1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, |
2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles. |
3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l'univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, |
4 devenu d'autant supérieur aux anges que le nom qu'il a reçu en héritage est incomparable au leur. |
5 Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit: Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré? Et encore: Je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils. |
6 Et de nouveau, lorsqu'il introduit le Premier-né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent. |
7 Tandis qu'il s'exprime ainsi en s'adressant aux anges : Il fait de ses anges des vents, de ses serviteurs une flamme ardente, |
8 il dit à son Fils : Ton trône, ô Dieu, subsiste dans les siècles des siècles, et : Le sceptre de droiture est le sceptre de sa royauté. |
9 Tu as aimé la justice et tu as haï l'impiété. C'est pourquoi, Dieu, ton Dieu t'a oint d'une huile d'allégresse de préférence à tes compagnons. |
10 Et encore: C'est toi, Seigneur, qui aux origines fondas la terre, et les cieux sont l'ouvrage de tes mains. |
11 Eux périront, mais toi tu demeures, et tous ils vieilliront comme un vêtement. |
12 Comme un manteau tu les rouleras, comme un vêtement, et ils seront changés. Mais toi, tu es le même et tes années ne s'achèveront point. |
13 Et auquel des anges a-t-il jamais dit: Assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que je place tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds? |
14 Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d'un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter du salut ? |
Pour bien comprendre le sens de l'Épître aux Hébreux, il est important de se rappeler par qui et quand elle a été écrite. Selon l'opinion aujourd'hui généralement admise parmi les biblistes, l'auteur de l'épître n'était pas Paul lui-même, mais l'un de ses disciples, et elle fut écrite après la mort martyrique de l'apôtre, qui fut apparemment exécuté dans la seconde moitié des années 60. Très vraisemblablement, l'Épître aux Hébreux vit le jour après l'an 70, qui devint une année charnière dans l'histoire juive et, à bien des égards, dans l'histoire du monde. C'est précisément cette année-là qu'après le soulèvement antiromain déclenché par les zélotes, la Judée fut écrasée, et Jérusalem et le Temple furent détruits jusque dans leurs fondations, au sens littéral du mot.
Par son ampleur, cette catastrophe était comparable à celle de 587 av. J.-C., lorsque la ville et le Temple furent détruits par l'armée babylonienne et que commença pour le peuple juif la période des soixante-dix ans d'exil à Babylone. De tels événements provoquent inévitablement une crise, sociale et politique aussi bien que religieuse. Et la crise vécue dans les années 70 par le peuple juif et la Synagogue ne pouvait manquer de toucher aussi l'Église, qui à cette époque était encore majoritairement judéo-chrétienne, tant par sa composition que, ce qui est plus important encore, par sa vision du monde : les vues et les traditions judéo-chrétiennes déterminaient la mentalité de l'Église primitive et, en partie, de l'Église ancienne.
Or l'un des signes de la crise religieuse était un messianisme mystique, qui remplaçait rapidement, dans les milieux proches de la synagogue comme dans ceux proches de l'Église, le messianisme politique. Par la suite, ce messianisme engendra de nombreuses écoles et mouvements gnostiques. Et si le messianisme politique voyait dans le Messie un homme ordinaire, un souverain terrestre agissant selon la volonté de Dieu, le messianisme mystique était plutôt prêt à voir en lui un être surhumain, ressemblant davantage à un ange qu'à un homme. Mais l'auteur de l'épître, dont le nom nous est inconnu, ne cesse de rappeler que le Messie est plus grand que n'importe quel ange (v. 1-4), que ce ne sont nullement les anges qui ont ouvert à l'homme le chemin du Royaume (v. 5-12), que les anges ne sont que des esprits créés, remplissant auprès de Dieu des fonctions purement de service (v. 13-14). Il rappelle à ses lecteurs que le sens du christianisme n'est pas dans la mystique, mais dans le fait d'entrer dans ce Royaume que le Sauveur a apporté dans le monde et de s'y enraciner, pour y trouver ce qu'aucune mystique et aucun ange ne peuvent donner à l'homme.
