ, faute de pluie, se desséchait; |
8 deux, trois villes allaient en titubant vers une autre pour boire de l'eau sans pouvoir se désaltérer; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
9 Je vous ai frappés par la rouille et la nielle, j'ai desséché vos jardins et vos vignes; vos figuiers et vos oliviers, la sauterelle les a dévorés; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
10 J'ai envoyé parmi vous une peste, comme la peste d'Égypte; j'ai tué vos jeunes gens par l'épée, tandis que vos chevaux étaient capturés; j'ai fait monter à vos narines la puanteur de vos camps; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
11 Je vous ai bouleversés comme Dieu bouleversa Sodome et Gomorrhe, et vous avez été comme un tison sauvé de l'incendie; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
12 C'est pourquoi, voici comment je vais te traiter, Israël! Parce que je vais te traiter ainsi, prépare-toi à rencontrer ton Dieu, Israël! |
13 Car c'est lui qui forme les montagnes et qui crée le vent, qui révèle à l'homme ses pensées, qui change l'aurore en ténèbres, et qui marche sur les hauteurs de la terre : Yahvé, Dieu Sabaot, est son nom. |
On pense souvent que la prophétie est une prédiction de l'avenir, quelque chose comme une prévision météorologique. Dieu permet aux prophètes de jeter un regard dans l'avenir et d'en parler aux hommes. On ne voit pas de sens particulier à une telle prophétie, sinon peut-être effrayer ! Mais, par Amos, Dieu explique une tâche tout autre de la prophétie. Avant tout, Il rappelle qu'être le peuple élu est un grand honneur, mais une responsabilité encore plus grande. Et si cette responsabilité est « ratée », alors la chute sera catastrophique. La tâche de la prophétie est alors un avertissement.
Les questions des versets 3-6 du chapitre 3 sont remarquables : elles suggèrent l'interdépendance des événements. La prophétie n'apparaît pas à partir de rien, ni simplement par la perspicacité du prophète, mais parce que Dieu a conçu de faire quelque chose et juge nécessaire d'en informer les hommes, afin qu'ils puissent y prendre une certaine part, car Dieu a créé les hommes pour la coopération avec Lui. Tel est le sens du verset 7, et le verset 8 suggère que les prophètes peuvent être nombreux, et c'est bien ce qui arrive au cours des siècles suivants.
Les prophéties d'Amos dessinent la colère du Roi contre des sujets pécheurs. Les hommes sont capables de voir dans la beauté et l'organisation raisonnable de la nature la toute-puissance et la miséricorde du Créateur ; ils peuvent aussi discerner dans les désastres le désaccord de Dieu avec le péché humain. Terrible est le châtiment que Dieu envoie aux pécheurs : Il laisse tout aller « son cours », sécheresse, famine, peste, guerres... Mais Dieu a préparé beaucoup plus grand : « Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, Israël » (Am 4:12) !
