14 Voici que, pour la troisième fois, je suis prêt à me rendre chez vous, et je ne vous serai pas à charge; car ce que je recherche, ce ne sont pas vos biens, mais vous. Ce ne sont pas en effet les enfants qui doivent thésauriser pour les parents, mais les parents pour les enfants. |
Les prédicateurs sont divers, et ils prêchent de diverses manières. Cela vaut particulièrement pour le christianisme, qui est impensable sans prédication. Mais les chrétiens eux aussi, si l'on parle de l'histoire de la prédication chrétienne, ont prêché de différentes manières. Et la différence principale, en tout temps, fut la différence entre la prédication-récit et la prédication-témoignage.
À l'origine, chez tous les prédicateurs chrétiens, y compris Paul lui-même, la prédication était précisément un témoignage, un témoignage au Christ et au Royaume. Rien d'étonnant : le christianisme n'est pas une religion, mais la vie avec le Christ ressuscité dans Son Royaume, et les premiers chrétiens ne pouvaient raconter que cela. Bien sûr, ils pouvaient parler aussi d'autres choses, mais à la question de savoir ce qu'est le christianisme, ils ne pouvaient raconter qu'une seule chose : la vie avec le Christ ressuscité dans Son Royaume.
Un tel témoin ne veut rien de l'homme ; il veut seulement l'associer à ce qu'il a lui-même vécu, faire de lui, comme lui-même, un habitant du Royaume, en le présentant à Celui qui lui a ouvert ce Royaume. C'est ainsi que Paul, s'adressant aux membres de l'Église de Corinthe, dit qu'il n'a besoin de rien de ce qui leur appartient ; il a besoin d'eux-mêmes, afin de faire d'eux les mêmes habitants du Royaume qu'il était lui-même devenu à ce moment-là.
Mais une autre prédication est possible, non pas prédication-témoignage, mais prédication-récit. Dans l'histoire du christianisme, ce genre de prédication et de prédicateurs devenait d'autant plus fréquent que le christianisme devenait davantage une religion, acquérant les traits caractéristiques de la religion : son propre rite, sa doctrine, sa structure.
Désormais, les prédicateurs avaient la possibilité non seulement de témoigner du Christ et du Royaume, mais aussi de faire connaître aux auditeurs cette religion nouvelle pour eux, dont les prédicateurs commençaient à se sentir les adeptes. Cela pouvait parfois intéresser ceux qui écoutaient, mais malheureusement il arrivait souvent alors que l'essentiel dans le christianisme, le Christ et le Royaume, passait au second plan pendant une telle prédication.
Certes, à l'époque primitive du christianisme, les possibilités pour ce genre de prédicateurs étaient moindres qu'ensuite ; mais, à en juger par la lettre de Paul à l'Église de Corinthe, ils commençaient déjà à apparaître : la tradition religieuse juive leur offrait à cet égard de nombreuses possibilités. Paul, comme on le voit, cherche à établir les priorités afin que le secondaire ne cache pas le principal et n'empêche pas ceux qui cherchent le Christ de Le trouver et d'entrer dans le Royaume.
11 Me voilà devenu insensé ! C'est vous qui m'y avez contraint. C'était à vous de me recommander. Car je n'ai été en rien inférieur à ces " archiapôtres ", bien que je ne sois rien. |
12 Les traits distinctifs de l'apôtre ont été réalisés chez vous; parfaite constance, signes, prodiges et miracles. |
13 Qu'avez-vous eu de moins que les autres Églises, sinon que personnellement je ne vous ai pas été à charge? Pardonnez-moi cette injustice. |
14 Voici que, pour la troisième fois, je suis prêt à me rendre chez vous, et je ne vous serai pas à charge; car ce que je recherche, ce ne sont pas vos biens, mais vous. Ce ne sont pas en effet les enfants qui doivent thésauriser pour les parents, mais les parents pour les enfants. |
15 Pour moi, je dépenserai très volontiers et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes. Faut-il que, vous aimant davantage, je sois moins aimé? |
16 Soit, dira-t-on; personnellement je ne vous ai pas grevés. Mais, en fourbe que je suis, je vous ai pris par la ruse. |
17 Vous aurais-je donc exploités par l'un quelconque de ceux que je vous ai envoyés? |
18 J'ai insisté auprès de Tite, et j'ai envoyé avec lui le frère. Tite vous aurait-il exploités ? N'avons-nous pas marché dans le même esprit ? suivi les mêmes traces ? |
19 Depuis longtemps, vous vous imaginez que nous nous défendons devant vous. C'est devant Dieu, dans le Christ, que nous parlons. Et tout cela, bien-aimés, pour votre édification. |
20 Je crains, en effet, qu'à mon arrivée je ne vous trouve pas tels que je voudrais, et que vous me trouviez tel que vous ne voudriez pas; qu'il n'y ait discorde, jalousie, animosités, disputes, calomnies, commérages, insolences, désordres. |
21 Je crains qu'à ma prochaine visite mon Dieu ne m'humilie à votre sujet, et que je n'aie à mener le deuil sur plusieurs de ceux qui ont péché précédemment et ne se sont pas repentis pour leurs actes d'impureté, de fornication et de débauche. |
La lecture d'hier se termine par une pensée très importante que l'apôtre Paul exprime à plusieurs reprises sous différentes formes : « Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort. » Il remarque aussi qu'il « se complaît dans les faiblesses ». Dans le texte grec, nous lisons les mots « εύδοκω εν άστενείαις »—je trouve du plaisir, je suis satisfait dans les faiblesses. Dans le cadre de la Parole de Dieu, cette pensée est si simple et si naturelle qu'il semblerait n'y avoir rien à en dire. Pourtant, comme les paroles de l'apôtre paraissent impossibles d'un point de vue terrestre et humain !
