18 Mais qu'importe? Après tout, d'une manière comme de l'autre, hypocrite ou sincère, le Christ est annoncé, et je m'en réjouis. Je persisterai même à m'en réjouir, |
19 car je sais que cela servira à mon salut, grâce à vos prières et au secours de l'Esprit de Jésus Christ qui me sera fourni; |
Qu’est-ce qu’un témoignage rendu au Christ ? Qui peut être témoin ? Il nous paraît d’ordinaire évident que seul un chrétien, quelqu’un qui suit le Christ et Lui demeure fidèle, peut être témoin du Christ. Mais Paul, à en juger par les paroles de son épître, pense autrement. Il s’avère que l’on peut annoncer le Christ même « par esprit de rivalité ». Que veut dire l’apôtre lorsqu’il parle d’une prédication « intéressée » ? D’après ses propres paroles, il s’agit de gens qui prêchent le Christ afin d’aggraver sa situation, en particulier de le discréditer devant les autorités (v. 16). À première vue, un tel témoignage ne peut pas du tout être considéré comme un témoignage.
Et pourtant Paul le considère bien comme tel. Il comprend que même la négation furieuse, le mensonge et la calomnie attirent l’attention vers Celui dont lui-même témoigne. Bien sûr, si le christianisme n’était qu’une nouvelle religion de plus, une telle notoriété scandaleuse ne pourrait que lui nuire. Mais le fait est que le christianisme n’est pas une religion. Le christianisme, c’est la vie avec le Christ dans Son Royaume. Et cette vie parle d’elle-même. Dès lors, peu importe ce qui attire quelqu’un vers elle : une recherche sincère ou l’intérêt pour toutes sortes de faits « croustillants ».
L’apôtre ne s’inquiète pas de la manière dont une personne apprend quelque chose du Christ et du Royaume, ni de qui elle l’entend, ni dans quel contexte elle entend parler de la vie nouvelle. Paul comprend parfaitement qu’il suffit à quelqu’un de faire l’expérience de cette vie nouvelle pour oublier aussitôt tout le mal qu’il a pu entendre à son sujet de la part de personnes hostiles au Christ et au Royaume. S’il s’agissait d’un nouvel enseignement ou d’une nouvelle religion, l’attitude des gens à son égard compterait beaucoup. Chaque parole humaine serait soit un soutien qui fortifie cet enseignement ou cette religion, soit une négation qui les ébranle.
Paul sait par expérience, mieux que quiconque, qu’aucun homme ne peut rien ôter au Royaume ni rien y ajouter. De même, aucun homme ne peut ni diminuer le Christ ni L’exalter. Toutes les paroles prononcées par un homme au sujet du Christ et du Royaume ne caractérisent que celui qui parle et ne déterminent que son propre chemin. Un chemin qui mène soit au salut, soit à la perdition. Quant à ceux qui écoutent celui qui parle, ils font eux-mêmes leur choix. Et ce qu’ils choisissent ou rejettent, ce ne sont pas les paroles d’autrui, mais le salut qui leur est offert à eux-mêmes.
18 Mais qu'importe? Après tout, d'une manière comme de l'autre, hypocrite ou sincère, le Christ est annoncé, et je m'en réjouis. Je persisterai même à m'en réjouir, |
Au premier regard, les paroles de l’apôtre peuvent paraître étranges. En effet, la prédication du Christ et du Royaume est une affaire trop importante pour qu’on puisse la faire avec des intentions impures. Et comment un homme peut-il être un véritable témoin s’il ne soutient pas intérieurement, au minimum, ce dont il témoigne?
Mais, à ce qu’on voit, le témoignage peut réellement être différent. Dans les livres bibliques, il y a des exemples de personnes éloignées du Dieu d’Abraham qui, néanmoins, témoignaient de Sa force ou de Sa sagesse lorsqu’elles se heurtaient à l’évidence. Paul comprend apparemment que, si quelqu’un mentionne le Christ, s’il ne peut pas simplement garder un silence indifférent, cela signifie que le Christ a touché cet homme; et s’il en est ainsi, sa réaction elle-même devient un témoignage, même si elle n’est pas toujours positive.
Les ennemis du Christ et du Royaume, en témoignant de leur haine, prouvent la réalité et la force de ce qu’ils haïssent. Les hypocrites qui s’y greffent, essayant de faire du témoignage une affaire profitable pour eux-mêmes, témoignent par là même du Royaume comme de quelque chose dont on peut tenter de tirer profit en parasite; or même les parasites choisissent, pour parasiter, des objets capables de leur donner de la nourriture. Bien sûr, aux « témoins » de ce genre, un tel « témoignage » ne donne rien; il ne fait que les éloigner du Christ et du Royaume. Mais il attire l’attention de ceux qui, peut-être, regarderont le Christ et le Royaume tout autrement, devenant réellement un témoignage auquel les « témoins » eux-mêmes n’avaient même pas songé.