1 Écoutez cette parole que Yahvé prononce contre vous, enfants d'Israël, contre toute la famille que j'ai fait monter du pays d'Égypte: |
2 Je n'ai connu que vous de toutes les familles de la terre, c'est pourquoi je vous châtierai pour toutes vos fautes. La vocation prophétique est irrésistible. |
3 Deux hommes vont-ils ensemble sans s'être concertés? |
4 Le lion rugit-il dans la forêt sans avoir une proie? Le lionceau donne-t-il de la voix, de sa tanière, sans qu'il ait rien pris? |
5 Le passereau tombe-t-il dans le filet, à terre, sans qu'il y ait de piège? Le filet se soulève-t-il du sol sans rien attraper? |
6 Sonne-t-on du cor dans une ville sans que le peuple soit effrayé? Arrive-t-il un malheur dans une ville sans que Yahvé en soit l'auteur? |
7 Mais le Seigneur Yahvé ne fait rien qu'il n'en ait révélé le secret à ses serviteurs les prophètes. |
8 Le lion a rugi: qui ne craindrait? Le Seigneur Yahvé a parlé: qui ne prophétiserait? Samarie, corrompue, périra. |
9 Proclamez-le sur les palais d'Assur et sur les palais du pays d'Égypte; dites: rassemblez-vous sur les monts de Samarie, et voyez, que de désordres au milieu d'elle et que d'oppression en son sein! |
10 Ils ne savent pas agir avec droiture, - oracle de Yahvé - eux qui entassent violence et rapine en leurs palais. |
11 C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Yahvé: L'ennemi investira le pays, il abattra ta puissance et tes palais seront pillés. |
12 Ainsi parle Yahvé: Comme le berger sauve de la gueule du lion deux pattes ou un bout d'oreille, ainsi seront sauvés les enfants d'Israël qui sont assis dans Samarie, au coin d'un lit et sur un divan de Damas. Contre Béthel et les demeures luxueuses. |
13 Écoutez et témoignez contre la maison de Jacob: - oracle du Seigneur Yahvé, Dieu Sabaot - |
14 le jour où je châtierai Israël pour ses crimes, je sévirai contre les autels de Béthel; les cornes de l'autel seront abattues et tomberont à terre. |
15 Je frapperai la maison d'hiver avec la maison d'été, les maisons d'ivoire seront détruites, bien des maisons disparaîtront, oracle de Yahvé. |
Amos nous rappelle de nouveau que l'élection de Dieu n'est pas seulement un don, pas seulement une grâce, mais aussi une responsabilité pour les promesses données. « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons et nous obéirons »: ce sont précisément ces paroles que les fils d'Israël prononcèrent lorsqu'ils conclurent l'Alliance avec Dieu au Sinaï (Ex 24:7). Cette promesse donnée à Dieu, d'une part, ouvrit devant le peuple de Dieu des possibilités extraordinaires, mais, d'autre part, elle fit peser sur lui le joug de l'accomplissement de ses commandements. C'est cela qui devait distinguer Israël des autres peuples. Pourtant c'est justement ce fardeau que le peuple élu voulut rejeter, sans renoncer toutefois à la protection de Dieu.
Mais le Seigneur ne peut pas rester indifférent lorsque son peuple, par manque de raison, est prêt à renoncer à l'essence même de l'Alliance. C'est pourquoi, pour la préserver, Dieu doit réclamer tout ce qui ne lui a pas été rendu: l'accomplissement des commandements. L'apparition en Israël de prophètes appelant au repentir, à la conversion, est le signe sûr que le temps est venu pour le peuple de Dieu de payer ses dettes.
1 Écoutez cette parole, vaches du Bashân qui êtes sur la montagne de Samarie, qui exploitez les faibles, qui maltraitez les pauvres, qui dites à vos maris: " Apporte et buvons! " |
2 Le Seigneur l'a juré par sa sainteté: voici que des jours viennent sur vous où l'on vous enlèvera avec des crocs, et jusqu'aux dernières, avec des harpons de pêche; |
3 vous sortirez par des brèches, chacune droit devant soi, et vous serez repoussées vers l'Hermon, oracle de Yahvé. Illusions, impénitence, châtiment d'Israël. |
4 Allez à Béthel et péchez! À Gilgal, péchez de plus belle! Apportez le matin vos sacrifices, tous les trois jours vos dîmes; |
5 faites brûler du levain en sacrifice de louange, criez vos offrandes volontaires, annoncez-les, puisque c'est cela que vous aimez, enfants d'Israël! Oracle du Seigneur Yahvé. |
6 Aussi, moi je vous ai fait les dents nettes en toutes vos villes, je vous ai privés de pain dans tous vos villages; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
7 Aussi, moi je vous ai refusé la pluie, juste trois mois avant la moisson; j'ai fait pleuvoir sur une ville et sur une autre ville je ne faisais pas pleuvoir; un champ recevait de la pluie, et un champ, faute de pluie, se desséchait; |
8 deux, trois villes allaient en titubant vers une autre pour boire de l'eau sans pouvoir se désaltérer; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