1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, |
2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles. |
3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l'univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, |
4 devenu d'autant supérieur aux anges que le nom qu'il a reçu en héritage est incomparable au leur. |
5 Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit: Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré? Et encore: Je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils. |
6 Et de nouveau, lorsqu'il introduit le Premier-né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent. |
7 Tandis qu'il s'exprime ainsi en s'adressant aux anges : Il fait de ses anges des vents, de ses serviteurs une flamme ardente, |
8 il dit à son Fils : Ton trône, ô Dieu, subsiste dans les siècles des siècles, et : Le sceptre de droiture est le sceptre de sa royauté. |
9 Tu as aimé la justice et tu as haï l'impiété. C'est pourquoi, Dieu, ton Dieu t'a oint d'une huile d'allégresse de préférence à tes compagnons. |
10 Et encore: C'est toi, Seigneur, qui aux origines fondas la terre, et les cieux sont l'ouvrage de tes mains. |
11 Eux périront, mais toi tu demeures, et tous ils vieilliront comme un vêtement. |
12 Comme un manteau tu les rouleras, comme un vêtement, et ils seront changés. Mais toi, tu es le même et tes années ne s'achèveront point. |
13 Et auquel des anges a-t-il jamais dit: Assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que je place tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds? |
14 Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d'un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter du salut ? |
Dans la lecture d’aujourd’hui, l’apôtre Paul donne des exemples de la foi de l’Ancien Testament et propose une interprétation très intéressante du comportement d’Abraham. Peut-être nous semble-t-il parfaitement évident, à nous qui avons grandi dans une culture chrétienne, que si nous croyons en Dieu, nous croyons aussi à la résurrection des morts. Pourtant, même à l’époque de Paul, cela n’allait nullement de soi. À plus forte raison n’était-ce pas évident au temps d’Abraham. À strictement parler, Abraham n’avait aucune raison particulière de croire à la résurrection. Pour un homme de son époque et de sa culture, l’immortalité s’obtenait précisément dans ses enfants ; Abraham ne pouvait imaginer aucune autre continuation de la vie. Mais Paul dit qu’Abraham avait une telle confiance en Dieu, qui avait promis qu’Isaac serait le père d’un grand peuple, qu’il ne douta pas une seconde que la promesse serait accomplie, même si Isaac était offert en sacrifice. Comment cela pouvait-il se faire ? Est-il vraiment important de savoir comment ? Abraham ne réfléchit pas à la manière dont cela se produira ; il accepte simplement comme un fait que les paroles de Dieu ne peuvent se contredire—et que, par conséquent, elles s’accorderont d’une manière ou d’une autre... Et cette confiance lui est comptée comme justice.
1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, |
2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles. |
3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l'univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, |
4 devenu d'autant supérieur aux anges que le nom qu'il a reçu en héritage est incomparable au leur. |
5 Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit: Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré? Et encore: Je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils. |
6 Et de nouveau, lorsqu'il introduit le Premier-né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent. |
7 Tandis qu'il s'exprime ainsi en s'adressant aux anges : Il fait de ses anges des vents, de ses serviteurs une flamme ardente, |
8 il dit à son Fils : Ton trône, ô Dieu, subsiste dans les siècles des siècles, et : Le sceptre de droiture est le sceptre de sa royauté. |
9 Tu as aimé la justice et tu as haï l'impiété. C'est pourquoi, Dieu, ton Dieu t'a oint d'une huile d'allégresse de préférence à tes compagnons. |
10 Et encore: C'est toi, Seigneur, qui aux origines fondas la terre, et les cieux sont l'ouvrage de tes mains. |
11 Eux périront, mais toi tu demeures, et tous ils vieilliront comme un vêtement. |
12 Comme un manteau tu les rouleras, comme un vêtement, et ils seront changés. Mais toi, tu es le même et tes années ne s'achèveront point. |
L’auteur de l’Épître aux Hébreux revient souvent au thème des anges et de la hiérarchie angélique, en les comparant au Christ. Une telle comparaison est propre précisément à l’auteur de cette Épître: personne d’autre que lui n’accorde autant d’attention au thème des anges. Pourquoi ce thème est-il soudain devenu si actuel? Peut-être parce que l’épître a été écrite après la catastrophe de l’an 70, lorsque Jérusalem et le Temple furent détruits à la suite d’une nouvelle révolte antiromaine.