Il existe une merveilleuse parabole de saint François d'Assise sur la joie parfaite que l'homme trouve lorsqu'il est entièrement privé de tout et rejeté par tous. C'est précisément vers l'acquisition de cette joie que tendent les efforts des chrétiens pour faire du bien à tous sans rien exiger en retour. Car c'est le chemin qui rend semblable au Dieu crucifié. Toute tentative de trouver une digne récompense et de la gratitude pour le bien accompli est naturelle et compréhensible, mais elle éloigne considérablement de cette joie.
11 Me voilà devenu insensé ! C'est vous qui m'y avez contraint. C'était à vous de me recommander. Car je n'ai été en rien inférieur à ces " archiapôtres ", bien que je ne sois rien. |
12 Les traits distinctifs de l'apôtre ont été réalisés chez vous; parfaite constance, signes, prodiges et miracles. |
13 Qu'avez-vous eu de moins que les autres Églises, sinon que personnellement je ne vous ai pas été à charge? Pardonnez-moi cette injustice. |
14 Voici que, pour la troisième fois, je suis prêt à me rendre chez vous, et je ne vous serai pas à charge; car ce que je recherche, ce ne sont pas vos biens, mais vous. Ce ne sont pas en effet les enfants qui doivent thésauriser pour les parents, mais les parents pour les enfants. |
15 Pour moi, je dépenserai très volontiers et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes. Faut-il que, vous aimant davantage, je sois moins aimé? |
16 Soit, dira-t-on; personnellement je ne vous ai pas grevés. Mais, en fourbe que je suis, je vous ai pris par la ruse. |
17 Vous aurais-je donc exploités par l'un quelconque de ceux que je vous ai envoyés? |
18 J'ai insisté auprès de Tite, et j'ai envoyé avec lui le frère. Tite vous aurait-il exploités ? N'avons-nous pas marché dans le même esprit ? suivi les mêmes traces ? |
19 Depuis longtemps, vous vous imaginez que nous nous défendons devant vous. C'est devant Dieu, dans le Christ, que nous parlons. Et tout cela, bien-aimés, pour votre édification. |
20 Je crains, en effet, qu'à mon arrivée je ne vous trouve pas tels que je voudrais, et que vous me trouviez tel que vous ne voudriez pas; qu'il n'y ait discorde, jalousie, animosités, disputes, calomnies, commérages, insolences, désordres. |
21 Je crains qu'à ma prochaine visite mon Dieu ne m'humilie à votre sujet, et que je n'aie à mener le deuil sur plusieurs de ceux qui ont péché précédemment et ne se sont pas repentis pour leurs actes d'impureté, de fornication et de débauche. |
En parlant de son apostolat, Paul mentionne non par hasard les signes qui auraient dû être évidents pour tout observateur sans préjugé (v. 11–12). Mais les chrétiens de Corinthe, manifestement, étaient portés à montrer beaucoup plus de déférence envers ceux qui se comportaient comme des gens habitués à commander et, selon le mot de Paul, à « être à charge » aux Églises (v. 13). Paul, lui, ne veut pas se comporter ainsi dans l’Église de Corinthe. Et il ne s’agit sans doute pas seulement du fait qu’il ne juge pas ce comportement correct du point de vue éthique, même si cela lui est évident (v. 14). Il s’agit aussi du fait que, pour Paul, les relations entre chrétiens doivent se construire non selon les lois de notre monde encore non transfiguré, mais selon les lois du Royaume. Or les lois du Royaume excluent totalement toute possibilité d’un comportement caractéristique de ceux que Paul considère comme de faux apôtres. Les lois du Royaume ne supposent qu’une seule possibilité : le don total de soi, même lorsqu’il n’est nullement question de réciprocité (v. 15–18).
Et l’apôtre, en parlant de son ministère, ne se justifie aucunement devant les chrétiens de Corinthe. Il ne défend pas sa personne, comme on pourrait le penser au premier abord ; il défend l’authenticité de son témoignage (v. 19). Or c’est là une question d’importance fondamentale, car l’authenticité du témoignage détermine non seulement l’état spirituel du témoin lui-même, mais devient aussi un critère pour évaluer la vie spirituelle de la communauté. Ce n’est pas un hasard si Paul craint, en venant à Corinthe, de trouver l’Église locale tout autre que celle qu’il souhaiterait voir (v. 20–21). Il comprend parfaitement que l’incapacité à distinguer un véritable serviteur du Christ et témoin du Royaume d’un serviteur prétendu est le signe, sinon d’une maladie spirituelle, du moins de graves problèmes spirituels. Car cela ne devient possible que si des personnes particulières, ou la communauté dans son ensemble, oublient l’expérience du Royaume qu’elles ont vécue, expérience obscurcie par quelque chose qui n’a aucun rapport avec le Royaume. Alors ceux qui oublient le Royaume le perdent, dans le meilleur des cas pour un temps, dans le pire pour toujours.
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