9 Je vous ai frappés par la rouille et la nielle, j'ai desséché vos jardins et vos vignes; vos figuiers et vos oliviers, la sauterelle les a dévorés; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
10 J'ai envoyé parmi vous une peste, comme la peste d'Égypte; j'ai tué vos jeunes gens par l'épée, tandis que vos chevaux étaient capturés; j'ai fait monter à vos narines la puanteur de vos camps; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
11 Je vous ai bouleversés comme Dieu bouleversa Sodome et Gomorrhe, et vous avez été comme un tison sauvé de l'incendie; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
12 C'est pourquoi, voici comment je vais te traiter, Israël! Parce que je vais te traiter ainsi, prépare-toi à rencontrer ton Dieu, Israël! |
13 Car c'est lui qui forme les montagnes et qui crée le vent, qui révèle à l'homme ses pensées, qui change l'aurore en ténèbres, et qui marche sur les hauteurs de la terre : Yahvé, Dieu Sabaot, est son nom. |
Les prophéties d'Amos dépeignent la colère du Roi contre des sujets qui pèchent. De même que les hommes sont capables de voir dans la beauté et l'organisation raisonnable de la nature la toute-puissance et la miséricorde du Créateur, de même, dans les malheurs, ils peuvent discerner le désaccord de Dieu avec le péché humain. Terrible est le châtiment que Dieu envoie aux pécheurs: il laisse simplement tout suivre « son cours », et alors viennent la sécheresse, la famine, la peste et les guerres...
Mais Dieu a aussi préparé quelque chose de beaucoup plus grand: « Prépare-toi à rencontrer ton Dieu, Israël » (Am 4:12).
1 Écoutez cette parole, vaches du Bashân qui êtes sur la montagne de Samarie, qui exploitez les faibles, qui maltraitez les pauvres, qui dites à vos maris: " Apporte et buvons! " |
2 Le Seigneur l'a juré par sa sainteté: voici que des jours viennent sur vous où l'on vous enlèvera avec des crocs, et jusqu'aux dernières, avec des harpons de pêche; |
3 vous sortirez par des brèches, chacune droit devant soi, et vous serez repoussées vers l'Hermon, oracle de Yahvé. Illusions, impénitence, châtiment d'Israël. |
4 Allez à Béthel et péchez! À Gilgal, péchez de plus belle! Apportez le matin vos sacrifices, tous les trois jours vos dîmes; |
5 faites brûler du levain en sacrifice de louange, criez vos offrandes volontaires, annoncez-les, puisque c'est cela que vous aimez, enfants d'Israël! Oracle du Seigneur Yahvé. |
6 Aussi, moi je vous ai fait les dents nettes en toutes vos villes, je vous ai privés de pain dans tous vos villages; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
7 Aussi, moi je vous ai refusé la pluie, juste trois mois avant la moisson; j'ai fait pleuvoir sur une ville et sur une autre ville je ne faisais pas pleuvoir; un champ recevait de la pluie, et un champ, faute de pluie, se desséchait; |
8 deux, trois villes allaient en titubant vers une autre pour boire de l'eau sans pouvoir se désaltérer; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
9 Je vous ai frappés par la rouille et la nielle, j'ai desséché vos jardins et vos vignes; vos figuiers et vos oliviers, la sauterelle les a dévorés; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
10 J'ai envoyé parmi vous une peste, comme la peste d'Égypte; j'ai tué vos jeunes gens par l'épée, tandis que vos chevaux étaient capturés; j'ai fait monter à vos narines la puanteur de vos camps; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
11 Je vous ai bouleversés comme Dieu bouleversa Sodome et Gomorrhe, et vous avez été comme un tison sauvé de l'incendie; et vous n'êtes pas revenus à moi! Oracle de Yahvé. |
12 C'est pourquoi, voici comment je vais te traiter, Israël! Parce que je vais te traiter ainsi, prépare-toi à rencontrer ton Dieu, Israël! |
13 Car c'est lui qui forme les montagnes et qui crée le vent, qui révèle à l'homme ses pensées, qui change l'aurore en ténèbres, et qui marche sur les hauteurs de la terre : Yahvé, Dieu Sabaot, est son nom. |
La lecture d'aujourd'hui touche à l'une des «questions éternelles» de la vie religieuse: la question de la dimension morale de la religion. La situation décrite dans le passage est assez claire: les habitants du Royaume du Nord, Israël, ne lésinaient manifestement pas sur les sacrifices; ils se considéraient donc comme des personnes pieuses et aimées de Dieu, ce qui ne les empêchait pourtant nullement de pécher en violant les commandements donnés par le Dieu qu'ils adoraient et à qui ils offraient des sacrifices (v. 4-5). Le fond du problème est clair: Dieu n'a pas besoin des sacrifices de ceux qui transgressent les commandements qu'Il a donnés. Car le sacrifice, tel qu'on le comprenait à l'origine, était d'abord une forme de communion avec Dieu, et communier avec Dieu sans observer Ses commandements est évidemment impossible.
