1 Il y avait à Césarée un homme du nom de Corneille, centurion de la cohorte Italique. |
2 Pieux et craignant Dieu, ainsi que toute sa maison, il faisait de larges aumônes au peuple juif et priait Dieu sans cesse. |
3 Il eut une vision. Vers la neuvième heure du jour, l'Ange de Dieu - il le voyait clairement - entrait chez lui et l'appelait : " Corneille ! " |
4 Il le regarda et fut pris de frayeur. " Qu'y a-t-il, Seigneur ? " demanda-t-il. - " Tes prières et tes aumônes, lui répondit l'Ange, sont montées devant Dieu, et il s'est souvenu de toi. |
5 Maintenant donc, envoie des hommes à Joppé et fais venir Simon, surnommé Pierre. |
6 Il loge chez un certain Simon, un corroyeur, dont la maison se trouve au bord de la mer. " |
7 Quand l'ange qui lui parlait fut parti, Corneille appela deux de ses domestiques ainsi qu'un soldat pieux, de ceux qui lui étaient attachés, |
8 et après leur avoir tout expliqué, il les envoya à Joppé. |
9 Le lendemain, tandis qu'ils faisaient route et approchaient de la ville, Pierre monta sur la terrasse, vers la sixième heure, pour prier. |
10 Il sentit la faim et voulut prendre quelque chose. Or, pendant qu'on lui préparait à manger, il tomba en extase. |
11 Il voit le ciel ouvert et un objet, semblable à une grande nappe nouée aux quatre coins, en descendre vers la terre. |
12 Et dedans il y avait tous les quadrupèdes et les reptiles, et tous les oiseaux du ciel. |
13 Une voix lui dit alors : " Allons, Pierre, immole et mange. " |
14 Mais Pierre répondit : " Oh non ! Seigneur, car je n'ai jamais rien mangé de souillé ni d'impur ! " |
15 De nouveau, une seconde fois, la voix lui parle : " Ce que Dieu a purifié, toi, ne le dis pas souillé. " |
16 Cela se répéta par trois fois, et aussitôt l'objet fut remporté au ciel. |
17 Tout perplexe, Pierre était à se demander en lui-même ce que pouvait bien signifier la vision qu'il venait d'avoir, quand justement les hommes envoyés par Corneille, s'étant enquis de la maison de Simon, se présentèrent au portail. |
18 Ils appelèrent et s'informèrent si c'était bien là que logeait Simon surnommé Pierre. |
19 Comme Pierre était toujours à réfléchir sur sa vision, l'Esprit lui dit : " Voilà des hommes qui te cherchent. |
20 Va donc, descends et pars avec eux sans hésiter, car c'est moi qui les ai envoyés. " |
21 Pierre descendit auprès de ces hommes et leur dit : " Me voici. Je suis celui que vous cherchez. Quel est le motif qui vous amène ? " |
22 Ils répondirent : " Le centurion Corneille, homme juste et craignant Dieu, à qui toute la nation juive rend bon témoignage, a reçu d'un ange saint l'avis de te faire venir chez lui et d'entendre les paroles que tu as à dire. " |
23 Pierre les fit alors entrer et leur donna l'hospitalité. Le lendemain, il se mit en route et partit avec eux; quelques-uns des frères de Joppé l'accompagnèrent. |
24 Il entra dans Césarée le jour suivant. Corneille les attendait et avait réuni ses parents et ses amis intimes. |
25 Au moment où Pierre entrait, Corneille vint à sa rencontre et, tombant à ses pieds, se prosterna. |
26 Mais Pierre le releva en disant : " Relève-toi. Je ne suis qu'un homme, moi aussi. " |
27 Et tout en s'entretenant avec lui, il entra. Il trouve alors les gens qui s'étaient réunis en grand nombre, |
28 et il leur dit : " Vous le savez, il est absolument interdit à un Juif de frayer avec un étranger ou d'entrer chez lui. Mais Dieu vient de me montrer, à moi, qu'il ne faut appeler aucun homme souillé ou impur. |
29 Aussi n'ai-je fait aucune difficulté pour me rendre à votre appel. Je vous le demande donc, pour quelle raison m'avez-vous fait venir ? " |
30 Corneille répondit : " Il y a maintenant trois jours, j'étais en prière chez moi à la neuvième heure et voici qu'un homme surgit devant moi, en vêtements resplendissants. |
31 Il me dit : "Corneille, ta prière a été exaucée, et de tes aumônes on s'est souvenu auprès de Dieu. |
32 Envoie donc quérir à Joppé Simon, surnommé Pierre. Il loge dans la maison du corroyeur Simon, au bord de la mer. " |