Auparavant, avant l’an 70, du vivant de l’apôtre Paul, la forme la plus répandue de messianisme parmi les Juifs était le messianisme politique. On attendait le Messie comme Roi et libérateur, écrasant le pouvoir des Romains et rétablissant un État juif indépendant et fort. Désormais, après cette catastrophe monstrueuse, le messianisme mystique passa au premier plan. Dans le Messie, beaucoup, et sans doute même certains chrétiens, commencèrent à voir non pas l’Homme qui avait contenu en lui la plénitude de Dieu, mais quelqu’un comme un ange, un médiateur entre Dieu et les hommes. Dans ce cas, on regardait aussi le Royaume comme quelque chose de mystique, sans aucun rapport avec notre monde. C’est précisément ainsi que certains comprenaient les paroles du Sauveur sur le Royaume qui «n’est pas de ce monde».
Beaucoup étaient en outre troublés par le fait que Jérusalem et le Temple avaient été détruits, que tout ce dont le Sauveur avait parlé comme signes de la fin des temps était arrivé, et que lui-même ne revenait toujours pas. Peut-être, pensaient ces gens, n’a-t-il pas l’intention de revenir comme l’attendent ses disciples? Peut-être est-il déjà venu, venu dans un autre monde, dans son Royaume qui n’est pas de ce monde, et ici, dans le monde déchu, est-il inutile de l’attendre? Alors il enverra peut-être des anges pour avertir ceux qu’il voudra sauver et prendre avec lui.
Or, en réalité, il apparaissait que la personne du Christ comme Sauveur et médiateur entre Dieu et les fidèles passait au second plan, tandis qu’au premier plan venaient certains «anges», «puissances», «principautés» et autres entités réelles ou, plus souvent, imaginaires, qui le remplaçaient et l’éclipsaient. Et l’auteur de l’Épître, l’un des disciples de l’apôtre Paul, rappelle à ses lecteurs qu’ayant le Messie pour Maître et Sauveur, les fidèles n’ont plus besoin de personne ni de rien. Sinon, à la place du Christ et du Royaume viennent des médiateurs sans fin, des hiérarchies, d’abord «célestes», puis terrestres. Et le christianisme comme vie avec le Christ dans son Royaume disparaît. À sa place vient une certaine religion qui promet tout, mais ne donne rien. Du moins rien de ce que le Christ peut donner.
1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, |
2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles. |
3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l'univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, |
4 devenu d'autant supérieur aux anges que le nom qu'il a reçu en héritage est incomparable au leur. |
5 Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit: Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré? Et encore: Je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils. |
6 Et de nouveau, lorsqu'il introduit le Premier-né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent. |
Par ces paroles, l'apôtre affirme l'unité de toute la Révélation divine transmise par la Sainte Écriture: l'unité de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le même Dieu a parlé aux hommes par les anciens prophètes de l'Ancien Testament et par Jésus-Christ; la même Parole a d'abord été donnée à entendre, puis elle est venue dans la chair. Le même Fils participe à la création de l'Univers «avant tous les siècles», s'incarne par la Vierge Marie pour notre rédemption et notre union avec Dieu «sous Ponce Pilate», et accomplit la Transfiguration définitive du monde pour la vie «du siècle à venir». Cette conscience de la présence divine dans toute l'histoire humaine, et donc dans la vie de chaque homme, est une composante essentielle de la foi chrétienne. Et il est encore important que cette présence ne soit pas muette, ni indifférente. Dieu parle; cela signifie qu'Il révèle Son amour et Sa volonté aux hommes; cela signifie que nos tentatives de communion avec Lui, nos prières, ne sont jamais stériles, même quand il nous semble que nous ne L'entendons pas. Sa Parole vient à nous par la Sainte Écriture, par l'expérience priante et sacramentelle de l'Église, par les «gémissements ineffables» de l'Esprit Saint dans nos cœurs; elle vient et porte du fruit: notre croissance dans l'amour pour Lui et les uns pour les autres.