Mais pourquoi donc l'être humain éprouve-t-il ce désir si tenace de réduire la vie religieuse à ses formes extérieures? La réponse à cette question tient peut-être à l'essence même de la religion. En tout temps, l'homme a été marqué par ce qu'on appelle ordinairement le sentiment religieux. Il a toujours eu aussi le sentiment de la présence dans le monde de certaines puissances supérieures. Et la religion a été l'instrument qui permettait à l'homme d'établir des relations avec ces puissances. Une religiosité comprise ainsi est toujours restée une affaire strictement humaine.
Et pourtant Dieu n'a jamais abandonné l'homme, même lorsque l'homme Lui tournait le dos; c'est pourquoi, dans chaque religion humaine, il y eut aussi des étincelles de Révélation que certains réussirent à discerner sous les couches des constructions humaines. Mais dans le yahvisme, dans la religion de l'Ancien Testament, tout est différent: la Révélation se trouve au centre, et la religiosité n'est plus qu'un cadre, la forme qui permet à la Révélation d'exister dans l'histoire. Or, si la Révélation suppose une relation personnelle profonde et intense avec Dieu, impossible sans l'observance des commandements et des normes morales, la religion peut parfois se passer entièrement d'une telle relation.
La religiosité repose souvent sur des représentations peu différentes de celles qui caractérisaient l'ancien magisme, où le contact avec les puissances supérieures avait d'ordinaire un caractère purement instrumental et n'exigeait aucune relation personnelle. Tout ce bagage païen est devenu une partie de la religiosité yahviste de masse propre à la majorité de la population du Royaume du Nord. Il n'est pas étonnant que la vie religieuse de ces gens ait commencé à ressembler à celle des païens, où la forme, la cérémonie, le rite finissent toujours tôt ou tard par passer au premier plan. C'est une loi générale, la dynamique descendante du mouvement spirituel dans le monde déchu, où la Révélation, avec le temps, est toujours masquée par la religiosité humaine, au point de devenir parfois presque invisible sur son arrière-plan. Alors Dieu envoie les prophètes pour rappeler aux hommes Sa présence et ce qui est principal dans toute tradition religieuse: la morale, les commandements, la Révélation.