33 Aussitôt je t'ai donc fait chercher, et toi, tu as bien fait de venir. Nous voici donc tous devant toi pour entendre ce qui t'a été prescrit par Dieu. " |
34 Alors Pierre prit la parole et dit : " Je constate en vérité que Dieu ne fait pas acception des personnes, |
35 mais qu'en toute nation celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. |
36 " Il a envoyé sa parole aux Israélites, leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ : c'est lui le Seigneur de tous. |
37 Vous savez ce qui s'est passé dans toute la Judée : Jésus de Nazareth, ses débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean ; |
38 comment Dieu l'a oint de l'Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable; car Dieu était avec lui. |
39 Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Lui qu'ils sont allés jusqu'à faire mourir en le suspendant au gibet, |
40 Dieu l'a ressuscité le troisième jour et lui a donné de se manifester, |
41 non à tout le peuple, mais aux témoins que Dieu avait choisis d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts; |
42 et il nous a enjoint de proclamer au Peuple et d'attester qu'il est, lui, le juge établi par Dieu pour les vivants et les morts. |
43 C'est de lui que tous les prophètes rendent ce témoignage que quiconque croit en lui recevra, par son nom, la rémission de ses péchés. " |
44 Pierre parlait encore quand l'Esprit Saint tomba sur tous ceux qui écoutaient la parole. |
45 Et tous les croyants circoncis qui étaient venus avec Pierre furent stupéfaits de voir que le don du Saint Esprit avait été répandu aussi sur les païens. |
46 Ils les entendaient en effet parler en langues et magnifier Dieu. Alors Pierre déclara : |
47 " Peut-on refuser l'eau du baptême à ceux qui ont reçu l'Esprit Saint aussi bien que nous ? " |
48 Et il ordonna de les baptiser au nom de Jésus Christ. Alors ils le prièrent de rester quelques jours avec eux. |
C'est le récit de la manière dont Dieu a séparé une fois pour toutes son Église de toute forme de nationalisme. Pour Dieu, il n'existe pas de « peuples impurs », il n'existe pas de « pays parias » ; il est également miséricordieux envers tous (justes et injustes), et quiconque agit selon la justice, dans quelque peuple que ce soit, lui est agréable.
Voilà pour la théorie. Mais dans la pratique, nous, chrétiens, sommes trop souvent devenus porteurs de toutes sortes d'« anti-ismes » : antisémitisme, anti-islamisme, antiaméricanisme, et ainsi de suite. Les hésitations de l'apôtre Pierre peuvent encore s'expliquer par le fait qu'il avait été élevé dans les notions de séparation et d'élection divine de son peuple. Mais par quoi peut-on justifier notre conduite ?
Heureusement, Dieu agit activement pour vaincre ces préjugés pécheurs : il suffit que les proches et les amis de Corneille entendent de Pierre les premières paroles de la Bonne Nouvelle, et il répand sur eux son Esprit, montrant ainsi que son Église est pour tous.
15 De nouveau, une seconde fois, la voix lui parle : " Ce que Dieu a purifié, toi, ne le dis pas souillé. " |
La loi sur l'impureté était presque fondamentale dans la pratique des Juifs du premier siècle. Rien n'était plus terrible que de violer la cacherout : se souiller signifiait être exclu du Temple, retranché de la communion du peuple de Dieu. Il n'est pas étonnant que Pierre s'oppose si vivement, dans son songe, à l'impiété qui lui est proposée.
Mais pourquoi Dieu Lui-même fait-Il quelque chose qui va à l'encontre de Sa propre loi ? Si la conduite de Dieu se limitait seulement à Sa loi, il suffirait à l'homme de connaître cette loi, et aucune autre relation ne serait nécessaire. Mais Dieu, dont le nom est amour, cherche précisément une relation personnelle avec nous, et notre comportement doit ensuite découler de cette relation. C'est pourquoi Dieu accomplit quelque chose de nouveau, ouvrant ainsi à Son Église de nouveaux chemins pour accomplir Sa volonté. L'Église reçoit ainsi la possibilité de commencer le témoignage au Christ auprès des païens, avec lesquels la loi interdisait de communiquer.