1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, |
2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles. |
Chaque personne, croyant ou non, dans les moments difficiles de la vie demande l'intervention directe du Dieu dans ce qui se passe avec lui-même, avec les proches ou avec le monde. Chaque personne a sa vision comment changer rapidement et effectivement le cours des événements. Nous attendons ces mêmes actions opportunes et actives de Dieu, en exclamant : «Pourquoi ne punira t-Il pas? Pourquoi ne condamnera t-Il pas ? Pourquoi ne détruira t-Il pas? Pourquoi Il ne frappera pas, ne commencera pas la guerre, ne fera pas disparaitre de la surface de la terre ? Pourquoi ne réagira-t-Il pas?»
Nous attribuons à Dieu ces paramètres de l'effectivité, qui sont des normes pour nous-mêmes, peu importe, croyons nous ou pas. Nous ne sommes pas prêts à prendre conscience juste d'un simple fait: Dieu n'est pas semblable à nous, Ses pensées ne sont pas nos pensées. Aujourd’hui, tout comme il y a deux mille ans, les gens attendent Son intervention dans leur vie, mais reçoivent de réponse étrange et paradoxale : Dieu naît dans le monde enfant impuissant. Il n'est pas armé, il ne peut ni parler, ni marcher, Il limite Sa liberté et Son omnipotence dans la mesure, dans laquelle nous aurions voulu développer nos possibilités d'influencer et changer tout sur notre propre initiative. Il accomplit ce dont personne n'attend de Lui et, ne veut probablement surtout pas: Il Se confie entièrement à l’homme. Et chacun de nous, décide lui-même, comment il agira avec le Bébé.
3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l'univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, |
4 devenu d'autant supérieur aux anges que le nom qu'il a reçu en héritage est incomparable au leur. |
Dans l'Épître aux Hébreux, il est beaucoup question du fait que le Messie est supérieur aux anges. Au premier regard, cela est tout à fait évident, et il paraît étrange qu'il ait fallu convaincre quelqu'un de ce qui aurait dû être clair de toute façon. Mais la situation, manifestement, n'était pas si simple.
L'Épître aux Hébreux, selon l'opinion généralement admise parmi les biblistes, n'a pas été écrite par Paul lui-même, mais par l'un de ses disciples, déjà après la mort martyre de l'apôtre et après l'an 70, donc après cette catastrophe qui a complètement changé le cours de l'histoire juive et, en partie, mondiale. La révolte de l'an 70 n'était pas simplement une guerre contre Rome : c'était une guerre messianique, menée sous des mots d'ordre religieux et perçue par ses participants comme sacrée. Ce fut l'un des derniers soubresauts de ce messianisme belliqueux dont les zélotes étaient porteurs à l'époque évangélique, eux qui organisèrent justement la révolte de l'an 70.
La dernière guerre messianique de l'Antiquité fut la révolte de Bar Kokhba, mais au moment de la rédaction de la lettre il restait encore près d'un demi-siècle avant celle-ci. Dans les années 70 du premier siècle, l'ardeur guerrière des messianistes s'était quelque peu éteinte, ce qui n'a rien d'étonnant : la défaite de la révolte, la destruction totale de Jérusalem et du Temple jusqu'aux fondations furent un coup terrible dont il était loin d'être simple de se remettre. Il n'est pas surprenant qu'en ces temps-là le messianisme mystique ait remplacé le messianisme politique.