1 Écoutez cette parole que Yahvé prononce contre vous, enfants d'Israël, contre toute la famille que j'ai fait monter du pays d'Égypte: |
2 Je n'ai connu que vous de toutes les familles de la terre, c'est pourquoi je vous châtierai pour toutes vos fautes. La vocation prophétique est irrésistible. |
3 Deux hommes vont-ils ensemble sans s'être concertés? |
4 Le lion rugit-il dans la forêt sans avoir une proie? Le lionceau donne-t-il de la voix, de sa tanière, sans qu'il ait rien pris? |
5 Le passereau tombe-t-il dans le filet, à terre, sans qu'il y ait de piège? Le filet se soulève-t-il du sol sans rien attraper? |
6 Sonne-t-on du cor dans une ville sans que le peuple soit effrayé? Arrive-t-il un malheur dans une ville sans que Yahvé en soit l'auteur? |
7 Mais le Seigneur Yahvé ne fait rien qu'il n'en ait révélé le secret à ses serviteurs les prophètes. |
8 Le lion a rugi: qui ne craindrait? Le Seigneur Yahvé a parlé: qui ne prophétiserait? Samarie, corrompue, périra. |
« Je n'ai connu que vous parmi toutes les familles de la terre ; c'est pourquoi Je vous châtierai pour toutes vos iniquités », dit le Seigneur. Il apparaît donc qu'une grâce véritablement grande nous impose de grandes obligations. Au fond, si le Seigneur était indifférent à ce que nous faisons, cela signifierait qu'Il ne Se soucie tout simplement pas de nous. Est-ce bien ce que nous voulons ? Voudrions-nous vraiment que Dieu ne Se soucie pas de nous ? Si oui, alors nous n'avons pas besoin de Lui. Il faut alors être honnête et reconnaître que la vie serait plus facile sans Lui. Mais si nous voulons qu'Il nous aime, nous devrons accepter que notre conduite Lui importe et qu'Il ne veut pas que nous péchions. Alors seulement pourrons-nous invoquer Son nom en toute honnêteté, sachant que s'Il intervient dans notre vie, beaucoup de choses s'effondreront : tout ce qui ne Lui faisait aucune place.
2 Je n'ai connu que vous de toutes les familles de la terre, c'est pourquoi je vous châtierai pour toutes vos fautes. La vocation prophétique est irrésistible. |
La vocation n'est pas seulement une joie, mais aussi une responsabilité. En même temps, Dieu ne laisse pas les hommes dans l'ignorance de ce qu'Il considère comme juste (autrement, comme Jésus l'a dit, ils « n'auraient pas de péché » Jn 15:22) ; Il donne aux hommes les commandements, Il leur envoie Ses prophètes. Les paroles d'Am 3:7 sont très importantes : elles révèlent le dessein de Dieu sur la « synergie », l'action conjointe de Dieu et de l'homme dans ce monde.
3 Deux hommes vont-ils ensemble sans s'être concertés? |
Sur l'unanimité et les désaccords entre les hommes, on a beaucoup parlé et écrit, tout comme sur l'accord de pensée et les désaccords entre Dieu et l'homme. Et pourtant, le problème de l'accord de pensée, ou plutôt de son absence dans les relations, qu'il s'agisse des relations entre les hommes ou des relations entre l'homme et Dieu, demeure actuel. Le cœur du problème tient au fait que l'absence d'accord de pensée, en règle générale, ne se manifeste pas tout de suite ; si elle se manifestait tout de suite, ceux qui ne sont pas d'accord ne prendraient guère la route ensemble. Elle se manifeste lorsque les compagnons qui se découvrent en désaccord ont déjà eu le temps de s'éloigner assez loin de la maison, au point qu'il devient impossible de revenir en arrière. Pourquoi donc cela arrive-t-il ?
Bien sûr, les problèmes apparus en chemin s'expliquent souvent par les difficultés de la route, auxquelles l'un de ceux qui marchent, ou tous ensemble, se trouvent mal préparés. Mais ce n'est pas la seule cause des désaccords qui peuvent se révéler. Il arrive plus souvent que, lorsqu'ils conçoivent une entreprise commune, les futurs collaborateurs ou compagnons de route ne se représentent pas très bien les motifs et les intentions de chacun des participants. Et non parce que quelqu'un tromperait volontairement quelqu'un d'autre. Le problème est que nous-mêmes comprenons souvent mal les vraies raisons de nos propres actes. Et pas seulement lorsqu'il s'agit d'autres personnes, mais aussi lorsqu'il s'agit de Dieu.