15 De nouveau, une seconde fois, la voix lui parle : " Ce que Dieu a purifié, toi, ne le dis pas souillé. " |
À quoi se rapportent les mots de Dieu, adressés à Pierre? Certains les interprètent, comme la suppression de toutes les normes et les restrictions de la cacherout pour les chrétiens, d’autres (et le contexte confirme une telle compréhension) comme le droit des païens entrant dans l'Église de rester qui ils sont, sans accepter le judaïsme avec son complexe système des normes et des règles de la pureté rituelle. Mais que signifient vraiment les mots du Dieu, Qui a purifié ceux qui étaient autrefois souillés? Les notions de pureté et d’impureté sont en effet liées non pas avec la cacherout et non pas avec les règles de la pureté rituelle comme telles, elles sont liées aux particularités fondamentales du monde créé et en plus déchu. C’est notamment les caractéristiques fondamentales de l'univers dans son état présent qui supposent la division de toute la création en pure et impure.
En outre «impur» ne signifie pas mauvais ou déficient, il signifie seulement ce qui n’est pas destiné par Dieu à la sanctification dans ce stade de l'histoire mondiale. L’impur a le plein droit d'exister dans le monde de Dieu, il n'a pas seulement droit de s’approcher de l'autel. Et la qualité de chaque chose dans le monde créé est très clairement définie, à l'exception seulement de l’homme, qui peut se trouver devant Dieu pure, tout comme impur. Probablement, avant la chute tout était autrement, à peine l’homme était conçu par Dieu, comme un être n'étant pas passible à la sanctification, mais la chute a changé foncièrement la situation, de sorte que maintenant l’homme pouvait tout à fait se trouver dans un tel état, qui exclut toute possibilité de sanctification.
Mais avec la venue du Christ, la situation a radicalement changé: car avec Lui, est entré dans le monde le Royaume où tout est sanctifié par définition. Conformément au Royaume et ses habitants la question de pureté et d’impureté perd simplement son sens : il ne peut rien avoir d’impure dans le Royaume. Cela se rapporte à la nourriture, et aux gens. Le deuxième est bien sûr plus important: car avec ce même chemin le Royaume s'ouvre vraiment à tout un chacun.
Avant la question de l'observation de la pureté rituelle était une question de l'appartenance au peuple de Dieu, puisqu’il se sentait un peuple-communauté, sanctifié, et donc, et libre de tout ce qui empêche la sanctification. Maintenant toute personne entrant dans le Royaume se purifiait par le contact avec Lui, et donc, et avec ce souffle de Dieu, par lequel il {le Royaume} est pénétré. Ainsi avec la venue au monde du Christ et du Royaume s’est résolu le problème de la pureté et de la sanctification, divisant pendant des siècles les Juifs et les païens. S’est résolu en ouvrant le chemin au Royaume à toute personne qui le cherche.
19 Comme Pierre était toujours à réfléchir sur sa vision, l'Esprit lui dit : " Voilà des hommes qui te cherchent. |
20 Va donc, descends et pars avec eux sans hésiter, car c'est moi qui les ai envoyés. " |
L'action du souffle de Dieu, de l'Esprit Saint, dans l'Église des premiers chrétiens est mentionnée constamment dans les livres du Nouveau Testament, depuis le jour même de la Pentecôte. On en parle comme de quelque chose qui va de soi et qui est clair, de quelque chose qui n'exige ni explication ni commentaire. Aujourd'hui, cela peut nous paraître pour le moins inhabituel. Les chrétiens contemporains parlent alors de phénomènes charismatiques, d'Églises charismatiques, de communautés et de mouvements charismatiques. On appelle parfois cela renouveau spirituel, renouvellement charismatique, ou autrement encore.
Mais quel que soit le nom donné à ce souffle de Dieu dans l'Église contemporaine, il faut reconnaître que, par rapport aux temps des premiers chrétiens, il apparaît aujourd'hui comme quelque chose d'inhabituel et, en tout cas, comme ne caractérisant pas l'Église dans son ensemble. La première génération chrétienne le percevait autrement. Ses représentants ne doutaient pas que le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, le souffle de l'Esprit Saint pénètre toute l'Église et la vie de chacun de ses membres. La première génération chrétienne ne pouvait tout simplement pas se représenter sa vie autrement.