Si les messianistes politiques se représentaient le Messie comme un puissant roi terrestre que Dieu Lui-même soutenait, affermissant son royaume et l'aidant à remporter la victoire sur tous ses ennemis, les messianistes mystiques voyaient réellement dans le Messie quelqu'un qui ressemblait à un ange, un être qui n'était pas de ce monde au sens plein du terme. Beaucoup d'entre eux considéraient probablement le Messie non comme un Homme, mais comme quelque esprit surhumain, qui n'avait jamais été homme et ne devait pas l'être.
Une telle image était presque plus éloignée de l'image du Messie réel, évangélique, que celle du puissant roi terrestre qui dominait la conscience des messianistes de l'époque évangélique. C'est pourquoi l'auteur de la lettre insiste sur le fait que le Messie n'est pas quelque ange mystérieux et puissant, mais un Homme tout à fait réel, dont l'humanité ne diffère pas par principe de celle de chacun de nous. Mais la plénitude de Dieu que porte en Lui cet Homme Le place au-dessus des anges : car à aucun ange une telle plénitude n'a été donnée.
10 Et encore: C'est toi, Seigneur, qui aux origines fondas la terre, et les cieux sont l'ouvrage de tes mains. |
11 Eux périront, mais toi tu demeures, et tous ils vieilliront comme un vêtement. |
12 Comme un manteau tu les rouleras, comme un vêtement, et ils seront changés. Mais toi, tu es le même et tes années ne s'achèveront point. |
13 Et auquel des anges a-t-il jamais dit: Assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que je place tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds? |
14 Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d'un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter du salut ? |
« Et encore : Toi, Seigneur, au commencement, Tu as fondé la terre, et les cieux — sont l’œuvre de Tes mains ; ils périront, mais Toi Tu demeures ; tous vieilliront comme un vêtement, et Tu les rouleras comme un manteau... »
Dans le texte d’aujourd’hui, l’apôtre renvoie au texte du prophète Isaïe : « Levez les yeux vers les cieux et regardez en bas vers la terre ; car les cieux s’évanouiront comme une fumée, et la terre vieillira » (Is 51:6). Mais ce n’est évidemment pas le seul passage du livre du prophète Isaïe où il est question de la fin des jours. Cela fait partie de tout ministère prophétique : rappeler aux hommes la fin des jours « de la terre et du ciel », la fin de l’existence de l’Univers physique. « Toute l’armée des cieux se dissoudra ; les cieux seront roulés comme un livre ; et toute leur armée tombera comme tombe la feuille de la vigne, comme tombe la feuille flétrie du figuier » (Is 34:4).
Sergueï Averintsev écrivait ainsi : « D’une ultime lumière s’éclaire le firmament, / Les murs blancs comme une mort paisible, / en rouleau se replient tous les temps, / les minutes tardent et la coupe est pleine ». La mort paisible est quelque chose de très important pour nous aujourd’hui aussi, parce que les images de la fin peuvent nous effrayer, et donc nous plonger inévitablement dans la dépression. Et les paroles d’Averintsev ne sont pas une interprétation tardive dont nous pourrions ne pas faire confiance à la consolation parce qu’elle serait trop moderne, trop jeune, non éprouvée par le temps. Non : le prophète lui-même dit aussitôt : « Dites à ceux qui ont le cœur troublé : ne craignez pas ; voici votre Dieu, la vengeance viendra, la rétribution de Dieu ; Il viendra et vous sauvera » (Is 35:4). Il suffit seulement d’entrer dans la paix de Dieu, maintenant, encore sur la terre, et alors de dire avec joie avec l’apôtre : « Tu es le même, et Tes années ne finiront pas ».
Notre propre destin après la mort ne nous importe pas ; nous aimons tellement le Seigneur que nous dissolvons en Lui notre moi propre. L’essentiel, c’est que « Tu es le même, et Tes années ne finiront pas » ; l’essentiel, c’est que Toi, Dieu bien-aimé, Tu ne mourras pas de la mort de la corruption. Et en Toi sont tous ceux qui sont entrés dans Ta paix, et que nous aimons tant.
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