12 Je désire que vous le sachiez, frères, mon affaire a tourné plutôt au profit de l'Évangile: |
13 en effet, dans tout le Prétoire et partout ailleurs, mes chaînes ont acquis, dans le Christ, une vraie notoriété, |
14 et la plupart des frères, enhardis dans le Seigneur du fait même de ces chaînes, redoublent d'une belle audace à proclamer sans crainte la Parole. |
15 Certains, il est vrai, le font par envie, en esprit de rivalité, mais pour les autres, c'est vraiment dans de bons sentiments qu'ils prêchent le Christ. |
16 Ces derniers agissent par charité, sachant bien que je suis voué à défendre ainsi l'Évangile; |
17 quant aux premiers, c'est par esprit d'intrigue qu'ils annoncent le Christ; leurs intentions ne sont pas pures: ils s'imaginent ainsi aggraver le poids de mes chaînes. |
18 Mais qu'importe? Après tout, d'une manière comme de l'autre, hypocrite ou sincère, le Christ est annoncé, et je m'en réjouis. Je persisterai même à m'en réjouir, |
19 car je sais que cela servira à mon salut, grâce à vos prières et au secours de l'Esprit de Jésus Christ qui me sera fourni; |
20 telle est l'attente de mon ardent espoir: rien ne me confondra, je garderai au contraire toute mon assurance et, cette fois-ci comme toujours, le Christ sera glorifié dans mon corps, soit que je vive soit que je meure. |
21 Pour moi, certes, la Vie c'est le Christ et mourir représente un gain. |
22 Cependant, si la vie dans cette chair doit me permettre encore un fructueux travail, j'hésite à faire un choix... |
23 Je me sens pris dans cette alternative: d'une part, j'ai le désir de m'en aller et d'être avec le Christ, ce qui serait, et de beaucoup, bien préférable; |
24 mais de l'autre, demeurer dans la chair est plus urgent pour votre bien. |
25 Au fait, ceci me persuade: je sais que je vais rester et demeurer près de vous tous pour votre avancement et la joie de votre foi, |
26 afin que mon retour et ma présence parmi vous soient pour vous un nouveau sujet de fierté dans le Christ Jésus. |
27 Menez seulement une vie digne de l'Évangile du Christ, afin que je constate, si je viens chez vous, ou que j'entende dire, si je reste absent, que vous tenez ferme dans un même esprit, luttant de concert et d'un cœur unanime pour la foi de l'Évangile, |
28 et nullement effrayés par vos adversaires: c'est là un présage certain, pour eux de la ruine et pour vous du salut. Et cela vient de Dieu: |
29 car c'est par sa faveur qu'il vous a été donné, non pas seulement de croire au Christ, mais encore de souffrir pour lui. |
30 Par là vous menez le même combat que vous m'avez vu soutenir et que, vous le savez, je soutiens encore. |
Nous pensons toujours à la mort avec une certaine crainte, parce qu'elle est terrible et hideuse, parce qu'elle défigure trop manifestement la création de Dieu. À toutes les époques, l'image effrayante de la mort attire la pensée humaine, et nous tentons de repenser la vie pour qu'elle soit moins effrayante. Mais seul un chrétien peut dire avec l'apôtre : « Pour moi, vivre, c'est le Christ, et mourir est un gain. » La mort devient un lieu de rencontre avec Jésus, parce que le Seigneur a pris notre mort sur Lui sur la Croix. Il importe toutefois de comprendre que ces paroles de l'apôtre montrent comment on peut considérer sa propre mort, et non celle d'autrui. Il est également étonnant de voir comment le sens de la vie change alors pour lui : il vit non parce que la vie est préférable à la mort (au contraire, il désire partir et être avec le Christ), mais pour que nous trouvions la joie dans la foi.