La vie quotidienne de chaque chrétien, et plus encore ses événements importants liés aux missions confiées par Dieu, était déterminée directement par les actions de l'Esprit Saint, comme dans le cas décrit avec Pierre, et cela n'étonnait personne. Bien sûr, les premiers chrétiens savaient aussi entendre la voix de Dieu mieux que nous aujourd'hui. Qu'est-ce donc qui a changé au cours des siècles passés ? Il est peu crédible que, dans l'Église, le souffle de Dieu se soit fait moins perceptible. Le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, respire aujourd'hui dans l'Église comme au jour de la Pentecôte. Le problème est ailleurs : dans notre perception du christianisme. Pour Pierre, comme pour toute la génération des premiers chrétiens, le christianisme était une vie, la vie avec le Christ dans Son Royaume. Et le chrétien faisait aussi passer cette vie par son propre cœur.
Le Royaume n'était pas seulement au-dehors ; les fidèles ne ressentaient pas seulement le souffle de l'Esprit Saint, ils le laissaient aussi entrer au-dedans, dans leur vie, dans leurs assemblées, dans leur cœur. Et ils savaient préparer leurs cœurs et leurs esprits à la rencontre de cette vie nouvelle : tout ce qu'ils connaissaient de la Torah intérieure, de la prière incessante, de l'attention à leurs intentions, bref, tout le meilleur de la tradition et de la pratique ascétiques du judaïsme de leur temps, ils l'utilisaient pour se préparer à la rencontre du Christ, à cette vie nouvelle.
En langage contemporain, nous dirions que, dans la vie spirituelle des premiers chrétiens, la composante ascétique n'était pas moins importante que la composante charismatique. Pour nous aujourd'hui, le christianisme devient souvent une religion, bien entendu la seule vraie. Entre le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, et nous, se dresse notre religiosité, dont les symboles et les rites nous rappellent le Royaume tout en nous en séparant.
Et le souffle de l'Esprit Saint nous parvient comme de loin, filtrant à travers les fissures de notre religion. Or nous réfléchissons rarement au fait que la plénitude de la vérité n'est pas dans la religion, même chrétienne, mais dans le Christ. Et la plénitude de la vie n'est pas dans le rite ni dans le symbole, même chargé de sens profonds, mais dans le Royaume. Si nous y réfléchissons sérieusement et changeons notre vie, le souffle de Dieu et la vie du Royaume s'ouvriront à nous dans la même plénitude où ils s'ouvraient aux premiers chrétiens. Car Dieu est le même, et le Sauveur est le même. Et la plénitude de la vie du Royaume ne s'est pas appauvrie.
34 Alors Pierre prit la parole et dit : " Je constate en vérité que Dieu ne fait pas acception des personnes, |
35 mais qu'en toute nation celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. |
Comme il nous est difficile de parvenir à cette compréhension: devant la face de Dieu, c'est moi qui me tiens, et c'est sur moi qu'il regarde. Pour Dieu, je suis une personne unique, et non un membre d'un groupe social, d'une nation, d'une Église. Ce qui importe, c'est notre foi intérieure, nos propres pensées et actes, nos relations personnelles avec Dieu et avec les hommes.
Mais il nous semble sans cesse que l'essentiel est d'entrer dans la « bonne équipe »: l'équipe vaincra, et moi avec elle! Nous essayons de deviner les signes selon lesquels cette équipe est sélectionnée, signes nationaux, confessionnels, sociaux; en réalité, ils sont très simples: cette équipe se compose de ceux qui craignent Dieu et agissent selon la justice, et c'est seulement ainsi que nous pouvons y entrer.
34 Alors Pierre prit la parole et dit : " Je constate en vérité que Dieu ne fait pas acception des personnes, |
35 mais qu'en toute nation celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. |
Que signifient les mots de Pierre de l’acception de Dieu? Est-ce le fait que Dieu ne peut pas être trompé et ni ne peut être corrompu? Certainement, et cela aussi. Mais Pierre, semblerait-il, en quelque sorte admire et se réjouit particulièrement de ce que cela se rapporte à tous les peuples. Il serait étrange d'attendre de Dieu autre chose. Mais avant l'arrivée du Christ, une relation égale pour tous de Dieu était évidemment loin d’être pour chacun. Dans le milieu juif en ce moment-là était assez largement répandue la représentation du Dieu d'Israël, comme du Dieu, Qui si S'intéresse du destin des autres peuples, c’est seulement globalement, en termes de comment se tournera l'histoire à la suite, par exemple, de la victoire de l'une ou l'autre des parties dans la guerre.