Bien sûr, si nous sommes religieux, cette religiosité a ses raisons et ses motifs, et notre religiosité, à son tour, conditionne les causes sinon de toutes, du moins de très nombreuses paroles et actions, aussi bien envers Dieu qu'envers le prochain. Seulement, la religiosité en elle-même est une réalité moins spirituelle que psychique, intérieure à l'âme. Et une motivation religieuse, en elle-même, signifie seulement qu'elle ne contredit pas notre vision religieuse du monde. Mais savoir dans quelle mesure cette vision du monde elle-même ne contredit pas la volonté de Dieu, dans quelle mesure elle correspond à la Torah donnée par Dieu et à Ses commandements, reste une question ouverte. Tout comme reste ouverte la question de savoir si, malgré toute notre religiosité, nous sommes d'un même esprit avec Dieu, ou non.
Ici, seule la vérification de nos intentions à l'aune de leur conformité aux commandements peut donner une réponse plus ou moins univoque. Et seulement si cette vérification n'est pas ponctuelle, mais systématique.
7 Mais le Seigneur Yahvé ne fait rien qu'il n'en ait révélé le secret à ses serviteurs les prophètes. |
Que signifient les paroles d'Amos sur Dieu, qui ne fait rien sans avoir d'abord révélé son secret à ses prophètes? Et que pourrait-on dire alors, par exemple, de la création du monde ou de l'homme lui-même? Manifestement, le prophète a en vue quelque chose qui se rapporte non simplement aux plans de Dieu, mais aux plans auxquels l'homme participe, ou plus précisément le peuple de Dieu. À proprement parler, le mot hébreu lui-même, que l'on traduit d'habitude par « secret », signifie aussi « conseil secret ». Il en résulte qu'il s'agit plutôt d'un conseil entre Dieu et ses serviteurs. Non pas d'un conseil prééternel, il n'y a ici aucune mystique, mais d'un conseil tout ordinaire: comme un souverain qui prend une décision peut consulter ceux à qui il confiera son exécution.
À première vue, un tel conseil de Dieu avec les hommes peut paraître quelque peu étrange: car Dieu est souverain dans ses plans. Mais, manifestement, l'amour de Dieu détermine la mesure de son pouvoir sur l'homme et pousse Dieu à donner à l'homme le maximum de liberté possible. En parlant de liberté, nous entendons le plus souvent le droit inaliénable de l'homme déchu à en abuser et à se détourner de Dieu. Mais ce n'est qu'une aberration de notre vision spirituelle: la fidélité à Dieu ne transforme nullement l'homme en esclave muet et sans droits.
Certes, Amos lui-même parle des prophètes comme d'esclaves. Mais l'ancien Israël ne connaissait que l'esclavage domestique, dans lequel les esclaves se trouvaient, au fond, dans la position de membres plus jeunes de la famille: ils n'avaient certes pas voix au chapitre dans le conseil familial et étaient sans droits à cet égard, mais on les traitait comme des membres de la maison, au même titre que les enfants mineurs du maître, qui n'avaient pas non plus le droit de vote, mais qui, pour le reste, étaient considérés dans la maison comme des leurs.
Une telle analogie convient bien pour décrire les « droits » que l'homme possède au conseil avec Dieu. Bien sûr, il n'est pas question ici de droits formels, mais Dieu traite ses serviteurs avec le même amour qu'un bon maître traitait ses esclaves domestiques. Il aurait pu, bien sûr, en être autrement, et Dieu aurait pu les traiter comme des enfants, comme un père traite ses fils. Mais pour cela, il fallait surmonter les conséquences de la chute, ce qui était impossible avant la venue du Christ dans le monde. Cependant, après sa venue et la manifestation du Royaume dans le monde, selon les propres paroles du Sauveur à la Cène, les esclaves deviennent des fils. Hors de la maison ne demeurent que les mercenaires, les travailleurs salariés. Mais cela n'a rien d'étonnant: pour les membres de la maison, libres comme esclaves, ils sont toujours restés des étrangers. Et tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, étaient de la maison deviennent, avec la venue du Christ, pleinement des leurs, jusqu'au bout.
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