12 Je désire que vous le sachiez, frères, mon affaire a tourné plutôt au profit de l'Évangile: |
13 en effet, dans tout le Prétoire et partout ailleurs, mes chaînes ont acquis, dans le Christ, une vraie notoriété, |
14 et la plupart des frères, enhardis dans le Seigneur du fait même de ces chaînes, redoublent d'une belle audace à proclamer sans crainte la Parole. |
15 Certains, il est vrai, le font par envie, en esprit de rivalité, mais pour les autres, c'est vraiment dans de bons sentiments qu'ils prêchent le Christ. |
16 Ces derniers agissent par charité, sachant bien que je suis voué à défendre ainsi l'Évangile; |
17 quant aux premiers, c'est par esprit d'intrigue qu'ils annoncent le Christ; leurs intentions ne sont pas pures: ils s'imaginent ainsi aggraver le poids de mes chaînes. |
18 Mais qu'importe? Après tout, d'une manière comme de l'autre, hypocrite ou sincère, le Christ est annoncé, et je m'en réjouis. Je persisterai même à m'en réjouir, |
19 car je sais que cela servira à mon salut, grâce à vos prières et au secours de l'Esprit de Jésus Christ qui me sera fourni; |
20 telle est l'attente de mon ardent espoir: rien ne me confondra, je garderai au contraire toute mon assurance et, cette fois-ci comme toujours, le Christ sera glorifié dans mon corps, soit que je vive soit que je meure. |
21 Pour moi, certes, la Vie c'est le Christ et mourir représente un gain. |
22 Cependant, si la vie dans cette chair doit me permettre encore un fructueux travail, j'hésite à faire un choix... |
23 Je me sens pris dans cette alternative: d'une part, j'ai le désir de m'en aller et d'être avec le Christ, ce qui serait, et de beaucoup, bien préférable; |
24 mais de l'autre, demeurer dans la chair est plus urgent pour votre bien. |
25 Au fait, ceci me persuade: je sais que je vais rester et demeurer près de vous tous pour votre avancement et la joie de votre foi, |
26 afin que mon retour et ma présence parmi vous soient pour vous un nouveau sujet de fierté dans le Christ Jésus. |
27 Menez seulement une vie digne de l'Évangile du Christ, afin que je constate, si je viens chez vous, ou que j'entende dire, si je reste absent, que vous tenez ferme dans un même esprit, luttant de concert et d'un cœur unanime pour la foi de l'Évangile, |
28 et nullement effrayés par vos adversaires: c'est là un présage certain, pour eux de la ruine et pour vous du salut. Et cela vient de Dieu: |
29 car c'est par sa faveur qu'il vous a été donné, non pas seulement de croire au Christ, mais encore de souffrir pour lui. |
30 Par là vous menez le même combat que vous m'avez vu soutenir et que, vous le savez, je soutiens encore. |
En parlant de son arrestation et de son emprisonnement, Paul les considère eux aussi du point de vue de la mesure et de la manière dont ils peuvent contribuer à la tâche que l’apôtre a toujours tenue pour principale : le témoignage (v. 12-14). Il n’est plus tout à fait clair aujourd’hui ce que Paul a en vue lorsqu’il parle de certains prédicateurs qui annoncent le Christ « sans pureté », cherchant à aggraver la situation de l’apôtre emprisonné (v. 15-17). Quoi qu’il en soit, cela n’effraie pas Paul lui-même : il ne pense pas à sa vie, mais seulement au témoignage, si bien que sa propre situation le préoccupe peu, pourvu que le témoignage ne cesse pas (v. 18-20). Ici, nous avons devant nous, semble-t-il, non pas simplement l’intrépidité devant la mort qui caractérisait les martyrs d’une idée. Car le Royaume, pour l’apôtre, n’est pas une idée, mais une réalité, et une réalité non pas d’un avenir quelconque qui attendrait l’homme après la mort, mais du présent dont il vit déjà ici et maintenant.
Paul ne dit pas de manière imagée, mais tout à fait réelle, que sa vie est le Christ, qu’il vit d’une seule et même vie du Royaume avec Lui ; c’est pourquoi la vie d’ici-bas n’est pour lui ni plus ni moins précieuse et importante que la mort qui attend ici chacun. La question, pour l’apôtre, tient seulement à ce qui est le plus nécessaire et le plus important pour Dieu : qu’il reste dans le monde, où un témoignage ultérieur sera exigé de lui, ou qu’il soit libéré de la vie d’ici-bas afin d’obtenir toute la plénitude de la vie du Royaume et de la communion avec le Christ (v. 21-26). Paul nous montre ici l’exemple typique du martyr chrétien, que, dans les premiers temps chrétiens, on appelait non pas martyr, mais témoin.
Mourir pour une idée, les chrétiens ne sont pas les seuls à savoir le faire, loin de là. Mais les chrétiens mouraient, et meurent encore souvent aujourd’hui, non pour une idée nouvelle ni pour une nouvelle religion ; ils ne font que donner cette part de leur vie que leurs persécuteurs veulent leur enlever, afin de ne pas la perdre tout entière. Car quiconque vit de la vie du Royaume comprend que personne ne peut enlever le Royaume à l’homme si l’homme lui-même ne renonce pas au Royaume. Et le chrétien, en acceptant de donner la vie d’ici-bas, témoigne par là qu’il possède quelque chose d’incomparablement plus grand, qu’il possède ce Royaume dont il rend témoignage. Alors non seulement la vie du chrétien devient témoignage, mais aussi sa mort.
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