Le Dieu d'Israël ne S'inquiète pas du sort de certains païens, étaient alors assurés plusieurs croyants Juifs: car seulement le peuple juif est Son peuple, et c’est seulement ici qu’on puisse parler de l'importance pour Dieu de chaque personne. Il pouvait bien sûr avoir des exceptions: soit lorsque les païens entraient dans la Synagogue, ayant acceptés le judaïsme et étant alors devenus une partie du peuple de Dieu, soit dans des cas particuliers, lorsque beaucoup dépendaient des païens, y compris dans le sort du peuple juif, pour laisser couler l'affaire.
Pierre voit quelque chose de tout à fait différent. Il voit que Dieu «n'a pas d’acception», et y compris dans le sens de l'appartenance nationale ou religieuse aussi. Il s’avère que pour Lui, est important notamment l’homme, et en plus il n’est pas en général trop important pour Lui, si cet homme appartient à Son peuple. Bien sûr, Dieu a vraiment avec Son peuple des relations spéciales, l’union existante en ce moment tout au long déjà presque deux mille ans n’était pas en vain. Mais cette union ne rend pas aux yeux de Dieu minime d'autres peuples et ces gens, qui les appartiennent. Pour Lui chacun est vraiment absolument important.
Il est prêt à ouvrir le Royaume à chacun. Et le Messie, envoyé par Lui au monde, même s’Il est né Juif et prêchait seulement à Son peuple, est désormais ouvert à tout chercheur. Et ce n'est pas étonnant : car avec l'arrivée du Christ, en remplacement des anciens sujets du processus historique — de grandes civilisations (ce que dans le Livre de Daniel s'appelle "les royaumes") vient un nouveau — le Royaume avec majuscule. Et toute l'époque de la Pentecôte au retour du Christ devient l'époque du Royaume, le Royaume à venir. Et dans le Royaume, la masse, les collectifs, la foule et les grands chefs ne jouent pas de rôle. Ici est importante seulement une seule personne concrète, à qui S'adresse Dieu.
37 Vous savez ce qui s'est passé dans toute la Judée : Jésus de Nazareth, ses débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean ; |
38 comment Dieu l'a oint de l'Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable; car Dieu était avec lui. |
39 Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Lui qu'ils sont allés jusqu'à faire mourir en le suspendant au gibet, |
40 Dieu l'a ressuscité le troisième jour et lui a donné de se manifester, |
41 non à tout le peuple, mais aux témoins que Dieu avait choisis d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts; |
42 et il nous a enjoint de proclamer au Peuple et d'attester qu'il est, lui, le juge établi par Dieu pour les vivants et les morts. |
43 C'est de lui que tous les prophètes rendent ce témoignage que quiconque croit en lui recevra, par son nom, la rémission de ses péchés. " |
En parlant du Christ et du Royaume, Pierre décrit la dynamique spirituelle liée à la diffusion du Royaume dans le monde, dynamique à laquelle l’homme prend part de la façon la plus directe. Le Christ ressuscité apparaît d’abord à ceux qui l’ont accueilli pendant son ministère terrestre, et eux, à leur tour, témoignent de la résurrection devant les autres.
À première vue, un tel témoignage peut ne pas paraître le plus efficace: le processus se révèle long et pas toujours fructueux, à cause des témoins eux-mêmes comme à cause de la méfiance, si propre à l’homme déchu, envers tout ce qui touche à la réalité spirituelle. N’aurait-il pas été plus simple que le Sauveur apparaisse lui-même au monde, comme il décrit son apparition à la fin des temps? Alors, tous auraient sûrement été convaincus et auraient cru!
Et pourtant Jésus ne le fait pas. L’une des raisons peut être son respect de notre liberté: il ne veut pas nous écraser par l’évidence de sa force qui dépasse toute compréhension humaine, force qui nous deviendrait évidente s’il nous apparaissait dans toute la plénitude de sa divinité. Il n’a pas besoin de disciples qui l’auraient choisi non librement, par amour, mais sous la contrainte, sous l’influence d’une force supérieure et écrasante.
Il y a encore une autre raison: notre salut. Si toute la plénitude du Royaume avait été manifestée au monde dès les jours de la résurrection, ce qui était tout à fait possible, il y aurait eu peu de sauvés. Bien sûr, Dieu ne peut garantir le salut de personne; il ne peut que donner à chacun tout ce qui est nécessaire et suffisant pour être sauvé, ce qu’il fait par le Messie qu’il a envoyé.
Mais la participation des hommes au processus de révélation du Royaume dans notre monde déjà en voie de transfiguration, bien qu’il ne soit pas encore transfiguré jusqu’au bout, rend le salut plus proche et plus accessible à ceux qui cherchent. D’un côté, le triomphe plein et définitif du Royaume est repoussé, donnant à ceux qui ne se sont pas encore décidés un temps supplémentaire pour choisir et prendre une décision. De l’autre, la participation d’hommes concrets, vivants, qui vivent déjà maintenant de la vie du Royaume et peuvent en témoigner, aide ceux qui cherchent à comprendre que le Royaume n’est pas seulement la manifestation de la force de Dieu, mais aussi le souffle de l’amour de Dieu. Elle rend plus probable que ceux qui choisissent Dieu et le Royaume le choisissent non seulement parce qu’il est plénitude de force, mais avant tout parce qu’il est plénitude d’amour.
42 et il nous a enjoint de proclamer au Peuple et d'attester qu'il est, lui, le juge établi par Dieu pour les vivants et les morts. |
43 C'est de lui que tous les prophètes rendent ce témoignage que quiconque croit en lui recevra, par son nom, la rémission de ses péchés. " |
Lorsque nous parlons aujourd’hui du christianisme, nous avons le plus souvent en vue une nouvelle religion fondée par Jésus-Christ. La religion la plus juste, contenant toute la plénitude de la vérité, salvatrice, mais tout de même une religion. Pourtant, les apôtres, en témoignant du Christ, ne parlent d’aucune religion. Ils parlent de tout autre chose. Avant tout, bien sûr, du Messie, du Christ, qui est enfin venu et a manifesté au monde la force de Dieu. Le christianisme est avant tout le Christ Lui-même. Il commence par Lui, et Lui seul porte en Lui la plénitude de la vérité vivante et le salut.
Mais le christianisme n’est pas seulement le Christ Lui-même. Ce sont aussi nos relations avec Lui. Précisément les relations comme telles, et non ce que nous pensons de ces relations, ce que nous éprouvons et vivons à leur sujet, et encore moins les cérémonies et les rites qui les accompagnent. Tout cela peut être ou ne pas être, peut prendre telle ou telle forme, peut varier selon les lieux et les temps. Mais les relations avec le Christ sont absolument essentielles au christianisme: elles sont sa dimension humaine. Ces relations sont, à proprement parler, le Royaume que le Christ a apporté dans le monde.
Le lieu, désormais, ne joue plus de rôle: le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, se perçoit aujourd’hui partout dans le monde. Il suffit du désir de celui qui cherche. Mais pour devenir non seulement invité du Royaume, mais son habitant, il faut aussi devenir sujet du Roi qui y règne. Ici, on ne peut se passer de relations avec le Christ, de relations profondément personnelles et toujours absolument uniques. Mais de telles relations incluent inévitablement aussi un élément de Jugement.
Nous venons au Christ tels que nous sommes, avec tous nos problèmes et nos péchés. Il faudra se débarrasser des problèmes, être purifié des péchés et de leurs conséquences. Sans l’évaluation correspondante de la part du Christ et sans une relecture suivie de repentir de la part de celui qui cherche le Royaume, rien ne pourra se faire. Mais si le chrétien parcourt ce chemin, il n’a plus à attendre d’autre Jugement: son Jugement, il l’a traversé. Car pour ceux qui vivent dans le Royaume, il n’y a pas de Jugement. Pour eux, il y a la vie du Royaume. En abondance.
43 C'est de lui que tous les prophètes rendent ce témoignage que quiconque croit en lui recevra, par son nom, la rémission de ses péchés. " |
Il faut analyser cette phrase mot par mot. « Tous les prophètes » : il importe ici que ce soit « tous », et non « chacun ». Chaque prophète n’a pas parlé du Messie, chaque prophète n’a pas parlé du pardon des péchés... Mais tous ensemble ils ouvrent aux hommes le dessein de Dieu sur le salut par le sacrifice rédempteur du Christ pour le pardon de nos péchés.
« Rendent témoignage » : nous sommes habitués à ce que les prophètes anticipent l’avenir, tandis que le témoignage est le récit de ce qui est déjà arrivé. Mais la prophétie se distingue justement de la prévision en ce qu’un homme y raconte un fait qui lui a été révélé, quel que soit le temps auquel appartient ce fait, passé, présent ou futur. Ainsi, le prophète est le témoin d’un fait.
« Recevra... par Son nom ». Imaginons ce tableau : on nous a envoyé par la poste une invitation, un laissez-passer pour une prochaine distribution de certains cadeaux bien concrets. Après avoir lu l’invitation, nous pouvons dire : « Je n’ai pas besoin de ces cadeaux », ou : « Je ne crois pas qu’on les donnera là-bas », ou : « Je n’ai pas le temps », ou : « Comme c’est mal présenté », ou : « Est-ce vraiment avec un bout de papier pareil que je vais recevoir quelque chose ? » - ET NE PAS Y ALLER ! Pour y aller, il nous faut prendre au sérieux cette invitation et ce à quoi elle nous invite. Dieu nous invite à entrer dans Sa vie par le pardon de nos péchés ; l’invitation vivante, la lettre vivante qui nous est adressée, est le Fils de Dieu, Son nom, qui nous est donné comme laissez-passer vers Dieu ; il nous faut simplement faire confiance et recevoir ce nom comme un trésor, comme le gage de la vie éternelle, puis venir à Dieu et présenter ce laissez-passer.
44 Pierre parlait encore quand l'Esprit Saint tomba sur tous ceux qui écoutaient la parole. |
45 Et tous les croyants circoncis qui étaient venus avec Pierre furent stupéfaits de voir que le don du Saint Esprit avait été répandu aussi sur les païens. |
46 Ils les entendaient en effet parler en langues et magnifier Dieu. Alors Pierre déclara : |
47 " Peut-on refuser l'eau du baptême à ceux qui ont reçu l'Esprit Saint aussi bien que nous ? " |
48 Et il ordonna de les baptiser au nom de Jésus Christ. Alors ils le prièrent de rester quelques jours avec eux. |
Aujourd’hui, nous lisons enfin comment s’est achevée l’histoire de Pierre et du centurion Corneille. Autrement dit, en réalité, elle ne s’est pas encore achevée. Et elle ne s’achèvera pas tant que l’Esprit soufflera dans l’Église. Car c’est en grande partie grâce à la conversion de Corneille et de toute sa maison, décrite dans ces chapitres, que la plupart d’entre nous ont reçu « accès » au salut. Bien que le Seigneur Lui-même ait ouvert ce chemin, Ses disciples, volontairement ou non, en limitaient l’accès. Ils considéraient l’ordre qu’ils avaient observé jusque-là comme le seul juste. Il ne leur venait même pas à l’esprit que les païens puissent présenter le moindre intérêt pour Dieu. Et pourtant, c’est bien le cas. Dieu élargit les frontières et renverse tout. Il envoie Son Esprit sur les païens convertis, faisant d’eux de fait des chrétiens avant même que les frères ne les reconnaissent comme tels. Aujourd’hui, le Seigneur Lui-même a élargi pour nous l’entrée dans l’Église. Puissions-nous ne pas la rétrécir nous-mêmes...
44 Pierre parlait encore quand l'Esprit Saint tomba sur tous ceux qui écoutaient la parole. |
Ce verset marque un «tournant» dans l'histoire de l'Église. Avant cela, Pierre et les autres apôtres prêchaient, témoignaient du Christ - et les gens répondaient, se baptisaient et étaient remplis du Saint Esprit, mais ceci se passait toujours avec les gens croyant à l’Unique Dieu – avec les Juifs (par foi). Nous voyons ici pour une première fois une conversion complète des païens - de plus ils sont remplis de L’Esprit Saint déjà avant même le baptême, avant la confession exprimée. De ce fait, de Dieu a été témoigné leur appartenance à Son peuple, et Pierre ne s’attendant pas à une telle chose, ne restait qu’à effectuer le baptême. Ainsi s'ouvrent les portes de l'Église pour des païens convertis. Soulignons une fois de plus que ce n’est pas par une décision humaine que cela s'est accompli, mais par une évidente action Divine.
Et dans l'histoire de l'Église, et dans nos histoires personnelles, nous découvrons des «tournants» semblables. Il nous semble parfois que ces changements sont faits des mains humains, mais cela signifie avant tout que nous avons mal regardé...
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